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« Il serait bien à désirer que les
médecins apportassent tous leurs soins et toute leur attention
à observer les maladies épidémiques et à
en observer les causes, afin de pouvoir les prévenir et les
traiter d’une manière rationnelle. »
Sydenham.
Comme chaque été, celui de 2007 a
apporté son lot de toxi-infections alimentaires et d’épidémies
de typhoïde dans plusieurs régions du pays. Mais comme
pour l’été 2003, la région Ouest s’est
singularisée par la survenue de près d’une centaine
de cas de « syndrome néphrétique aigu»
d’origine virale dans la région de Sidi Bel Abbes.
Malgré le peu d’informations rapportées par
les journaux les premiers jours, diverses hypothèses ont
été avancées : l’eau potable a été
incriminée dans un premier temps, puis l’eau d’irrigation
des cultures, enfin la pullulation de rongeurs tel que les rats
dans certains quartiers (Sorecor) et même des campagnes de
dératisation effectuées au cours de ce mois d’août
ont été rapportées par des citoyens puis le
terme d’hantavirus, de virus à ARN a enfin été
utilisé sans plus de détails sur les pathologies en
rapport avec ce type de virus, comme si la cellule médicale
d’urgence, mise en place au niveau du CHU de la ville, était
gênée d’informer la population.
Or à l’inverse des toxi-infections
alimentaires et des foyers de typhoïde où beaucoup d’organismes
sont interpellés avec en premiers lieux les collectivités
locales et les bureaux d’hygiène des APC, la survenue
possible d’une hantavirose interpelle l’épidémiologiste,
le spécialiste en maladies infectieuses, le virologue et
le médecin en général sur la synergie entre
la dynamique démographique des populations réservoirs
et le mécanisme d’émergence de l’hantavirose
humaine qui doit très certainement exister dans notre pays
dans sa forme bénigne sans être diagnostiquée
(à travers les bribes d’informations distillées
à doses homéopathiques aux journalistes, les médecins
en charge de cette affection au CHU de Sidi Bel Abbes ont employé
le terme de maladie réémergente et même de sérotype
Hantaan, ce qui laisse supposer que le diagnostic virologique a
été réalisé dès les premiers
jours). Ce n’est que le 28 août soit une quinzaine de
jours après le 1er cas hospitalisé que le directeur
de la santé de la wilaya confirme officiellement l’existence
de cette épidémie d’hantavirus et le nombre
de cas qui s’élève à 96 avec une nette
prédominance féminine (70 %). Si on a beaucoup insisté
sur la notion de maladie virale, non contagieuse d’homme à
homme par contre on a occulté le terme de zoonose, d’affection
transmise par des rongeurs qui seraient très certainement
les rats (comme c’est le cas pour la leptospirose, la peste,
la rage …) qui pullulent dans les caves des cités d’où
proviennent les cas incidents.
Il existe de nombreuses souches d'hantavirus,
qui causent diverses maladies. Depuis la mise en évidence
en 1976 par H. Lee d’un antigène spécifique
du virus Hantaan dans les poumons d’un rongeur (mulot) responsable
de la fièvre hémorragique de Corée, de nombreuses
autres souches ont été mises en évidence dont
la souche Pumalaa responsable de la néphropathie épidémique
forme beaucoup moins grave que la fièvre hémorragique
de Corée. On connaît actuellement plusieurs sérotypes,
chacun d’eux étant généralement associé
à une espèce unique de rongeurs chez lesquels il produit
une infection prolongée asymptomatique. Le virus Puu est
le principal agent de la fièvre hémorragique avec
syndrome rénal (FHSR) en France. Le virus Séoul qui
est cosmopolite de par son réservoir le rat (Rattus rattus
et Rattus. norvegicus) induit des formes de FHSR modérées.
Certains hantavirus sont les agents étiologiques d'une maladie
humaine connue sous le nom de syndrome pulmonaire à Hantavirus
(SPH) en Amérique du Nord. L’homme se contamine par
inhalation de particules éoliennes provenant de l'urine,
de la salive ou des excréments des rongeurs infectés.
On peut également être infecté en se touchant
la bouche ou le nez après avoir été en contact
avec des matières contaminées ou après une
morsure de rongeur. Les cas d'hantavirose apparaissent lorsque la
population locale de rongeurs est abondante et/ou fortement infectée
par le virus.
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Mode de contamination
par l’hantavirus |
La période d'incubation de la maladie est en moyenne de 2
à 4 semaines, mais peut varier de une semaine à deux
mois. Le tableau clinique de la néphropathie épidémique
évoque un syndrome grippal avec début brutal, courbatures,
frissons, sueurs, asthénie et fièvre élevée;
un syndrome algique suit habituellement après quelques jours,
il est variable dans ses localisations (céphalées,
lombalgies, douleurs abdominales, thoraciques,...).Du point de vue
biologique, on note très souvent une thrombopénie
et une atteinte rénale (protéinurie, élévation
de la créatinémie). L'évolution est toujours
favorable. Selon les données de la littérature, il
existe une prédominance masculine nette (avec le sérotype
Pumalaa) alors que dans le cas de cette épidémie de
Sidi Bel Abbes, 70 % des cas sont des femmes (il s’agit certainement
d’un autre sérotype et le rongeur incriminé
serait présent dans les lieux d’habitation : le rat
répond parfaitement à cette description ainsi que
le sérotype Séoul qui est associé à
ce rongeur).
