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Les infections nosocomiales constituent un des principaux risques
pour les patients lors d'une intervention chirurgicale. Selon une
enquête nationale française près de 7 % des patients hospitalisés
développent une infection à l'hôpital. Les opérés ont plus souvent
acquis une infection nosocomiale (12 %) que les non opérés (6 %).
Parmi les conséquences des infections nosocomiales, le décès, évalué
par le taux de létalité est estimé à 2,5 % dans les services de
chirurgie selon les études américaines. En 1994 déjà, en France,
on avançait le chiffre de 10 000 décès par an causés par les infections
nosocomiales.
En Algérie, il n'y pas, à ce jour, de statistiques fiables sur
les infections nosocomiales et leurs conséquences tant en matière
de décès, de surcoût que de durée d'hospitalisation. Or depuis quelques
années on assiste à un relâchement des mesures d'hygiène et de sécurité
dans nos blocs opératoires en rapport avec :
- Affectation de femmes de ménages en nombre réduit au bloc n'ayant
reçu aucune formation spécifique et pour corser le tout limitation
dans les dotations en détergents, serpillières, balais, frottoirs
et autres.
- affectation de personnel n'ayant aucune qualification comme
paramédical au bloc. Beaucoup d'aides opératoires (ou panseurs)
exercent sans qualification (OP). Parfois il s'agit de personnes
recrutées dans le cadre du filet social pour une durée déterminée.
- bloc central multidisciplinaire utilisé à la fois par des chirurgiens
et des non chirurgiens (pédiatres et gastro-entérologues réalisant
des gestes d'endoscopie interventionnelle sous anesthésie générale)
ignorant les règles d'asepsie.
- il n'existe pratiquement aucune séparation entre les entrées
du personnel et celle des malades.
- la notion d'axe de circulation à l'intérieur du bloc est ignoré
royalement par la majorité de l'équipe tant médicale que paramédicale.
- il arrive que le lit du service arrive jusqu'en salle opératoire
sans passer par une zone de transit où le futur opéré doit passer
par un chariot du bloc.
- relâchement des mesures d'hygiène et d'asepsie le soir à la
garde par beaucoup de paramédicaux et hélas par des chirurgiens
et des réanimateurs.
- il arrive de voir des membres de l'équipe médicale entrer en
tenue de ville au bloc opératoire lorsque ce n'est pas des étrangers
qui viennent voir un parent devant se faire opérer (c'est le cas
notamment des circoncisions où un membre de la famille se retrouve
parfois au bloc pour prendre une photo).
- aucune mesure incitative (financière) en faveur du personnel
du bloc.
- la commission d'hygiène hospitalière existe sur le papier mais
n'a ni les compétences ni les moyens pour exercer son rôle.
- la climatisation du bloc étant très souvent en panne, les salles
opératoires deviennent des étuves pendant la saison chaude (qui
dure sous nos climat plus de 6 mois) ou bien sont très souvent
ouvertes pendant l'intervention ignorant de ce fait l'aérocontamination
inter-salle puisque aucun contrôle la qualité de l'air n'est réalisé.
Il est de même du contrôle de l'eau qui est réalisé de manière
épisodique.
- absence de chef de bloc qualifié (il s'agit le plus souvent
d'un paramédical assez ancien pour être relativement respecté
par ses collègues) ce qui fait qu'il est souvent changé soit à
sa demande soit pour insuffisance.
Pour tenter d'améliorer cette situation dangereuse, il faut à tout
prix :
- dans l'immédiat :
- Organiser des stages de formation pour le personnel paramédical
exerçant dans les blocs opératoires.
- Impliquer l'administration hospitalière dans cette lute
contre les infections nosocomiales.
- Mettre dans les commissions d'hygiène et de sécurité des
personnes compétentes et concernées.
- Obliger la direction de l'hôpital à effectuer de manière
régulière des prélèvements de l'air ambiant et de la qualité
des eaux.
- Enseigner réellement aux résidents des différentes spécialités
chirurgicales les questions liées à l'asepsie, les infections
nosocomiales et le bloc opératoire (ce qui n'est pas fait
à ce jour).
- Mesures financières incitatives pour le personnel travaillant
au bloc de manière intensive, non stop et souvent au-delà
des horaires prévus par la législation.
- Donner la possibilité au chef de bloc de pouvoir mettre
dehors toute personne ne respectant pas les règles d'hygiène
et d'asepsie et ceci quelque soit son grade.
- Campagne de sensibilisation régulière au niveau des hôpitaux.
- Mettre en place une procédure d'accréditation, visant à
vérifier si tout est en règle.
- Des visites d'experts (étrangers à la structure hospitalière)
devraient être effectuées dans les établissements hospitaliers.
- A moyen terme :
- Mettre en place au niveau des écoles de formation paramédicales
d'une formation spécifique de paramédicaux du bloc opératoire
sanctionné par un diplôme à l'image de celui qui existe en
France depuis septembre 1998 [diplôme d'infirmière de bloc
opératoire diplômée d'État (Ibode).]
- Réactiver la formation des instrumentistes à l'arrêt depuis
plusieurs années.
Si la contamination du patient par des infections nosocomiales
garde une part imprévisible lors des interventions chirurgicales,
cela ne signifie pas que l'on ne puisse et que l'on ne doive se
donner le maximum de moyens pour l'éviter. Ce serait favoriser les
risques de complications, voire de décès, que de ne pas s'assurer
que ces moyens sont bien mis en place pour la sécurité de tous.
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