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Editorial du professeur Larbi Abid - Septembre 2003
Les médicament génériques
Professeur Larbi Abid


En novembre 1989, j'étais invité à un Séminaire de Politique Générale de Financement du Secteur de la Santé au Maghreb, organisé par l'Institut de Développement Economique (IDE) de la Banque Mondiale à Casablanca au Maroc. Lors d'une discussion avec mes collègues marocains, je leur ai fait part de ma surprise (le mot est faible) de voir des mères de famille mendier devant l'entrée des officines de pharmacie privée en présentant des ordonnances où les médicaments principaux ont été cochés par le pharmacien. J'étais, à l'époque, fier de dire, qu'en Algérie, la médecine est gratuite et que le citoyen algérien recevait ses médicaments à la pharmacie même de l'hôpital et qu'il n'avait pas à débourser un centime. Avec l'économie de marché, la mondialisation, ce temps est bien loin et les rues de nos différentes villes sont parsemées de mendiants (hommes et femmes) accompagnés d'enfants malades présentant des ordonnances ou des boites vides de médicaments.

Le développement humain et la lutte contre la pauvreté sont étroitement liés aux échanges internationaux de bien et de personnes. Le secteur de la santé est affecté par ces mouvements. Les médicaments essentiels dont 1/3 de la population mondiale et plus de 50 % de la population africaine n'a pas accès fait peser la menace que représentent les médicaments contrefaits et les médications traditionnelles qui sont achetés à même le sol dans les marchés africains et asiatiques. Si l'on achète ces médicaments, c'est qu'ils sont moins chers.

La non disponibilité des médicaments essentiels dans les pays en voie de développement pose avec acuité le problème du médicament générique qui doit remplir les mêmes critères de qualité, d'efficacité et de sécurité que le médicament original ou "princeps". Le principal avantage du générique est bien sur son coût, en moyenne de 30 % inférieur à celui de l'original. Les trois critères qui le définissent sont : même composition chimique, nom différent et moins cher.

Les médicaments génériques devraient être largement utilisés dans nos hôpitaux car les hôpitaux d'une manière générale et les CHU en particulier utilisent les nouvelles molécules, médicaments très innovants et par conséquent très chers. Les économies réalisées sur les uns devraient permettre d'acheter et donc de fournir les autres aux patients. En Algérie où les hôpitaux doivent s'approvisionner d'abord auprès de la Pharmacie Centrale des Hôpitaux (PCH), la généralisation des génériques est, en principe, facile. Cependant, la non disponibilité fréquente des médicaments non injectables dans nos hôpitaux fait que c'est le patient qui s'acquitte de la note de médicaments, même lorsqu'il est hospitalisé, en achetant en pharmacie privée tout ce qui manque à l'hôpital et de ce fait, la part du générique dans la consommation médicamenteuse même à l'hôpital fait intervenir le médecin, le pharmacien et le patient mais également le médicament lui-même :

- Le médecin

Il ignore souvent le nom des molécules (car il n'est pas ou peu enseigné pendant les études médicales). Si le médecin connaît plusieurs centaines de médicaments, le changement des noms et de marque peut être déstabilisant. La prescription sous D.C.I., corollaire du développement des génériques, est donc rendue plus difficile. De surcroît, le médecin a souvent une forte loyauté à la marque, et aux laboratoires qu'il sait être innovants. Le retrait de certains médicaments du marché par le ministère de la santé après une circulation de plusieurs mois n'est pas fait pour arranger les choses, de même que l'expérience hospitalière qui a montré l'absence d'efficacité (lorsque ce n'est pas la toxicité ou l'instabilité chimique) de certaines molécules importées d'Asie (exemple du Valium et même du sérum salé il y a quelques années).

- Le pharmacien

Absence d'incitation à la prescription générique (tant chez les médecins que chez les pharmaciens). Hostilité traditionnelle d'une partie de l'industrie pharmaceutique. Pour surmonter cela, le pharmacien devrait pouvoir de lui-même remplacer un produit princeps par un produit générique moins cher ; sa marge bénéficiaire ne devant pas en pâtir pour cela.

- Le patient

Certains patients (les plus instruits généralement ou les patients porteurs de maladies chroniques) montrent beaucoup de réticence à l'égard du médicament générique : mauvaise qualité, produit au rabais, .… "Le médicament générique doit être conforme en teneur et en quantité au médicament d'origine dont il est le substitut",

- Le médicament

Certains médicaments sont trop dispendieux à produire ou représentent un trop faible marché pour intéresser les fabricants de produits génériques. De même une grande partie des médicaments d'origine sont protégés, il n'existe pas encore de copies génériques.

Ces tendances doivent absolument changer dans nos pays économiquement faibles comme cela est en train de se faire dans beaucoup de pays développés comme en Allemagne et aux Etats-Unis où l'on note une érosion très nette de l'attachement à la marque. La moyenne européenne s'établit autour de 15 % et atteint près de 40 % en Allemagne et aux Etats-Unis. Les gens à faible revenu, comme les personnes âgées, vivent parfois des dilemmes. Lorsque le médicament prescrit est trop cher, ils préfèrent s'en passer. L'une des plus belles victoires du médicament générique a été celle du gouvernement Sud-Africain contre les 39 laboratoires pharmaceutiques à propos de la tri-thérapie du SIDA en 2000. A quand une victoire identique pour les nouvelles molécules antimitotiques dont ne peuvent bénéficier les cancéreux des pays en voie de développement ?

 

Professeur Larbi ABID le 16 septembre 2003
abid@santemaghreb.com


 
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