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Editorial - Décembre 2006
La lente et inexorable descente aux enfers
des hôpitaux au statut équivoque  

par Larbi Abid

Dans les années 90, en pleine décennie noire (ou rouge, c’est selon), un certain nombre d’établissements hospitaliers de villes universitaires ont perdu du jour au lendemain leur statut hospitalo-universitaire. Certains ont pu se transformer en établissement hospitalier spécialisé (EHS) comme c’est le cas pour l’hôpital de Douéra, mais les autres (Zéralda, Baïnem, Birtraria, Kouba, Rouïba, Ain Taya, Belfort, Thénia etc.) sont devenus des hôpitaux de secteur sanitaire avec la particularité d’avoir des services hospitalo-universitaires en leur sein.

Ce n’est pas tous les services hospitaliers qui ont gardé ce statut d’universitaire. En effet quelques chefs de service, ayant eu vent de cette restructuration, ont réussi à transférer leur service vers l’un des 4 CHU que compte Alger actuellement. D’autres ont perdu ce statut avec le départ (soit à la retraite, soit vers le secteur privé) des enseignants de rang magistral. La perte de ce statut fait que la chefferie de service devient une prérogative du chef d’établissement et on peut ainsi se retrouver avec des maîtres-assistants dirigés par un médecin spécialiste non universitaire, dans un service recevant étudiants et résidents qui sont sous la responsabilité des seuls maîtres-assistants (ces derniers relevant de l’enseignement supérieur et non du ministère de la santé).

Les services demeurés hospitalo-universitaires continuent de recevoir étudiants de graduation et résidents de la faculté de médecine mais dans des secteurs sanitaires. Il n’existe aucune courroie de transmission servant d’intermédiaire avec la faculté comme c’est le cas dans les CHU où ce rôle est dévolue à la DAPM (Direction des activités pédagogiques et médicales) et même le conseil médical, équivalent du conseil scientifique des CHU, ne peut jouer ce rôle car d’une part il est noyé par les problèmes propres au secteur sanitaire qui ne se résument pas à l’hôpital mais également aux soins de santé de base (prévention, santé scolaire, protection maternelle et infantile, programme de vaccination, etc.) assurés par les polycliniques et dispensaires et que d’autre part ce conseil médical est composé par les chefs de services hospitaliers qui lorsqu’ils sont universitaires sont des professeurs mais lorsqu’ils s’agit de services non universitaires, sont des médecins désignés par le chef d’établissement comme c’est également le cas des chefs de sous-secteurs.

Le nombre de membres du conseil médical désignés par le chef d’établissement étant majoritaire, les discussions et les délibérations de cet organe (uniquement consultatif) sont nécessairement biaisées. Il faut ajouter que le président de ce conseil étant élu parmi les membres, on peut également retrouver à la tête du conseil médical un jeune médecin alors que l’assistance est composée de plusieurs professeurs ayant des dizaines d’années d’exercice. A notre connaissance, seuls les établissements de Birtraria et de Baïnem ont réussi à mettre dans le règlement intérieur une clause spécifiant que le président devra être un professeur chef de service.

Le syndicat national des professeurs et docents hospitalo-universitaire a essayé de faire revenir les deux ministères concernés par cette décision sans pouvoir aboutir jusqu’à ce jour, bien que la faculté de médecine ne puisse se passer de ces terrains de stage qui prennent en charge plus de 50 % des étudiants.

Ainsi on continue à recevoir chaque année des fournées d’externes, internes et résidents aux niveaux de ces structures hospitalières au statut équivoque sans que la faculté ou le ministère de la santé fournissent un quelconque moyen pédagogique pour leur prise en charge. Les chefs de service ainsi que les hospitalo-universitaires qui tiennent à maintenir leur mission d’enseignement et de recherche doivent se débrouiller pour la prise en charge de ces futures générations de médecins, l’administration ne voyant en eux que des praticiens devant entre autre assurer la garde.
Qu’en est-il de la qualité des prestations assurées dans ces structures depuis la perte du statut universitaire ?

Tout d’abord en matière de budget, un hôpital de secteur sanitaire a un budget nettement inférieur à un EHS ou CHU dont relève, en théorie, les soins de haut niveau. Les équipes hospitalo-universitaires de ces hôpitaux de secteur sanitaire, qui ont acquis une haute compétence dans un domaine particulier de la médecine ou de la chirurgie sont obligées de réduire le nombre de patients pris en charge ou de se «battre» régulièrement avec l’administration pour assurer la continuité des prestations. Une autre caractéristique assez ubuesque, est le transfert de patients des CHU et EHS vers ces services pourtant situés dans des secteurs sanitaires. Toujours, en matière de budget, qui est octroyé réparti par chapitres ne permet pas de couvrir la masse salariale pour les 12 mois de l’année et l’on se retrouve à procéder en cours d’année à des transferts d’un chapitre à un autre, cela se faisant généralement au dépens de la maintenance qui est renvoyée aux calendres grecques avec tout ce que cela entraîne dans des hôpitaux vétustes ou préfabriqués.

Cette situation ne saurait continuer ainsi. Dans un même hôpital un service hospitalo-universitaire ne peut coexister avec un service non universitaire en particulier s’il est spécialisé dans un domaine de pointe. C’est le cas par exemple de la chirurgie lourde qui ne peut se concevoir sans un environnement hospitalo-universitaire en anesthésie –réanimation, en biologie et en radiologie. Or on voit le départ des hospitalo-universitaire de plusieurs services sans que la faculté ne s’inquiète ni n’ouvre de nouveaux postes pour assurer la pérennité de la structure. A ce sujet un problème se pose, qui doit proposer l’ouverture de postes hospitalo-universitaires dans ces structures, en particulier lorsqu’elles perdent l’ensemble de leur effectif universitaire ? Le directeur de l’établissement, le président du conseil médical (nous avons vu que celui-ci peut ne pas être un hospitalo-universitaire) ?

Après plus d’une dizaine d’année, la situation de ces établissements hospitaliers au statut équivoque, a montré ses limites. L’ensemble des chefs de service de ces structures devrait se réunir pour établir un rapport de toutes les anomalies engendrées par cette situation et faire des propositions aux deux ministères de tutelle dans l’intérêt tant de la santé des citoyens que de la formation des nouvelles générations de médecins.

 

par Larbi Abid le 4 décembre 2006

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