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Editorial - Juin 2006
Le déficit en médecins spécialistes dans le Sud et les Hauts Plateaux
par Larbi Abid

Chaque année à pareille époque, une certaine inquiétude vient remplacer la joie du succès au DEMS pour les différentes promotions de résidents ayant terminé leurs études de spécialité. Cette inquiétude est en rapport avec l’appréhension de se retrouver seul (ou plus souvent seule, vu que le corps médical en Algérie se féminise) dans un secteur sanitaire de l’intérieur du pays en face du malade.
Cette inquiétude et cette appréhension sont encore plus fortes pour les spécialités nécessitant un savoir-faire (Gynéco-obstétrique, anatomie-pathologique, spécialités chirurgicales en général etc..) non encore bien assimilé. En qualité d’enseignants, nous essayions de garder dans les structures hospitalo-universitaires ces nouveaux titulaires du DEMS pendant encore une année afin qu’ils acquièrent le maximum de technicité, maintenant qu’ils ne sont plus concernés par la réussite aux examens.

Au terme de cet intermède, il est nécessaire que ces spécialistes prennent en charge la population aux niveaux des différents secteurs sanitaires du pays où le déficit existent et où existe en même temps les structures permettant à ces spécialistes d’exercer leur métier. C’est le but même de notre profession.

L’actuel ministre de la santé en a fait un de ces objectifs, et depuis l’année dernière, la quasi-totalité des nouveaux DEMS sont affectés par la tutelle dans les structures de santé des Hauts Plateaux et du Sud du pays. Il a même été demandé aux directeurs de la santé des différentes wilayas du pays (DSW) et aux directeurs d’hôpitaux de ne pas donner d’avis favorable à ces nouveaux spécialistes afin que leur affectation dépendent uniquement de la centrale (Ministère de la santé). Si effectivement l’affectation au niveau d’une wilaya doit rester centralisée afin de bien couvrir sur le plan sanitaire, l’ensemble du pays, ne devrait-on pas laisser la possibilité au DSW de déployer ces spécialistes dans les différentes structures sanitaires de la wilaya qu’il gère ?

En effet nous avons eu à constater récemment, l’affectation par la tutelle d’une spécialiste en gynécologie obstétrique au niveau d’une daïra dépourvue d’une structure adéquate alors qu’une daïra voisine (mais appartenant à une autre wilaya) pourvue d’une maternité souffrait du manque d’obstétriciens.

Le deuxième point sur lequel la tutelle doit se pencher est celui des couples de médecins. Il n’est pas normal, voir inconcevable d’affecter le mari dans une wilaya et l’épouse dans une autre wilaya et ceci quelle que soient les spécialités. En effet on perdra nécessairement un des deux (c’est malheureusement l’épouse qui devient femme au foyer alors que l’état a investi des millions pour sa formation). Le ministre de la santé signale un pareil cas qu’il a réglé en affectant le conjoint dans la même structure que son épouse. Cela ne doit pas être un cas d’espèce mais être généralisé.

Dans le même ordre d’idée, nous avons un exemple d’un couple exerçant la même spécialité et où, seul l’un d’entre eux a eu une affectation dans un hôpital de l’intérieur du pays : la femme devenant par la force des choses femme au foyer. Le DSW et le directeur de l’hôpital devraient avoir la latitude de recruter les deux membres du couple. Dans le cas contraire il y a de fortes chances pour que ce couple quitte la région dès le service civil effectué. Alors que si les deux travaillent dans la même structure et si les conditions de vie sont propices une possibilité de rester sur place est probable.
Nous avons l’exemple du chirurgien d’Abadla (à qui nous rendons hommage, car jusqu’à ce jour il exerce seul à l’hôpital et ce depuis des années) qui a ouvert le service de chirurgie pendant qu’il était au service national et qui est revenu dans la région avec son épouse médecin généraliste qui exerce en qualité de gynéco-obstétricienne par la force des choses (pour cette consoeur, l’ouverture du CES de gynéco-obstétrique lui permettra d’approfondir ses connaissances théoriques).

Selon le ministère de la santé, des mesures incitatives à l’exercice de la médecine spécialisée ont été octroyées. Ces mesures sont le logement, un meilleur salaire et des conditions de travail. Il est évident qu’aucun médecin ne partirait s’il n’est pas logé. Quant au salaire, il faut qu’il soit au moins doublé (à l’image des travailleurs de Sonatrach qui exercent dans le sud) car le coût de la vie est nettement plus cher qu’au Nord et une augmentation de salaire de 15000 DA n’arrive même pas à compenser. Enfin pour les spécialistes exerçant dans le grand Sud (Adrar, Tamanrasset, etc...) 2 à 3 billets de transport par an à la charge de la wilaya devraient leur être octroyés : le coût d’un aller-retour Tam-Alger-Tam est de 30 000 DA.

Pour ce qui est des conditions de travail, elles varient d’un secteur à un autre. Ceci n’est pas spécifique des régions déshéritées mais se retrouve même à Alger où certains hôpitaux disposent de la majorité des moyens pour travailler alors que d’autres à quelques kilomètres plus loin sont démunis de l’essentiel. Nous pensons que les conditions de travail doivent être mises à la disposition de ces spécialistes afin qu’ils ne continuent pas à se limiter aux transferts des malades vers les hôpitaux du nord, qu’ils soient affectés en nombre relativement élevé dans certaines spécialités (spécialités chirurgicales et gynéco-obstétrique) pour pouvoir assurer une permanence 24h/24 et enfin assurer un jumelage de chaque secteur sanitaire de l’intérieur du pays avec un CHU, EHS ou secteur sanitaire universitaire des villes du Nord siège de faculté de Médecine.
Une formation médicale continue doit être assurée par la tutelle, formation qui doit se traduire par l’organisation annuelle de journées d’enseignement à la charge de la Direction de la Santé de chaque Wilaya.

par Larbi Abid le 28 juin 2006

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