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En Algérie contemporaine, chaque année, des milliers de personnes
sont atteintes par la méningite, la fièvre typhoïde, la tuberculose,
la gale. L'apparition de la peste est favorisée par des conditions
de vie engendrées par la pauvreté dans des environnements plus ou
moins propices à la diffusion de la maladie : prolifération de l'habitat
précaire, égouts à ciel ouvert, gestion aléatoire des déchets ménagers,
absence de campagne de dératisation. Les autorités n'arrivent pas
à trouver de solutions au problème du ramassage des ordures, qui
ne se fait plus régulièrement partout dans le pays. Les décharges
sauvages dans la plupart des villes et villages du pays, attirants
des facteurs de nuisances tels qu'insectes, chiens et chats errants,
rongeurs vecteurs de maladies. L'eau est une autre préoccupation
des habitants de la plupart des régions du pays. Cette détérioration
du cadre de vie du citoyen algérien, est-il dû à un laxisme des
autorités et des élus locaux ainsi que des services chargés de l'hygiène
au niveau de la commune ? S'agit-il d'une rareté des ressources
financières en rapport avec la transition économique de ces dernières
années, méfaits d'un système économique mondial ?
Quoi qu'en dise, ces épidémies sont en rapport avec la propagation
de la pauvreté, l'exclusion et la marginalisation. "Les risques
de maladies infectieuses sont hautement élevés dans tout le pays.
Aucune ville n'est à l'abri. Alger est particulièrement menacée,
avec la présence de décharges publiques à ciel ouvert et la détérioration
des réseaux d'assainissement".
Rappel historique
La peste fait partie de ces maladies gravées dans l'imagination
collective parce qu'elles ont semé la terreur durant des siècles.
En effet, plusieurs épidémies de peste ont causé plus de 200 millions
de décès dans le monde à travers les siècles. L'épidémie la plus
connue est sans doute l'épidémie de peste bubonique qui a frappé
l'Europe au XIVème siècle, rayant au passage environ le tiers de
la population européenne.
Il semblerait que la peste existait en tant que maladie des rongeurs
sauvages bien avant l'apparition de l'homme.
Connue dès l'antiquité (témoignages contenus dans la Bible, l'Iliade
ou l'Eneïde), les nombreuses épidémies qui frappèrent l'occident
furent associées à la peste dès lors que la sous-alimentation, la
disette, la famine et la surpopulation fournissaient un terrain
favorable à l'apparition d'une maladie contagieuse et mortelle.
Ainsi beaucoup de fléaux dont le typhus ou la lèpre, furent confondus
sous le même vocable "pestis" sans pour autant soupçonner vraiment
les conséquences des pestes à venir.
Il est classique de décrire trois grandes pandémies dans l'histoire
de la peste : la première, la peste de Justinien, au VIème et VIIème
siècles de notre ère, la seconde ou peste noire du XIVème au XVIIIème
siècle (plus de 50 millions de morts), la troisième, actuelle :
elle a débuté à Canton (Chine) en 1894, et elle atteint actuellement
l'Afrique, l'Amérique et l'Asie. La peste de Justinien est une peste
bubonique apparue au VIème siècle après J-C, et frappe l'ensemble
du Bassin Méditerranéen. Elle débute en Égypte puis s'étend à l'Afrique
du Nord, et Occidentale et une grande partie de l'Europe sont touchées.
Entre 542 et 546 après JC, des épidémies en Asie, en Afrique et
en Europe ont fait près de 100 millions de victimes.
La peste noire (en référence aux plaques
noires qui se développent sur la peau autour des piqûres de la Xenopsilla
cheopsis ou puce du rat), partit d'Asie en 1333 et gagna la Chine,
l'Inde puis la mer du Nord à partir des comptoirs de Crimée, véhiculée
par les rats embarqués dans les caves des navires marchands. En
1347, l'épidémie est à Constantinople d'où elle atteint la Sicile
puis Marseille. Par le biais des ports et des routes commerciales,
la grande peste contamine presque toute l'Europe Continentale. Entre
1346 et 1353, 25 millions de personnes périrent. Cette pandémie
perdura jusqu'au XVIIIème siècle et fut marquée par de nombreuses
tragédies parmi lesquelles la peste de Marseille. De 1346 à 1722
en Europe on compte 25 millions de morts en 7 ans soit la 1/2 ou
1/3 de la population.
