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Editorial - Septembre 2007
La mystérieuse épidémie de « syndrome néphrétique » de Sidi Bel Abbès
par Larbi Abid
 


« Il serait bien à désirer que les médecins apportassent tous leurs soins et toute leur attention à observer les maladies épidémiques et à en observer les causes, afin de pouvoir les prévenir et les traiter d’une manière rationnelle. » Sydenham.

Comme chaque été, celui de 2007 a apporté son lot de toxi-infections alimentaires et d’épidémies de typhoïde dans plusieurs régions du pays. Mais comme pour l’été 2003, la région Ouest s’est singularisée par la survenue de près d’une centaine de cas de « syndrome néphrétique aigu» d’origine virale dans la région de Sidi Bel Abbes. Malgré le peu d’informations rapportées par les journaux les premiers jours, diverses hypothèses ont été avancées : l’eau potable a été incriminée dans un premier temps, puis l’eau d’irrigation des cultures, enfin la pullulation de rongeurs tel que les rats dans certains quartiers (Sorecor) et même des campagnes de dératisation effectuées au cours de ce mois d’août ont été rapportées par des citoyens puis le terme d’hantavirus, de virus à ARN a enfin été utilisé sans plus de détails sur les pathologies en rapport avec ce type de virus, comme si la cellule médicale d’urgence, mise en place au niveau du CHU de la ville, était gênée d’informer la population.

Or à l’inverse des toxi-infections alimentaires et des foyers de typhoïde où beaucoup d’organismes sont interpellés avec en premiers lieux les collectivités locales et les bureaux d’hygiène des APC, la survenue possible d’une hantavirose interpelle l’épidémiologiste, le spécialiste en maladies infectieuses, le virologue et le médecin en général sur la synergie entre la dynamique démographique des populations réservoirs et le mécanisme d’émergence de l’hantavirose humaine qui doit très certainement exister dans notre pays dans sa forme bénigne sans être diagnostiquée (à travers les bribes d’informations distillées à doses homéopathiques aux journalistes, les médecins en charge de cette affection au CHU de Sidi Bel Abbes ont employé le terme de maladie réémergente et même de sérotype Hantaan, ce qui laisse supposer que le diagnostic virologique a été réalisé dès les premiers jours). Ce n’est que le 28 août soit une quinzaine de jours après le 1er cas hospitalisé que le directeur de la santé de la wilaya confirme officiellement l’existence de cette épidémie d’hantavirus et le nombre de cas qui s’élève à 96 avec une nette prédominance féminine (70 %). Si on a beaucoup insisté sur la notion de maladie virale, non contagieuse d’homme à homme par contre on a occulté le terme de zoonose, d’affection transmise par des rongeurs qui seraient très certainement les rats (comme c’est le cas pour la leptospirose, la peste, la rage …) qui pullulent dans les caves des cités d’où proviennent les cas incidents.

Il existe de nombreuses souches d'hantavirus, qui causent diverses maladies. Depuis la mise en évidence en 1976 par H. Lee d’un antigène spécifique du virus Hantaan dans les poumons d’un rongeur (mulot) responsable de la fièvre hémorragique de Corée, de nombreuses autres souches ont été mises en évidence dont la souche Pumalaa responsable de la néphropathie épidémique forme beaucoup moins grave que la fièvre hémorragique de Corée. On connaît actuellement plusieurs sérotypes, chacun d’eux étant généralement associé à une espèce unique de rongeurs chez lesquels il produit une infection prolongée asymptomatique. Le virus Puu est le principal agent de la fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR) en France. Le virus Séoul qui est cosmopolite de par son réservoir le rat (Rattus rattus et Rattus. norvegicus) induit des formes de FHSR modérées. Certains hantavirus sont les agents étiologiques d'une maladie humaine connue sous le nom de syndrome pulmonaire à Hantavirus (SPH) en Amérique du Nord. L’homme se contamine par inhalation de particules éoliennes provenant de l'urine, de la salive ou des excréments des rongeurs infectés. On peut également être infecté en se touchant la bouche ou le nez après avoir été en contact avec des matières contaminées ou après une morsure de rongeur. Les cas d'hantavirose apparaissent lorsque la population locale de rongeurs est abondante et/ou fortement infectée par le virus.

Mode de contamination par l’hantavirus


La période d'incubation de la maladie est en moyenne de 2 à 4 semaines, mais peut varier de une semaine à deux mois. Le tableau clinique de la néphropathie épidémique évoque un syndrome grippal avec début brutal, courbatures, frissons, sueurs, asthénie et fièvre élevée; un syndrome algique suit habituellement après quelques jours, il est variable dans ses localisations (céphalées, lombalgies, douleurs abdominales, thoraciques,...).Du point de vue biologique, on note très souvent une thrombopénie et une atteinte rénale (protéinurie, élévation de la créatinémie). L'évolution est toujours favorable. Selon les données de la littérature, il existe une prédominance masculine nette (avec le sérotype Pumalaa) alors que dans le cas de cette épidémie de Sidi Bel Abbes, 70 % des cas sont des femmes (il s’agit certainement d’un autre sérotype et le rongeur incriminé serait présent dans les lieux d’habitation : le rat répond parfaitement à cette description ainsi que le sérotype Séoul qui est associé à ce rongeur).