Le diagnostic repose sur la détection de
l'ARN viral dans les échantillons sanguins, par biologie
moléculaire (immunofluorescence indirecte et recherche d’anticorps
par ELISA). Ce test s’il est réalisé en phase
aiguë, est souvent négatif aussi un examen de confirmation
est souvent nécessaire quinze jours plus tard (est ce la
raison des hésitations de la cellule de crise mise en place
au CHU de Sidi Bel Abbes ?). Des antigènes du virus peuvent
être détectés dans le rein sur des fragments
de biopsie rénale effectuée au stade d’insuffisance
rénale aiguë. L'organe de prédilection pour la
recherche d'ARN viral chez les rongeurs est le poumon.
Dans la majorité des cas, il suffit de
traiter la fièvre et les maux de tête, de préférence
avec des antalgiques contenant seulement du paracétamol.
Parfois, les atteintes rénales peuvent être importantes
et le patient doit bénéficier de soins de dialyse.
Le pronostic est en général bon et la guérison
se produit généralement dans les 2 à 3 semaines
qui suivent l'apparition des premiers symptômes, bien qu'un
état de fatigue peut persister longtemps.
Le mode de contamination étant connu, des
recommandations de prévention auraient dû être
annoncées en direction de la population (à aucun moment
les médias n’ont évoqués cet aspect)
:
- Campagne de dératisation aux niveaux des différentes
cités de l’agglomération de Sidi Bel Abbes,
par les services d’hygiène des APC qui doivent prendre
un minimum de précautions tel que port de masque et gants,
humidification préalable des zones à traiter pour
éviter de soulever d’éventuelles gouttelettes
contaminantes ;
- Si possible éviter la fréquentation des locaux
fermés (caves des cités d’habitation en particulier
où pullulent les rongeurs) ;
- Sinon, diminuer la mise en suspension de poussières
en faisant le ménage dans ces caves, en aérant ces
lieux et en humectant la poussière avant le balayage ;
- Ne pas utiliser de piège à rat pour la dératisation
des caves et en cas de présence de rats morts, ne pas les
toucher à mains nues.
- Déposer les rongeurs morts dans un sac en plastique
contenant suffisamment d’eau de Javel pour couvrir tout
le corps des animaux ;
- Les cadavres de rongeurs doivent être incinérés
ou enterrés en profondeur …
Même si on répète depuis quelques années
que l’Algérie est un pays de transition épidémiologique
avec une diminution notable des maladies infectieuses et une recrudescence
des affections chroniques non transmissibles, l’apparition
ou la réapparition d’affections qui étaient
au devant de la scène au XIXème siècle, nous
interpelle pour ne jamais baisser la garde devant cet ennemi microscopique
qu’il soit bactérien ou viral. Les activités
de prévention doivent être des activités pérennes
ne souffrant d’aucun hiatus comme c’est le cas pour
la chaîne du froid. C’est le relâchement des mesures
préventives, l’absence d’action des bureaux d’hygiène
des APC (par manque de moyens matériel et humain, voire législatif
?) qui sont à l’origine de la multiplication des foyers
de maladies infectieuses et à transmission hydrique tout
au long de l’année dans les différentes régions
du pays. Mais ce relâchement n’est pas spécifique
aux bureaux d’hygiène puisqu’on le retrouve également
dans des lieux où il ne devrait, en principe pas exister
: les hôpitaux. En effet même dans ces lieux, la lutte
contre les infections nosocomiales se fait par à-coup et
beaucoup de professionnels de la santé (gestionnaires, paramédicaux
et même médecins) piétinent allégrement
les règles d’hygiène de base en particulier
dans les services d’urgence.
Pour en revenir à l’hantavirose qui sévit
à Sidi Bel Abbes, même s’il s’agit d’une
forme bénigne ne mettant pas en jeu le pronostic vital, les
professionnels de l’institut Pasteur voire ceux du ministère
de l’agriculture, devraient pousser plus loin les enquêtes
épidémiologiques sur le terrain afin de comprendre
la relation hôte-parasite qui a mené à cette
épidémie, connaître les causes éventuellement
climatiques qui ont permis la pullulation du rongeur hôte
(rat des villes ou rat des campagnes : mulot ?), savoir si dans
sa stratégie, l’hantavirus concerné par cette
épidémie a franchit ou non la barrière d’espèce
(contamination de plus d’une espèce de rongeur)...
Par Larbi Abid le 3 septembre 2007 |