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Editorial du professeur Larbi Abid - Novembre 2002

La santé dans tous ses états

Au cours de cette rentrée sociale, le secteur de la santé a été secoué par plusieurs grèves qui ont concernées les différents corps exerçant en milieu hospitalier : les gestionnaires, les praticiens spécialistes universitaires et non universitaires et le corps paramédical.
Un autre point qui mérite d'être signalé est le changement d'appellation du ministère de la santé : de Ministère de la Santé et de la Population, il devient Ministère de la Santé et de la Réforme Hospitalière.

Parmi les motifs ayant motivé la grève des hospitalo-universitaires, il faut rappeler qu'en 1998, le nombre de structures hospitalières à vocation universitaire a été réduit comme peau de chagrin par une décision de l'autorité de tutelle sans concertation aucune avec les enseignants et malgré le nombre extrêmement élevé d'étudiants arrivant chaque année en médecine.
Certes les services hospitaliers de ces structures qui ont été rétrogradées ont gardé pour la plupart leur vocation universitaire. Il suffisait pour cela que le service hospitalier ait à sa tête un enseignant de rang magistral.

Mais en même temps, on s'arrangeait pour ne pas remplacer les enseignants partant à la retraite ou démissionnant de leur poste pour le secteur privé actuellement en train de se développer.
De ce fait ces services hospitalo-universitaires situés dans des secteurs sanitaires non universitaires recevaient comme les CHU leur quota d'étudiants en médecine et de résidents (médecins en cours de formation spécialisée) en ayant un nombre d'enseignants très réduits (certains services pour ne pas dire la majorité fonctionnent avec plus de médecins spécialistes non universitaires que d'universitaires) et ne disposent pour la plupart d'aucun structure d'enseignement ( amphi, salle de cours, bibliothèque ) ni de moyens pédagogiques suffisants (photocopieurs, ordinateurs, rétroprojecteurs, etc.).

Il faut ajouter à cela que les gestionnaires des secteurs sanitaires ont à gérer outre la structure hospitalière, plusieurs unités périphériques constitués de polycliniques et de dispensaires où sont dispensés les soins de santé primaire et n'ont pas dans leur prérogatives la prise en charge pédagogique des étudiants.
L'hôpital dispensateur de soins de haut niveau est budgétivore et de ce fait le corps médical des services hospitaliers se trouve confronté au corps médical des structures périphériques au cours des réunions des conseils médicaux des secteurs sanitaires des villes universitaires (essentiellement Alger, Oran, Annaba et Constantine).

Une atmosphère de confrontation et de suspicion (parfois entretenu par l'administration) est ainsi née entre les hospitalo-universitaires et les médecins de santé publique.
L'enseignement supérieur, représenté par les facultés de médecine continuait à adresser aux structures hospitalières non universitaire, des fournées d'étudiants à chaque rentrée universitaire, comme si la décision ministérielle de 1998 n'existait pas.
Cette situation rappelée aux deux ministères concernés à plusieurs reprises par les syndicats des enseignants n'a pas fait bougé les choses.
Si l'on ajoute la diminution drastique des budgets des hôpitaux, la perte du pouvoir d'achat de la population (et également des travailleurs de la santé), la remise en cause de la médecine gratuite, le plein temps complémentaire pour les praticiens hospitaliers (possibilité d'exercer deux après-midi par semaine dans le secteur privé), la décision de mettre un terme aux transfert pour soins à l'étranger (qui est en soi une excellente initiative si elle devait être appliquée à tous, en particulier aux décideurs du pays), la reforme hospitalière dont beaucoup ne connaissent pas encore les grandes lignes, il y a là suffisamment d'ingrédients pour enclencher un mouvement de grève.

La première (celle des hospitalo-universitaires) a commencé le 7 septembre entraînant un retard de quinze jours pour la rentrée universitaire.
Après concertations avec les syndicats et promesses de revoir le statut des hôpitaux initialement universitaires qui ont perdu cette vocation, d'amélioration des conditions de travail, de participation aux différents comités de réflexions sur le secteur de la santé, ainsi que d'augmentation des salaires, la grève des hospitalo-universitaires est levée.
Les praticiens spécialistes non universitaires, majoritaire dans la plupart des grandes villes du pays (à l'exception de quelques villes universitaires), considérant qu'ils ont été ignorés par la tutelle enclenchent eux également une grève (qui durera plus d'un mois), exigeant un statut propre, la récupération des structures hospitalières ayant perdu leur vocation universitaire en 1998, leur alignement salariale sur les hospitalo-universitaires.

Ils seront suivis par les paramédicaux qui eux avec une grève récurrente de 2-3 jours par semaine immobilisent l'activité dans toutes les structures hospitalières.
Après quelques semaines, le ministère de santé engage des pourparlers et arrive à satisfaire les syndicats de ces deux corps de la santé. Les problèmes ont-il été réglé pour autant ?
Loin de là.

En attendant de voir à quoi va aboutir la réforme hospitalière, d'évaluer réellement l'activité de chaque structure, de donner les moyens réels à ceux qui travaillent, d'avoir le courage de fermer certains CHU (voire des facultés de médecine) de l'intérieur du pays, de rentabiliser le potentiel humain formé, souvent au chômage ou utilisé sous d'autres cieux, l'avenir est incertain.

Pour preuve, l'ouverture des postes au prochain concours de maîtres-assistants hospitalo-universitaires a ignoré complètement les services hospitalo-universitaires des secteurs sanitaires malgré la demande des chefs de service. S'agit d'une des conditions posée par le syndicat des médecins spécialistes pour la levée de la grève ?
La tutelle doit-elle se comporter en pompier à chaque confrontation avec les syndicats et promettre ou donner des gages à l'une des parties sans concertation globale ?

Professeur Larbi ABID le 24 novembre 2002
abid@santemaghreb.com


 
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