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3 tendances évolutives ont
caractérisé cette maladie des mains sales depuis l’indépendance
du pays :
- La première tendance que l’on peut situer de 1962 à 1987 montre
une augmentation globale du nombre de cas de typhoïde, une sous-notification
manifeste dans beaucoup de wilayas à haut risque épidémiologique.
- La deuxième tendance qui se positionne de 1988 à 1990 se traduit
par : une diminution importante de la morbidité concordant avec
la mise en place de nouveaux systèmes de notification qui ont
amélioré de façon appréciable l’information épidémiologique au
plan quantitatif et qualitatif.
- La troisième tendance, qui a débuté en 1991, se poursuit actuellement.
Elle montre, de façon certaine, une augmentation de la morbidité
dans certaines wilayas cibles que l’on peut considérer comme wilayas
à haut risque épidémiologique dans le domaine de la fièvre typhoïde.
Ce sont les wilayas de Chlef, Batna, Bejaia, Blida, Bouira, Tlemcen,
Tiaret, Tizi Ouzou, Oran, Alger, Djelfa, Skikda, Annaba, Constantine,
Médéa, Mostaganem, Msila, mascara, Bord Bou Arréridj, Tissemsilt,
Tipaza, Ain Defla, Relizane.
Quels sont les origines de ces foyers épidémiques
?
L’augmentation des cas de fièvre typhoïde coïncide paradoxalement
avec l’augmentation du taux de raccordement national du réseau d’approvisionnement
en eau potable (AEP) et du réseau d’assainissement. Les foyers épidémiques
sont à prédominance urbaine et semi-urbaine alors que le milieu
rural semble moins exposé par rapport au tissu urbain.
Parmi les causes à l’origine de ces cas, on peut citer :
- les cross-connexions entre les réseaux d’AEP et réseaux d’assainissement
;
- les vides sanitaires mal conçus et régulièrement inondés par
les eaux usées ;
- les infiltrations des eaux usées de surface, donc des eaux contaminées
à fort potentiel infectieux, dans les points d’eau lors des lessivages
dues à des pluies abondantes.
Ce phénomène est à l’origine de nombreuses contaminations de réseaux
d’AEP, de sources, voire de bornes fontaines et de puits. C’est
l’origine des épidémies de fièvre typhoïde survenues à Ksar El
Boukhari, au douar Boudjella à Oued Rhiou, et d’autres foyers.
Quels sont les facteurs de risque à l’origine
des épidémiques de fièvre typhoïde ?
Les principaux facteurs reconnus sont le plus souvent liés à :
- l’insuffisance, pour ne pas dire l’absence, du contrôle technique
des services de l’hydraulique à toutes les étapes (étude, conception,
suivi, réalisation et réception des ces réseaux).
- la pénurie de certains matériaux essentiels : canalisation en
fonte ;
- empiétement des taches et des prérogatives entre plusieurs institutions
et organismes intervenant dans les réseaux d’eau : DUCH , SUCH,
OPGI, Algérienne de eaux, entreprises publiques et privées de
construction, divisions et subdivisions de l’hydraulique…
Cet empiètement et cet enchevêtrement de prérogatives aboutissant
au fait que tout le monde est responsable et personne n’est coupable.
Si, en 2002, une hausse de l’incidence de la typhoïde a été enregistrée,
celle-ci est à mettre sur le compte d’un foyer épidémique apparu
dans la commune de Skikda dont l’origine est liée à la contamination
de l’eau distribuée par le réseau AEP par des eaux d’égouts. Trois
millions de dollars environ sont dépensés annuellement pour la prise
en charge thérapeutique des maladies à transmission hydrique (MTH).
Ainsi l’épidémie de choléra qui a sévi en 1986 et qui a été à l’origine
de la mise en œuvre du programme national de lutte contre les MTH,
l’année suivante, a coûté à la collectivité près de 1 milliard de
dinars.
L’épidémie de typhoïde de Dergana en 1991, a entraîné une dépense
estimée de façon directe à 1 milliard de centimes.
L’épidémie de Ghardaïa de 1991, a représenté 1% du budget global
alloué aux services de la santé pour la même année et l’épidémie
de Ain Taya en 1995, qui a fait plus de 1000 malades, a englouti
près de 2 milliards de centimes.
A ces répercussions sociales des MTH, il y a lieu d’ajouter l’ensemble
des répercussions sociales parmi lesquels on peut citer les journées
de travail perdues, l’absentéisme général et scolaire préjudiciable
ainsi que la perte en vies humaines.
La prévention des maladies à transmission hydrique en général et
de la fièvre typhoïde en particulier ne doit pas relever du domaine
exclusif des services de santé. Elle doit s’appuyer sur une prise
en charge de l’hygiène et de la salubrité publique et sur l’application
des lois en vigueur dans ce domaine. Une volonté politique doit
se manifester afin de préserver la santé du citoyen qui reste exposé
à cette épée de Damoclès.
Pr. A. SOUKEHAL
Transmis par le professeur Larbi Abid - le 30 juillet
2004
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