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La santé dans tous ses états
Au cours de cette rentrée sociale, le secteur de la santé a été
secoué par plusieurs grèves qui ont concernées les différents corps
exerçant en milieu hospitalier : les gestionnaires, les praticiens
spécialistes universitaires et non universitaires et le corps paramédical.
Un autre point qui mérite d'être signalé est le changement d'appellation
du ministère de la santé : de Ministère de la Santé et de la Population,
il devient Ministère de la Santé et de la Réforme Hospitalière.
Parmi les motifs ayant motivé la grève des hospitalo-universitaires,
il faut rappeler qu'en 1998, le nombre de structures hospitalières
à vocation universitaire a été réduit comme peau de chagrin par
une décision de l'autorité de tutelle sans concertation aucune avec
les enseignants et malgré le nombre extrêmement élevé d'étudiants
arrivant chaque année en médecine.
Certes les services hospitaliers de ces structures qui ont été rétrogradées
ont gardé pour la plupart leur vocation universitaire. Il suffisait
pour cela que le service hospitalier ait à sa tête un enseignant
de rang magistral.
Mais en même temps, on s'arrangeait pour ne pas remplacer les enseignants
partant à la retraite ou démissionnant de leur poste pour le secteur
privé actuellement en train de se développer.
De ce fait ces services hospitalo-universitaires situés dans des
secteurs sanitaires non universitaires recevaient comme les CHU
leur quota d'étudiants en médecine et de résidents (médecins en
cours de formation spécialisée) en ayant un nombre d'enseignants
très réduits (certains services pour ne pas dire la majorité fonctionnent
avec plus de médecins spécialistes non universitaires que d'universitaires)
et ne disposent pour la plupart d'aucun structure d'enseignement
( amphi, salle de cours, bibliothèque ) ni de moyens pédagogiques
suffisants (photocopieurs, ordinateurs, rétroprojecteurs, etc.).
Il faut ajouter à cela que les gestionnaires des secteurs sanitaires
ont à gérer outre la structure hospitalière, plusieurs unités périphériques
constitués de polycliniques et de dispensaires où sont dispensés
les soins de santé primaire et n'ont pas dans leur prérogatives
la prise en charge pédagogique des étudiants.
L'hôpital dispensateur de soins de haut niveau est budgétivore et
de ce fait le corps médical des services hospitaliers se trouve
confronté au corps médical des structures périphériques au cours
des réunions des conseils médicaux des secteurs sanitaires des villes
universitaires (essentiellement Alger, Oran, Annaba et Constantine).
Une atmosphère de confrontation et de suspicion (parfois entretenu
par l'administration) est ainsi née entre les hospitalo-universitaires
et les médecins de santé publique.
L'enseignement supérieur, représenté par les facultés de médecine
continuait à adresser aux structures hospitalières non universitaire,
des fournées d'étudiants à chaque rentrée universitaire, comme si
la décision ministérielle de 1998 n'existait pas.
Cette situation rappelée aux deux ministères concernés à plusieurs
reprises par les syndicats des enseignants n'a pas fait bougé les
choses.
Si l'on ajoute la diminution drastique des budgets des hôpitaux,
la perte du pouvoir d'achat de la population (et également des travailleurs
de la santé), la remise en cause de la médecine gratuite, le plein
temps complémentaire pour les praticiens hospitaliers (possibilité
d'exercer deux après-midi par semaine dans le secteur privé), la
décision de mettre un terme aux transfert pour soins à l'étranger
(qui est en soi une excellente initiative si elle devait être appliquée
à tous, en particulier aux décideurs du pays), la reforme hospitalière
dont beaucoup ne connaissent pas encore les grandes lignes, il y
a là suffisamment d'ingrédients pour enclencher un mouvement de
grève.
La première (celle des hospitalo-universitaires) a commencé le
7 septembre entraînant un retard de quinze jours pour la rentrée
universitaire.
Après concertations avec les syndicats et promesses de revoir le
statut des hôpitaux initialement universitaires qui ont perdu cette
vocation, d'amélioration des conditions de travail, de participation
aux différents comités de réflexions sur le secteur de la santé,
ainsi que d'augmentation des salaires, la grève des hospitalo-universitaires
est levée.
Les praticiens spécialistes non universitaires, majoritaire dans
la plupart des grandes villes du pays (à l'exception de quelques
villes universitaires), considérant qu'ils ont été ignorés par la
tutelle enclenchent eux également une grève (qui durera plus d'un
mois), exigeant un statut propre, la récupération des structures
hospitalières ayant perdu leur vocation universitaire en 1998, leur
alignement salariale sur les hospitalo-universitaires.
Ils seront suivis par les paramédicaux qui eux avec une grève récurrente
de 2-3 jours par semaine immobilisent l'activité dans toutes les
structures hospitalières.
Après quelques semaines, le ministère de santé engage des pourparlers
et arrive à satisfaire les syndicats de ces deux corps de la santé.
Les problèmes ont-il été réglé pour autant ?
Loin de là.
En attendant de voir à quoi va aboutir la réforme hospitalière,
d'évaluer réellement l'activité de chaque structure, de donner les
moyens réels à ceux qui travaillent, d'avoir le courage de fermer
certains CHU (voire des facultés de médecine) de l'intérieur du
pays, de rentabiliser le potentiel humain formé, souvent au chômage
ou utilisé sous d'autres cieux, l'avenir est incertain.
Pour preuve, l'ouverture des postes au prochain concours de maîtres-assistants
hospitalo-universitaires a ignoré complètement les services hospitalo-universitaires
des secteurs sanitaires malgré la demande des chefs de service.
S'agit d'une des conditions posée par le syndicat des médecins spécialistes
pour la levée de la grève ?
La tutelle doit-elle se comporter en pompier à chaque confrontation
avec les syndicats et promettre ou donner des gages à l'une des
parties sans concertation globale ?
Professeur Larbi ABID le 24 novembre 2002
abid@santemaghreb.com
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