| Dans les années
90, en pleine décennie noire (ou rouge, c’est selon),
un certain nombre d’établissements hospitaliers de
villes universitaires ont perdu du jour au lendemain leur statut
hospitalo-universitaire. Certains ont pu se transformer en établissement
hospitalier spécialisé (EHS) comme c’est le
cas pour l’hôpital de Douéra, mais les autres
(Zéralda, Baïnem, Birtraria, Kouba, Rouïba, Ain
Taya, Belfort, Thénia etc.) sont devenus des hôpitaux
de secteur sanitaire avec la particularité d’avoir
des services hospitalo-universitaires en leur sein.
Ce n’est pas tous les services hospitaliers qui ont gardé
ce statut d’universitaire. En effet quelques chefs de service,
ayant eu vent de cette restructuration, ont réussi à
transférer leur service vers l’un des 4 CHU que compte
Alger actuellement. D’autres ont perdu ce statut avec le départ
(soit à la retraite, soit vers le secteur privé) des
enseignants de rang magistral. La perte de ce statut fait que la
chefferie de service devient une prérogative du chef d’établissement
et on peut ainsi se retrouver avec des maîtres-assistants
dirigés par un médecin spécialiste non universitaire,
dans un service recevant étudiants et résidents qui
sont sous la responsabilité des seuls maîtres-assistants
(ces derniers relevant de l’enseignement supérieur
et non du ministère de la santé).
Les services demeurés hospitalo-universitaires continuent
de recevoir étudiants de graduation et résidents de
la faculté de médecine mais dans des secteurs sanitaires.
Il n’existe aucune courroie de transmission servant d’intermédiaire
avec la faculté comme c’est le cas dans les CHU où
ce rôle est dévolue à la DAPM (Direction des
activités pédagogiques et médicales) et même
le conseil médical, équivalent du conseil scientifique
des CHU, ne peut jouer ce rôle car d’une part il est
noyé par les problèmes propres au secteur sanitaire
qui ne se résument pas à l’hôpital mais
également aux soins de santé de base (prévention,
santé scolaire, protection maternelle et infantile, programme
de vaccination, etc.) assurés par les polycliniques et dispensaires
et que d’autre part ce conseil médical est composé
par les chefs de services hospitaliers qui lorsqu’ils sont
universitaires sont des professeurs mais lorsqu’ils s’agit
de services non universitaires, sont des médecins désignés
par le chef d’établissement comme c’est également
le cas des chefs de sous-secteurs.
Le nombre de membres du conseil médical désignés
par le chef d’établissement étant majoritaire,
les discussions et les délibérations de cet organe
(uniquement consultatif) sont nécessairement biaisées.
Il faut ajouter que le président de ce conseil étant
élu parmi les membres, on peut également retrouver
à la tête du conseil médical un jeune médecin
alors que l’assistance est composée de plusieurs professeurs
ayant des dizaines d’années d’exercice. A notre
connaissance, seuls les établissements de Birtraria et de
Baïnem ont réussi à mettre dans le règlement
intérieur une clause spécifiant que le président
devra être un professeur chef de service.
Le syndicat national des professeurs et docents hospitalo-universitaire
a essayé de faire revenir les deux ministères concernés
par cette décision sans pouvoir aboutir jusqu’à
ce jour, bien que la faculté de médecine ne puisse
se passer de ces terrains de stage qui prennent en charge plus de
50 % des étudiants.
Ainsi on continue à recevoir chaque année des fournées
d’externes, internes et résidents aux niveaux de ces
structures hospitalières au statut équivoque sans
que la faculté ou le ministère de la santé
fournissent un quelconque moyen pédagogique pour leur prise
en charge. Les chefs de service ainsi que les hospitalo-universitaires
qui tiennent à maintenir leur mission d’enseignement
et de recherche doivent se débrouiller pour la prise en charge
de ces futures générations de médecins, l’administration
ne voyant en eux que des praticiens devant entre autre assurer la
garde.
Qu’en est-il de la qualité des prestations assurées
dans ces structures depuis la perte du statut universitaire ?
Tout d’abord en matière de budget, un hôpital
de secteur sanitaire a un budget nettement inférieur à
un EHS ou CHU dont relève, en théorie, les soins de
haut niveau. Les équipes hospitalo-universitaires de ces
hôpitaux de secteur sanitaire, qui ont acquis une haute compétence
dans un domaine particulier de la médecine ou de la chirurgie
sont obligées de réduire le nombre de patients pris
en charge ou de se «battre» régulièrement
avec l’administration pour assurer la continuité des
prestations. Une autre caractéristique assez ubuesque, est
le transfert de patients des CHU et EHS vers ces services pourtant
situés dans des secteurs sanitaires. Toujours, en matière
de budget, qui est octroyé réparti par chapitres ne
permet pas de couvrir la masse salariale pour les 12 mois de l’année
et l’on se retrouve à procéder en cours d’année
à des transferts d’un chapitre à un autre, cela
se faisant généralement au dépens de la maintenance
qui est renvoyée aux calendres grecques avec tout ce que
cela entraîne dans des hôpitaux vétustes ou préfabriqués.
Cette situation ne saurait continuer ainsi. Dans un même
hôpital un service hospitalo-universitaire ne peut coexister
avec un service non universitaire en particulier s’il est
spécialisé dans un domaine de pointe. C’est
le cas par exemple de la chirurgie lourde qui ne peut se concevoir
sans un environnement hospitalo-universitaire en anesthésie
–réanimation, en biologie et en radiologie. Or on voit
le départ des hospitalo-universitaire de plusieurs services
sans que la faculté ne s’inquiète ni n’ouvre
de nouveaux postes pour assurer la pérennité de la
structure. A ce sujet un problème se pose, qui doit proposer
l’ouverture de postes hospitalo-universitaires dans ces structures,
en particulier lorsqu’elles perdent l’ensemble de leur
effectif universitaire ? Le directeur de l’établissement,
le président du conseil médical (nous avons vu que
celui-ci peut ne pas être un hospitalo-universitaire) ?
Après plus d’une dizaine d’année, la
situation de ces établissements hospitaliers au statut équivoque,
a montré ses limites. L’ensemble des chefs de service
de ces structures devrait se réunir pour établir un
rapport de toutes les anomalies engendrées par cette situation
et faire des propositions aux deux ministères de tutelle
dans l’intérêt tant de la santé des citoyens
que de la formation des nouvelles générations de médecins.
par Larbi Abid le 4 décembre 2006 |