Le diagnostic repose sur la détection de l'ARN viral dans les échantillons sanguins, par biologie moléculaire (immunofluorescence indirecte et recherche d’anticorps par ELISA). Ce test s’il est réalisé en phase aiguë, est souvent négatif aussi un examen de confirmation est souvent nécessaire quinze jours plus tard (est ce la raison des hésitations de la cellule de crise mise en place au CHU de Sidi Bel Abbes ?). Des antigènes du virus peuvent être détectés dans le rein sur des fragments de biopsie rénale effectuée au stade d’insuffisance rénale aiguë. L'organe de prédilection pour la recherche d'ARN viral chez les rongeurs est le poumon.

Dans la majorité des cas, il suffit de traiter la fièvre et les maux de tête, de préférence avec des antalgiques contenant seulement du paracétamol. Parfois, les atteintes rénales peuvent être importantes et le patient doit bénéficier de soins de dialyse. Le pronostic est en général bon et la guérison se produit généralement dans les 2 à 3 semaines qui suivent l'apparition des premiers symptômes, bien qu'un état de fatigue peut persister longtemps.

Le mode de contamination étant connu, des recommandations de prévention auraient dû être annoncées en direction de la population (à aucun moment les médias n’ont évoqués cet aspect) :

  • Campagne de dératisation aux niveaux des différentes cités de l’agglomération de Sidi Bel Abbes, par les services d’hygiène des APC qui doivent prendre un minimum de précautions tel que port de masque et gants, humidification préalable des zones à traiter pour éviter de soulever d’éventuelles gouttelettes contaminantes ;
  • Si possible éviter la fréquentation des locaux fermés (caves des cités d’habitation en particulier où pullulent les rongeurs) ;
  • Sinon, diminuer la mise en suspension de poussières en faisant le ménage dans ces caves, en aérant ces lieux et en humectant la poussière avant le balayage ;
  • Ne pas utiliser de piège à rat pour la dératisation des caves et en cas de présence de rats morts, ne pas les toucher à mains nues.
  • Déposer les rongeurs morts dans un sac en plastique contenant suffisamment d’eau de Javel pour couvrir tout le corps des animaux ;
  • Les cadavres de rongeurs doivent être incinérés ou enterrés en profondeur …

Même si on répète depuis quelques années que l’Algérie est un pays de transition épidémiologique avec une diminution notable des maladies infectieuses et une recrudescence des affections chroniques non transmissibles, l’apparition ou la réapparition d’affections qui étaient au devant de la scène au XIXème siècle, nous interpelle pour ne jamais baisser la garde devant cet ennemi microscopique qu’il soit bactérien ou viral. Les activités de prévention doivent être des activités pérennes ne souffrant d’aucun hiatus comme c’est le cas pour la chaîne du froid. C’est le relâchement des mesures préventives, l’absence d’action des bureaux d’hygiène des APC (par manque de moyens matériel et humain, voire législatif ?) qui sont à l’origine de la multiplication des foyers de maladies infectieuses et à transmission hydrique tout au long de l’année dans les différentes régions du pays. Mais ce relâchement n’est pas spécifique aux bureaux d’hygiène puisqu’on le retrouve également dans des lieux où il ne devrait, en principe pas exister : les hôpitaux. En effet même dans ces lieux, la lutte contre les infections nosocomiales se fait par à-coup et beaucoup de professionnels de la santé (gestionnaires, paramédicaux et même médecins) piétinent allégrement les règles d’hygiène de base en particulier dans les services d’urgence.

Pour en revenir à l’hantavirose qui sévit à Sidi Bel Abbes, même s’il s’agit d’une forme bénigne ne mettant pas en jeu le pronostic vital, les professionnels de l’institut Pasteur voire ceux du ministère de l’agriculture, devraient pousser plus loin les enquêtes épidémiologiques sur le terrain afin de comprendre la relation hôte-parasite qui a mené à cette épidémie, connaître les causes éventuellement climatiques qui ont permis la pullulation du rongeur hôte (rat des villes ou rat des campagnes : mulot ?), savoir si dans sa stratégie, l’hantavirus concerné par cette épidémie a franchit ou non la barrière d’espèce (contamination de plus d’une espèce de rongeur)...

Par Larbi Abid le 3 septembre 2007

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