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Editorial - Août 2008
Le taux de survie des cancers à travers le monde et en Algérie
par Larbi Abid

 

Les résultats d’une importante enquête sur les taux de survie à 5 ans des patients atteints de cancers (essentiellement les cancers du sein, du poumon, du colon, du rectum et de la prostate) ont été publiés le jeudi 17 juillet dans la revue britannique The Lancet Oncology. Cette enquête conduite par Michel P. Coleman du London School of Hygiene and Tropical Medicine a porté sur 1,9 million de personnes de 31 pays : plus d'une vingtaine de pays d'Europe, les USA, le Canada, l'Australie, le Japon, le Brésil, Cuba et un seul pays africain : l’Algérie. Cette étude dénommée Concorde, a démarré en 1990 et s'est terminée en 1999 : les taux sont donc ceux d’il y a presque 10 ans.
Les chiffres rapportés par cet article ont fait l’objet d’émissions de télévision en Occident et d’articles sur différents journaux aussi bien étrangers que nationaux (rubrique Radar du quotidien Liberté du 22/07/08). Tous ces médias ont rapportés que les taux de survie à 5 ans les plus bas sont retrouvés en Algérie (entre 11,4 % de survie à 5 ans pour le cancer du colon et 38,8 % pour le cancer du sein). Ayant eu à mettre en place et à diriger le 1er registre des cancers digestifs d’Alger en 1986, j’ai ainsi été interpellé par plusieurs collègues sur le pourquoi d’un tel classement de notre pays ? Sommes nous si en retard, même par rapport aux autres pays en voie de développement ?

La 1ère question que l’on peut se poser est : pourquoi ce choix de pays ?

Pour ce qui est des pays occidentaux, la réponse est simple : une précédente étude Eurocare-3 publiée en 2003 évoquait un fossé se creusant entre les pays de l’Europe de l'Est et ceux de l’Europe de l'Ouest. Or dans le cadre de la communauté européenne, il existe une volonté de développer un plan cancer pan-européen et de partager les acquis des plans nationaux contre le cancer pour mettre à niveau les pays de l’ancien bloc communiste.
Pour les autres pays du monde occidental (USA, Canada, Australie, Japon), ils peuvent servir de repère pour l’Europe quant à son niveau de santé.
Pour les 3 pays issus du monde en voie de développement, il fallait des données de l’Amérique du Sud, de l’Amérique centrale et de l’Afrique afin d’avoir un aperçu des 5 continents. Pour cela le choix devait se porter sur des pays ayant des données fiables en matière de cancer. En Afrique l’Algérie est l’un des rares pays disposant de registres du cancer (plus d’une dizaine) dont 3 sont validés par l’Union Internationale des Registres du Cancer. Les 2 premiers registres du cancer (ceux d’Alger et de Sétif) ont même reçu la visite, en 1989,  du Dr. Michel P Coleman, auteur de cet article. Par ailleurs parmi les Registres du cancer des pays en voie de développement, le Registre du cancer de Sétif est l’un des rares à avoir donné (pendant une période) les résultats du traitement c’est-à-dire une estimation du taux de survie à 5 ans par localisation néoplasique (épidémiologie interventionnelle).  

La 2ème  question que l’on peut se poser est : pourquoi des taux de survie aussi bas pour l’Algérie ?

D’une manière générale, les taux de survie reflètent les différences dans l'accès au diagnostic et au traitement ainsi que les investissements dans le domaine de la santé d’un pays à l’autre. 
L’Algérie avec un taux de dépenses de santé (DS) avoisinant les 100$ / habitant /an ne peut avoir le niveau de santé des USA qui ont un taux de DS supérieur à 5000 $/habitants /an ou des pays d’Europe occidentale dont le taux de DS est aux alentours de 3000 $/Habitants /an.
Néanmoins à stade égal de la maladie les taux de survie à 5 ans pour les cancers prévalents sont pratiquement les mêmes lorsque le corps médical algérien peut mettre en pratique les différentes modalités thérapeutiques. Ceci n’est malheureusement pas toujours le cas et nos quotidiens se font régulièrement l’écho de rupture de stocks de médicaments d’une manière générale et plus particulièrement de médicaments dédiés à l’oncologie. De même les centres de radiothérapie sont jusqu’à ce jour au nombre de 5 à travers le pays ne pouvant prendre en charge l’ensemble des malades nécessitant une radiothérapie. Avec un traitement incomplet ou non réalisé à temps, on ne peut évidemment pas espérer avoir les taux de survie retrouvés dans les pays où les différentes phases du traitement sont respectées.
 
Un autre point qui doit quand même tempérer le classement de l’Algérie dans cette étude est le fait que les données du registre du cancer de Sétif (300 cas seulement de cancer ont pu être étudiés) ont été extrapolées à toute l’Algérie. Or tant en ce qui concerne les taux d’incidence que l’estimation de la survie, le Registre du cancer de Sétif est en de ça de la réalité. En d’autre terme, le Registre du cancer de Sétif sous-estime l’incidence du cancer de la wilaya car il ne prend pas en compte les patients de Sétif qui sont pris en charge dans les hôpitaux d’Alger qui disposent justement des moyens du traitement. L’idéal serait la création d’une association des Registres du cancer en Algérie qui regrouperait l’ensemble des données afin d’approcher au plus près l’incidence du cancer dans notre pays et passer par la suite à l’étape d’évaluation du traitement. Une étude a été réalisée en 2002 sur l’état de la prise en charge du cancer en Algérie et les résultats sont disponibles sur le site du ministère de la santé (www.sante.dz).
Tout en reconnaissant que beaucoup reste à faire pour une prise en charge adéquate de la maladie cancéreuse dans notre pays, ces quelques remarques nous ont semblé nécessaires pour les collègues qui nous ont interpellés.           

Référence :  Michel P Coleman, Manuela Quaresma, Franco Berrino, Jean-Michel Lutz, Roberta De Angelis, Riccardo Capocaccia, Paolo Baili, Bernard Rachet, Gemma Gatta, Timo Hakulinen, Andrea Micheli, Milena Sant, Hannah K Weir, Mark Elwood, Hideaki Tsukuma, Sergio Koifman, Gulnar Azevedo Silva, Silvia Francisci, Mariano Santaquilani, Arduino Verdecchia, Hans Storm and John Young. Cancer survival in five continents: a worldwide population-based study (CONCORD), Lancet Oncology 17 July 2008, DOI: 10.1016/S1470-2045(08)70179-7.

 

Par Larbi Abid le 25 juillet 2008

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