La peste de Chine se manifesta à HongKong
en 1894. Lors de cette épidémie, Yersin découvrit
le bacille gram-négatif, germe responsable de la maladie,
dont P.L Simond démontra, en 1898, la transmission par la puce.
Cette troisième pandémie s'est rapidement propagée dans le monde
entier, transportée par les rats à bord des navires à vapeur plus
rapides qui avaient remplacé les vaisseaux à voile dans les flottes
marchandes. En l'espace de 10 ans (1894-1903) la peste faisait son
apparition dans 77 ports de cinq continents : l'Asie (31 ports),
l'Europe (12), l'Afrique (8), l'Amérique du Nord (4), l'Amérique
du Sud (15) et l'Australie (7). Cette pandémie pesteuse ravagea
Madagascar en 1898, Alexandrie, le Japon, l'Est africain et le Portugal
en 1899, puis Manille, Sydney, Glasgow et San Francisco en 1900,
enfin Java en 1911 et Ceylan en 1914. Parallèlement à la propagation
de la maladie par voie maritime, le réveil de certains foyers infectieux
(50000 morts en Manchourie en 1910) aggrava les pertes humaines,
en particulier en Inde où l'on recensa près de 12 millions de morts
entre 1898 et 1948.
Depuis plusieurs décennies, le déclin de la peste s'accélère mais
cela ne signifie pas pour autant son extinction. En effet, de nos
jours, les foyers infectieux délaissent les grandes villes et sont
relégués dans les zones rurales jusqu'alors épargnées. Si la peste
n'est plus, aujourd'hui, un sujet d'inquiétude pour les pays disposant
de structures médicales, administratives et techniques appropriées,
de nombreuses régions du monde sont encore sous la menace d'une
expansion de la maladie.
En Europe, la dernière épidémie de peste remonte à 1910 avec la
peste des chiffonniers de Saint Ouen.
Epidémiologie
La peste est une anthropozoonose due à Yersinia pestis, bacille
gram négatif, immobile, extrêmement pathogène. La maladie est habituellement
transmise à l'homme par piqûre de puces infectées par des rats,
réservoir de la bactérie. Très sensible à la chaleur et au soleil,
le bacille de la peste ne semble pas pouvoir survivre hors d'un
hôte et on estime qu'il peut rester infectieux
une heure sous forme d'aérosol.
Cette bactérie est la seule Yersinia à pouvoir, et à devoir se multiplier
:
- chez le vecteur
- chez le mammifère
- dans le sol (bactérie tellurique dont la virulence augmente
par ce passage dans le sol. Elle supporte des températures dans
la nature allant de - 10° à + 45° C. Sa survie est liée à des
facteurs environnementaux : hygrométrie, température, obscurité.
Dans la nature sa survie atteindrait 300 à 500 jours). La contamination
du sol se fait par les cadavres (mammifères essentiellement).
Quoiqu'il en soit, la peste endogée (ou peste d'enfouissement,
ou peste tellurique) est une réalité expliquant (surtout en zones,
ou saisons, tempérées ou froides) la réapparition, en un lieu,
donné, de la peste. - In vitro à + 4°, elle dépasserait 25 ans.
L'homme est contaminé par des piqûres de puces de rongeurs infectés,
en particulier Xenopsylla cheopsis. Les puces transmettent la peste
à l'homme lors d'un repas sanguin. Lors de l'épidémie, la transmission
peut se faire par voie respiratoire inter-humaine si l'un des malades
est atteint d'une lésion respiratoire ouverte.
Il y a actuellement plus de 1900 espèces de
puces dont la majorité si l'hôte est réceptif, peuvent lui donner
la peste.
Réservoirs
Rongeurs sauvages : réservoirs naturels
de la peste sylvestre. Il s'agit presque toujours d'espèces peu
sensibles qui ne meurent pas de la maladie et peuvent ainsi la transmettre,
une même espèce peut être sensible ou résistante. Pour chaque région,
on trouve respectivement : Turkestan russe, Kurdistan iranien :
gerbilles, Meriones unguiculatus, Afrique du Sud et du Nord : M.
libycus, gerboises.
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