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Editorial - Novembre 2008
Arrêt de l’importation des médicaments produits en Algérie
par Larbi Abid

 

Photo boites de médicaments

 

La facture d’importation du médicament, en Algérie, a atteint 1,043 milliard de $ pour les 8 premiers mois de l’année 2008. Cette facture du médicament qui se répercute sur les comptes de la sécurité sociale et également sur la balance des paiements, inscrit « le pays dans une tendance lourde et ascendante d’importateur de produits pharmaceutiques, dont l’utilité et l’efficacité ne sont pas exemptes de réserves ». Ce constat a fait que le soutien de la production nationale du médicament et la prescription du générique, revendications du Syndicat Algérien de l’Industrie Pharmaceutique (SAIP) depuis sa création en 1992 et à un degré moindre de l’Union Nationale des Opérateurs de la Pharmacie (UNOP), deviennent depuis le mardi 21 octobre 2008, une préoccupation du gouvernement algérien. En effet, le conseil du gouvernement réuni à cette date a décidé du  rétablissement de l'obligation d'investir en Algérie pour les opérateurs et laboratoires étrangers désireux de distribuer leurs produits en Algérie ainsi que le rétablissement de l'interdiction d'importer les médicaments fabriqués localement, ainsi que lencouragement à la production locale de médicaments et notamment le générique par l'amélioration des incitatifs à l'investissement et par la réunion des conditions appropriées pour le développement des capacités et gammes de production de l'entreprise publique Saïdal.

Cette nouvelle démarche permettra, selon l’UNOP, l’utilisation des capacités nationales de production (qui ne produisent qu’à peine 20 % de leurs capacités alors qu’elles peuvent répondre selon le Dr. Ait Saïd à 70 % des besoins du marché ) avec pour objectif d’atteindre une couverture en médicaments de 65 % en 2012. Et comme le dit le PDG de l’entreprise publique SAIDAL, le développement d’une industrie pharmaceutique locale est d’abord une question de souveraineté. Les importateurs devront donc prévoir un passage à l’investissement qui devrait, en principe, concerner de nouveaux produits pour combler de nouveaux besoins et non des produits déjà sur le marché. 

Les médicaments ne devraient plus être considérés comme de simples marchandises et le droit à la santé ne doit plus être tributaire d’un simple pouvoir d’achat. (Jean-Louis Machuron, Membre du Conseil d’administration d’Aide Médicale Internationale)

Le marché du médicament a une finalité humaine et un caractère social puisque qu’il «… participe à cette nécessité vitale de soigner les pathologies et de sauver des vies humaines  ». Mais il est également un marché qui draine beaucoup d’argent et qui n’échappe pas à la loi du plus fort. Si le marché pharmaceutique africain, ne représente qu’à peine 1,3 % du marché mondial, on constate que les extrémités du continent s'arrogent les plus larges parts de ce marché : environ 1/3 pour le Maghreb et plus du ¼ pour l’Afrique du Sud. Et au Maghreb, l’Algérie est le 1er marché pharmaceutique. Elle est également un gros importateur de médicaments de France, qui demeure son premier fournisseur avec 70 % de parts de marché (470 millions d’euros en 2007).

Jusqu’à ce jour l’Algérie, dont les besoins ne cessent de croître, fait face, non seulement aux lourdes factures de l’importation des médicaments mais aussi aux menaces qui pèsent sur son  industrie pharmaceutique qui tourne aux alentours  de 20 % de ses capacités.

Concernant cette industrie pharmaceutique, si pour SAIDAL et quelques autres industriels, il s’agit réellement de fabrication de médicaments génériques, pour les plupart des laboratoires pharmaceutiques occidentaux, il ne s’agit que de conditionnement comme le précise la représentante  d’un laboratoire pharmaceutique européen  “la quasi-majorité de ces usines ne fait que du conditionnement au lieu de la fabrication. Les labos ont constaté que le prix de revient d’un médicament fabriqué ici est beaucoup plus cher que si l’on en importait. Ils ne veulent prendre aucun risque et n’investissent pas du tout pour le long terme”.

L’argument développé pendant un certain temps par le ministère de la santé «  avec l’adhésion à l’OMC, aucun médicament ne sera interdit à l’importation » ne tient pas la route puisque nos voisins maghrébins (Maroc et Tunisie), concernés par les mêmes types d’accords commerciaux internationaux que l’Algérie, déjà signataires de l’Accord d’association avec l’UE et membre de l’OMC ont  mis en œuvre des solutions, dans le secteur pharmaceutique, qui arrivent à s’accorder avec leurs engagements internationaux. Ainsi les parts de marché de la production locale sont de l’ordre de 70% pour le Maroc et de 55% pour la Tunisie. Ce dernier pays a enregistré la totalité des médicaments qu’il produit localement et en interdit systématiquement l’importation. Quant au Maroc, au dernier salon professionnel des pharmaciens d’Afrique, qui vient de se dérouler à Casablanca le 31 octobre et 1er novembre, nous apprenons qu’il serait devenu le 2ème fabricant de médicament en Afrique après l’Afrique du Sud et qu’il produit actuellement 75 % de la consommation locale et exporte même 5 % de sa production (dont une partie en Algérie).
Concernant le risque de voir  les opérateurs étrangers quitter notre pays, le ministre de l’information précisera :  « Nous avons un marché de 1,2 milliard de dollars et nous ne craignons pas que les opérateurs étrangers renoncent à l’Algérie pour éviter d’investir dans le pays ». Le marché algérien qui se chiffre à 1200 millions d’Euros est  presque trois fois plus important que le marché marocain et quatre fois plus le marché tunisien (de l’ordre de 450 millions d’Euros pour le Maroc et  d’environ e 322 millions pour la Tunisie).
Pour toutes ces raisons, nous ne pouvons qu’applaudir aux décisions que vient de prendre le gouvernement. Néanmoins, ces mesures ne devraient pas s’appliquer du jour au lendemain afin de ne pas générer de pénuries par manque d’approvisionnement en médicaments, car l’industrie pharmaceutique algérienne va mettre un certain temps avant de couvrir la demande nationale, pour ce qui est des produits fabriqués localement. Mais cette situation ne devrait pour autant, être une excuse pour revenir sur ces mesures, comme cela a été le cas concernant l’obligation faite aux importateurs de passer à la production après 2 ans d’importation.

Enfin, un challenge est adressé à l’unité de bioéquivalence du Laboratoire National de Contrôle de Qualité des Produits Pharmaceutiques (LNCPP). Cette unité, chargée du contrôle de la qualité des médicaments génériques fabriqués localement, devrait être en mesure d’assurer cette tâche sans retarder la mise sur le marché de ces produits.

Par Larbi Abid le 6 novembre 2008

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