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Editorial - Juin 2007
Chaque été, les enfants payent un lourd tribut à l’envenimation scorpionique 
par Larbi Abid

 

Androctonus australis hector Androctonus mauretanicus


La saison chaude arrive comme chaque année avec son cortège de problèmes spécifiques liés tant à la situation géographique de notre pays qu’à son niveau de développement. Ainsi on voit arriver les pénuries d’eau en particulier dans les régions du sud du pays, les intoxications alimentaires, l’oisiveté des enfants qui ne sont plus dans les écoles et ce qui est spécifique aux wilayas des hauts plateaux et du sud, les piqûres de scorpion dont certaines sont létales. En effet, les envenimations par piqûres de scorpions sont fréquentes en Algérie. Chaque été, des milliers de cas de piqûres sont dénombrées dont des dizaines de cas mortels. L’intérieur des habitations est le lieu où survient le plus grand nombre de piqûres dans le Sud et les Hauts plateaux. A ce sujet, il faut noter que le scorpionisme est un problème de développement et d’intersectorialité : l’homme a utilisé les gîtes d’habitation des scorpions pour construire certaines villes dans le Sud du pays.

Arachnidé invertébré pourvu d'un exosquelette chitineux articulé, le scorpion se retrouve entre les latitudes 45° Nord et Sud. Sa queue, ou post-abdomen, porte à son extrémité un appareil constitué d'une vésicule à venin prolongée par un aiguillon permettant l'inoculation. Le scorpion, animal nocturne, s'éveille au crépuscule et connaît son maximum d'activité entre 18-20 heures et minuit. Le jour, il se réfugie dans des crevasses du sol, sous des pierres, à l'abri de la lumière. De nature craintive (il ne pique que lorsqu'il est dérangé) il se nourrit de proies fraîchement tuées ou vivantes, il résiste aux agressions thermiques, au jeûn (il peut rester 1 an sans manger), à la déshydratation, à l’asphyxie, aux infections microbiennes et même aux irradiations mais il serait néanmoins sensible aux pesticides. Actif au printemps et en été, il entre en hibernation dès le début de l'automne ce qui explique la prédominance estivale des piqûres avec un pic journalier en soirée. Son venin agit très rapidement. Il s’agit d’une neurotoxine, stable à pH acide, thermorésistante, miscible à l’eau et pouvant se conserver plusieurs années. Les facteurs de gravité de la piqûre chez l'homme sont fonction de l'espèce en cause (en Algérie, l’espèce la plus dangereuse est Androctonus australis hector), de la taille du scorpion (faible risque si inférieure à 3 cm), de sa nutrition, de la quantité de venin injecté, de sa voie d’introduction, de l’âge de la personne piquée et enfin du délai de prise en charge (gravité significative pour un délai supérieur à 2h30).

Sur environ 5 millions de morsures de serpents, piqûres de scorpions ou d’insectes enregistrées chaque année dans le monde et provoquant ainsi la mort de 100.000 personnes, 40.000 décès sont en rapport avec une piqûre de scorpion. En Afrique, sur environ 1 million de personnes piquées par des scorpions chaque année, quelque 20.000 personnes succombent à ces envenimations. Pour ce qui est du Maghreb, en Algérie on dénombre en moyenne 25 000 à 50 000 piqûres/an et un peu moins d’une centaine de décès/an. Parmi eux, ce sont les enfants d’âge scolaire qui payent le plus lourd tribut à l’envenimation scorpionique, ils représentent 50% de la totalité des décès. En Tunisie, la moyenne annuelle de piqûres de scorpion est de 40.000 cas et les enfants de moins de 15 ans sont les plus exposés aux accidents mortels selon le docteur El Ayeb de l’Institut Pasteur de Tunis. Au Maroc, les piqûres scorpioniques se placent en tête de toutes les intoxications avec un taux d’incidence allant de 0 à 2,4% selon les différentes régions et un taux de létalité globale de 0,82% pouvant atteindre 5,3% dans certaines régions.


Répartition de la létalité par envenimation scorpionique et par tranche d’âge en Algérie, année 2005 (source INSP)

 

Les manifestations cliniques de l’envenimation scorpionique se répartissent en trois classes :

  • Classe 1 : Piqûre bénigne, se traduisant par des signes locaux, à type de douleur au point de piqûre, des Fourmillements et des paresthésies pouvant s’accompagner d’un engourdissement.
  • Classe 2 : Envenimement modéré. Aux signes locaux s’ajoutent des signes généraux révélant un dérèglement neurovégétatif et un ou plusieurs symptômes pouvant être rattachés à l’un des syndromes que peut induire l’envenimation scorpionique.
  • Classe 3 : Envenimement sévère. Les signes généraux sont majorés. Il s’y associe une défaillance : respiratoire et/ ou cardiovasculaire et/ou neurologique centrale.

En Algérie, un comité national de lutte anti-scorpionique (CNLAS) constitué d’épidémiologistes, de réanimateurs, de biochimistes, de toxicologues et de membres de l’institut Pasteur et de la Protection Civile, organise chaque année un séminaire au niveau de la wilaya ayant eu le plus fort taux de mortalité par envenimation scorpionique, l’année précédente. Ce séminaire procède à une présentation du bilan annuel, une formation et information des professionnels de la santé, une sensibilisation des autorités locales et de la population et une prévention des risques relatifs à l’emploi des pesticides. Cette année 2007, c’est dans la wilaya de Béchar qu’a eu lieu ce séminaire en présence de responsables du ministère de la santé et des différents responsables concernés des wilayas touchées par ce fléau.

Même si nous assistons à une diminution notable du nombre annuel de décès (74 en 2005, 62 en 2006), un plus grand effort dans l’assainissement de l’environnement au sein des agglomérations et du cadre de vie par les collectivités locales et les associations, notamment les comités de quartiers, est plus que nécessaire pour permettre de réduire la prolifération des scorpions en particulier dans les sept wilayas du Sud qui constituent encore la zone rouge (Ouargla, Djelfa, El Bayadh, Biskra, Naâma, El Oued et M'sila). La campagne de sensibilisation des populations ne devrait pas être limitée à la seule saison de l’été où les enfants sont en vacances mais étalée tout au long de l’année avec implication des enseignants sur les moyens de prévention et les soins d’urgence en cas de piqûre en insistant sur la rapidité d’évacuation des personnes piquées vers les structures de soins qui doivent disposer de tout ce qui est nécessaire à la prise en charge d’une envenimation scorpionique.

Quant aux pesticides utilisés (Malathion 95 % et Deltamétrine 2 %) dans la lutte contre le scorpionisme, souhaitons que leurs effets toxiques sur l’homme ne soit pas plus graves que l’objectif visé à savoir la réduction de la prolifération des scorpions.


par Larbi Abid le 5 juin 2007

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