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le 30 juin 2006, une circulaire ministérielle interdit, dans les
hôpitaux, l’introduction de nourriture provenant de l’extérieur.
En fait il s’agit d’interdire aux parents de malades de ramener
de la nourriture aux patients hospitalisés. L’argumentaire est qu’un
malade hospitalisé doit avoir une alimentation équilibrée fonction
de la pathologie. Par ailleurs cette nourriture provenant de l’extérieur,
non contrôlée, peut être source de toxi-infections d’origine alimentaire.
En effet la préparation des différents repas au domicile puis leur
transport jusqu’à l’hôpital se fait le plus souvent dans des sachets
en nylon, cabas et autres. Plusieurs heures séparent par ailleurs
la préparation du repas de son arrivée à l’hôpital donnant dans
certains cas l’occasion aux germes de proliférer en particulier
durant la saison chaude.
Pourquoi jusqu’à ce jour cet état de fait était toléré aussi bien
par l’administration hospitalière et même par le corps médical ?
Il faut reconnaître que l’enveloppe budgétaire
allouée à l’alimentation était insuffisante et ne permettait de
distribuer que des repas où prédominaient les légumes secs et les
pâtes sous une forme ou une autre. L’expression « régime » pour
un malade se traduit au niveau de la cuisine soit par de la vermicelle
bouillie avec un peu de beurre ou de la purée de pomme de terre
sans sel. Avoir de la viande hachée pour un malade nécessite une
ordonnance signée par le chef de service. Outre la qualité, même
la quantité laissait à désirer. Face à cette situation connue par
tous, les médecins hospitaliers étaient tout contents de constater
que la famille pourvoyait à cette lacune de l’hôpital. Et non seulement
les parents assuraient l’alimentation de leurs proches mais également
des malades d’origine lointaine, qui ne recevaient pas de visites
familiales régulières.
Lorsque cette circulaire a été adressée aux hôpitaux,
beaucoup de médecins n’y ont pas cru car nos hôpitaux dont
la vocation première est la prestation de soins n’arrivent
pas atteindre ce but du fait des pénuries chroniques en médicaments,
consommables et réactifs de laboratoire. Ainsi on entend souvent
dire : « Au lieu de s’occuper de l’hôtellerie (literie et alimentation)
qui devrait être sous-traitées, le ministère devrait réhabiliter
les services et assurer les moyens pour une prise en charge médicale
correcte ».
Sans remettre en cause cet argumentaire, il faut
néanmoins reconnaître que la place de l’alimentation est déterminante
dans un grand nombre de pathologies (cancers, maladies inflammatoires
du colon et de l’intestin, patients opérés de l’appareil digestif,
obésité, diabète etc.) et qui peut se répercuter sur la mortalité
et la morbidité hospitalière (aggravation de maladies préexistantes,
retard de cicatrisation, allongement de la durée moyenne de séjour,
augmentation de la prévalence des infections nosocomiales) ce qui
aura pour effet d’augmenter les dépenses de santé.
Après deux mois d’application de cette circulaire,
les avis sont mitigés tant au niveau des usagers (malades et leurs
familles) qui considèrent encore que l’alimentation hospitalière
est de mauvaise qualité, qu’au niveau du personnel médical et paramédical
hospitalier qui tout en reconnaissant une amélioration sensible
tant dans la qualité que dans la quantité, estime que l’on ne peut
être juge et partie : le directeur d’un établissement hospitalier
qui fait un tour dans les cuisines pour goûter et juger ainsi de
la qualité des repas n’a pas les compétences voulues. Les hôpitaux
devraient recruter des nutritionnistes voire même
créer des "Comités Alimentation et Nutrition"
comme ce qui est fait pour les CLIN afin d’évaluer la prise en charge
nutritionnelle dans nos hôpitaux et mettre en place des protocoles
ou menus fonctions des pathologies.
par Larbi Abid le 04 septembre 2006 |