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année à pareille époque, une certaine inquiétude vient remplacer
la joie du succès au DEMS pour les différentes promotions de résidents
ayant terminé leurs études de spécialité. Cette inquiétude est en
rapport avec l’appréhension de se retrouver seul (ou plus souvent
seule, vu que le corps médical en Algérie se féminise) dans un secteur
sanitaire de l’intérieur du pays en face du malade.
Cette inquiétude et cette appréhension sont encore plus fortes pour
les spécialités nécessitant un savoir-faire (Gynéco-obstétrique,
anatomie-pathologique, spécialités chirurgicales en général etc..)
non encore bien assimilé. En qualité d’enseignants, nous essayions
de garder dans les structures hospitalo-universitaires ces nouveaux
titulaires du DEMS pendant encore une année afin qu’ils acquièrent
le maximum de technicité, maintenant qu’ils ne sont plus concernés
par la réussite aux examens.
Au terme de cet intermède, il est nécessaire
que ces spécialistes prennent en charge la population aux
niveaux des différents secteurs sanitaires du pays où
le déficit existent et où existe en même temps
les structures permettant à ces spécialistes d’exercer
leur métier. C’est le but même de notre profession.
L’actuel ministre de la santé en a fait un de ces
objectifs, et depuis l’année dernière, la quasi-totalité
des nouveaux DEMS sont affectés par la tutelle dans les structures
de santé des Hauts Plateaux et du Sud du pays. Il a même
été demandé aux directeurs de la santé
des différentes wilayas du pays (DSW) et aux directeurs d’hôpitaux
de ne pas donner d’avis favorable à ces nouveaux spécialistes
afin que leur affectation dépendent uniquement de la centrale
(Ministère de la santé). Si effectivement l’affectation
au niveau d’une wilaya doit rester centralisée afin
de bien couvrir sur le plan sanitaire, l’ensemble du pays,
ne devrait-on pas laisser la possibilité au DSW de déployer
ces spécialistes dans les différentes structures sanitaires
de la wilaya qu’il gère ?
En effet nous avons eu à constater récemment,
l’affectation par la tutelle d’une spécialiste
en gynécologie obstétrique au niveau d’une daïra
dépourvue d’une structure adéquate alors qu’une
daïra voisine (mais appartenant à une autre wilaya)
pourvue d’une maternité souffrait du manque d’obstétriciens.
Le deuxième point sur lequel la tutelle doit se pencher
est celui des couples de médecins. Il n’est pas normal,
voir inconcevable d’affecter le mari dans une wilaya et l’épouse
dans une autre wilaya et ceci quelle que soient les spécialités.
En effet on perdra nécessairement un des deux (c’est
malheureusement l’épouse qui devient femme au foyer
alors que l’état a investi des millions pour sa formation).
Le ministre de la santé signale un pareil cas qu’il
a réglé en affectant le conjoint dans la même
structure que son épouse. Cela ne doit pas être un
cas d’espèce mais être généralisé.
Dans le même ordre d’idée,
nous avons un exemple d’un couple exerçant la même
spécialité et où, seul l’un d’entre
eux a eu une affectation dans un hôpital de l’intérieur
du pays : la femme devenant par la force des choses femme au foyer.
Le DSW et le directeur de l’hôpital devraient avoir
la latitude de recruter les deux membres du couple. Dans le cas
contraire il y a de fortes chances pour que ce couple quitte la
région dès le service civil effectué. Alors
que si les deux travaillent dans la même structure et si les
conditions de vie sont propices une possibilité de rester
sur place est probable.
Nous avons l’exemple du chirurgien d’Abadla (à
qui nous rendons hommage, car jusqu’à ce jour il exerce
seul à l’hôpital et ce depuis des années)
qui a ouvert le service de chirurgie pendant qu’il était
au service national et qui est revenu dans la région avec
son épouse médecin généraliste qui exerce
en qualité de gynéco-obstétricienne par la
force des choses (pour cette consoeur, l’ouverture du CES
de gynéco-obstétrique lui permettra d’approfondir
ses connaissances théoriques).
Selon le ministère de la santé,
des mesures incitatives à l’exercice de la médecine
spécialisée ont été octroyées.
Ces mesures sont le logement, un meilleur salaire et des conditions
de travail. Il est évident qu’aucun médecin
ne partirait s’il n’est pas logé. Quant au salaire,
il faut qu’il soit au moins doublé (à l’image
des travailleurs de Sonatrach qui exercent dans le sud) car le coût
de la vie est nettement plus cher qu’au Nord et une augmentation
de salaire de 15000 DA n’arrive même pas à compenser.
Enfin pour les spécialistes exerçant dans le grand
Sud (Adrar, Tamanrasset, etc...) 2 à 3 billets de transport
par an à la charge de la wilaya devraient leur être
octroyés : le coût d’un aller-retour Tam-Alger-Tam
est de 30 000 DA.
Pour ce qui est des conditions de travail, elles
varient d’un secteur à un autre. Ceci n’est pas
spécifique des régions déshéritées
mais se retrouve même à Alger où certains hôpitaux
disposent de la majorité des moyens pour travailler alors
que d’autres à quelques kilomètres plus loin
sont démunis de l’essentiel. Nous pensons que les conditions
de travail doivent être mises à la disposition de ces
spécialistes afin qu’ils ne continuent pas à
se limiter aux transferts des malades vers les hôpitaux du
nord, qu’ils soient affectés en nombre relativement
élevé dans certaines spécialités (spécialités
chirurgicales et gynéco-obstétrique) pour pouvoir
assurer une permanence 24h/24 et enfin assurer un jumelage de chaque
secteur sanitaire de l’intérieur du pays avec un CHU,
EHS ou secteur sanitaire universitaire des villes du Nord siège
de faculté de Médecine.
Une formation médicale continue doit être assurée
par la tutelle, formation qui doit se traduire par l’organisation
annuelle de journées d’enseignement à la charge
de la Direction de la Santé de chaque Wilaya.
par Larbi Abid le 28 juin 2006 |