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Editorial du professeur Larbi Abid - Août 2004
La fièvre typhoïde une maladie historique ré-émergente
Pr. A. SOUKEHAL

3 tendances évolutives ont caractérisé cette maladie des mains sales depuis l’indépendance du pays :

  • La première tendance que l’on peut situer de 1962 à 1987 montre une augmentation globale du nombre de cas de typhoïde, une sous-notification manifeste dans beaucoup de wilayas à haut risque épidémiologique.
  • La deuxième tendance qui se positionne de 1988 à 1990 se traduit par : une diminution importante de la morbidité concordant avec la mise en place de nouveaux systèmes de notification qui ont amélioré de façon appréciable l’information épidémiologique au plan quantitatif et qualitatif.
  • La troisième tendance, qui a débuté en 1991, se poursuit actuellement. Elle montre, de façon certaine, une augmentation de la morbidité dans certaines wilayas cibles que l’on peut considérer comme wilayas à haut risque épidémiologique dans le domaine de la fièvre typhoïde. Ce sont les wilayas de Chlef, Batna, Bejaia, Blida, Bouira, Tlemcen, Tiaret, Tizi Ouzou, Oran, Alger, Djelfa, Skikda, Annaba, Constantine, Médéa, Mostaganem, Msila, mascara, Bord Bou Arréridj, Tissemsilt, Tipaza, Ain Defla, Relizane.

Quels sont les origines de ces foyers épidémiques ?

L’augmentation des cas de fièvre typhoïde coïncide paradoxalement avec l’augmentation du taux de raccordement national du réseau d’approvisionnement en eau potable (AEP) et du réseau d’assainissement. Les foyers épidémiques sont à prédominance urbaine et semi-urbaine alors que le milieu rural semble moins exposé par rapport au tissu urbain.
Parmi les causes à l’origine de ces cas, on peut citer :

  • les cross-connexions entre les réseaux d’AEP et réseaux d’assainissement ;
  • les vides sanitaires mal conçus et régulièrement inondés par les eaux usées ;
  • les infiltrations des eaux usées de surface, donc des eaux contaminées à fort potentiel infectieux, dans les points d’eau lors des lessivages dues à des pluies abondantes.
    Ce phénomène est à l’origine de nombreuses contaminations de réseaux d’AEP, de sources, voire de bornes fontaines et de puits. C’est l’origine des épidémies de fièvre typhoïde survenues à Ksar El Boukhari, au douar Boudjella à Oued Rhiou, et d’autres foyers.

Quels sont les facteurs de risque à l’origine des épidémiques de fièvre typhoïde ?

Les principaux facteurs reconnus sont le plus souvent liés à :

  • l’insuffisance, pour ne pas dire l’absence, du contrôle technique des services de l’hydraulique à toutes les étapes (étude, conception, suivi, réalisation et réception des ces réseaux).
  • la pénurie de certains matériaux essentiels : canalisation en fonte ;
  • empiétement des taches et des prérogatives entre plusieurs institutions et organismes intervenant dans les réseaux d’eau : DUCH , SUCH, OPGI, Algérienne de eaux, entreprises publiques et privées de construction, divisions et subdivisions de l’hydraulique…
    Cet empiètement et cet enchevêtrement de prérogatives aboutissant au fait que tout le monde est responsable et personne n’est coupable.

Si, en 2002, une hausse de l’incidence de la typhoïde a été enregistrée, celle-ci est à mettre sur le compte d’un foyer épidémique apparu dans la commune de Skikda dont l’origine est liée à la contamination de l’eau distribuée par le réseau AEP par des eaux d’égouts. Trois millions de dollars environ sont dépensés annuellement pour la prise en charge thérapeutique des maladies à transmission hydrique (MTH). Ainsi l’épidémie de choléra qui a sévi en 1986 et qui a été à l’origine de la mise en œuvre du programme national de lutte contre les MTH, l’année suivante, a coûté à la collectivité près de 1 milliard de dinars.
L’épidémie de typhoïde de Dergana en 1991, a entraîné une dépense estimée de façon directe à 1 milliard de centimes.
L’épidémie de Ghardaïa de 1991, a représenté 1% du budget global alloué aux services de la santé pour la même année et l’épidémie de Ain Taya en 1995, qui a fait plus de 1000 malades, a englouti près de 2 milliards de centimes.

A ces répercussions sociales des MTH, il y a lieu d’ajouter l’ensemble des répercussions sociales parmi lesquels on peut citer les journées de travail perdues, l’absentéisme général et scolaire préjudiciable ainsi que la perte en vies humaines.
La prévention des maladies à transmission hydrique en général et de la fièvre typhoïde en particulier ne doit pas relever du domaine exclusif des services de santé. Elle doit s’appuyer sur une prise en charge de l’hygiène et de la salubrité publique et sur l’application des lois en vigueur dans ce domaine. Une volonté politique doit se manifester afin de préserver la santé du citoyen qui reste exposé à cette épée de Damoclès.

Pr. A. SOUKEHAL

Transmis par le professeur Larbi Abid - le 30 juillet 2004


 
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