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Editorial - Mai 2017


Comment l’Algérie perd ses médecins.

Des dizaines, voire des centaines de praticiens choisissent de s’établir
dans les pays riches d’Europe et d’Amérique.
Pr. L. Abid

 

Si l’Algérie est connue pour son sous-sol riche en hydrocarbures, matières premières qu’elle exporte, elle est également, depuis de nombreuses années, exportatrice de sa matière grise. Cette fuite des cerveaux concerne ingénieurs, enseignants universitaires, informaticiens, artistes, architectes, techniciens, médecins et même paramédicaux.

Ce phénomène n’est pas propre à notre pays mais intéresse la majorité des pays africains dont 20 à 30% du corps médical formé dans les pays d’origine exercent dans les pays occidentaux, le plus souvent chez l’ancien colonisateur.

C’est ainsi qu’on retrouve les médecins d’Afrique de l’Ouest (Benin, Burkina, Mali, Niger, Guinée, Cote d’Ivoire, Gabon) et du Maghreb en France, ceux d’Afrique lusophone (Angola, Mozambique, Guinée Bissau, Sao Tomé et Cap Vert) au Portugal, et à un degré moindre ceux d’Afrique anglophone (Kenya, Ouganda, Tanzanie, Nigéria, Ghana) en Grande Bretagne mais aussi aux USA.

Les deux seuls pays qui font exception à cette règle sont l’Egypte (Oum Dounia) où seulement 5% du corps médical est établi à l’étranger (USA, Grande Bretagne, pays du Golfe) et l’Afrique du Sud qui, au contraire, a un fort pouvoir d’attraction auprès des praticiens de la Namibie, du Botswana, du Zimbabwe du Swaziland et du Lesotho. On estime que chaque année 20 000 professionnels de la santé (médecins et paramédicaux), quittent l’Afrique à destination de l’Europe ou de l’Amérique du Nord.

Puisque c’est vers l’ancien pays colonisateur que s’oriente le corps médical algérien (même si ces dernières années le Canada est en train de devenir un eldorado très attractif pour les médecins spécialistes), il faut savoir que la France au 1er janvier 2015, comptait 216.700 médecins actifs de moins de 70 ans. Ce chiffre va s’élever à 281.400 en 2040. Mais la féminisation (qui passera de 44 à 60%) et le déclin de l’exercice libéral exclusif font que ce chiffre ne suffira pas à repeupler les communes souffrant d’une pénurie. De même les hôpitaux français ne pourraient pas fonctionner sans les milliers de médecins étrangers (algériens en majorité) qui assurent une grande part des gardes en psychiatrie, anesthésie-réanimation, SAMU, urgences chirurgicales, avec des rémunérations nettement inférieures à celles de leurs homologues français, fournissant ainsi une main-d’œuvre bon marché au trésor et à la sécurité sociale française.

Aussi étonnant que cela puisse paraitre, l’Algérie est l’un des rares pays où pour s’inscrire en sciences médicales, il faut obtenir un bac scientifique avec une très bonne moyenne et où à la fin des études (les plus longues) on se retrouve au chômage, si on a choisi de ne faire que médecine générale (voire même certaines spécialités médicales, dentaires et pharmaceutiques). Certes on construit de nombreux hôpitaux et polycliniques mais on ne prévoit pas l’ouverture de suffisamment de postes budgétaires , au point où l’on trouve des praticiens qui émargent au « filet social » pour un salaire ridicule qui n’équivaut même pas à un « argent de poche » , en occupant un poste de travail à plein temps dans une structure hospitalière du secteur public ! J’ai souvenir d’un établissement hospitalier dans une wilaya du Nord-Est du pays, ayant pour directeur intérimaire une sage-femme (ne pouvant en aucun cas être titularisée à ce poste) et où exerçaient huit femmes médecins toutes recevant un présalaire de la part de l’APC par faute de postes budgétaires. Lors d’une visite ministérielle, leur seule doléance était bien sûr d’être recrutée dans l’hôpital où elles exerçaient depuis déjà quelques années.

Quelles conclusions doit tirer un jeune médecin tout frais émoulus après 7 année d’études ? A la première occasion qui s’offre à lui de quitter le pays, il s’y engouffre. Pour ceux et celles qui ont réussi à faire une spécialité (c’est-à-dire 4 à 5 ans d’études supplémentaires) et qui n’arrivent pas à décrocher un poste dans un CHU, ils se retrouvent dans un établissement hospitalier démunis de la majorité des moyens techniques modernes indispensables à l’exercice de leur spécialité.

Récemment, deux jeunes spécialistes en chirurgie cardiaque pour l’un, en chirurgie vasculaire pour l’autre, diplômés de la faculté de médecine d’Alger, sont revenus en Algérie après avoir séjourné dans des hôpitaux parisiens où ils ont acquis des compétences chirurgicales dans leurs spécialités, compétences qui ne sont pas encore maitrisées en Algérie. Si l’un a dû rester au chômage pendant un an avant d’obtenir une vacation (et non un poste à plein temps), le deuxième est à sa deuxième année de chômage et songe à quitter définitivement le pays.
Trois grands types d’hôpitaux existent dans le pays : les 240 lits, les 120 lits et les 60 lits : Quelles sont les spécialités médicales et quel est le nombre de professionnels de la santé qu’on doit trouver dans ces structures selon qu’elles soient implantées dans un chef lieu de wilaya , une daïra ou une commune , selon qu’elles soient situées au Nord du pays, dans les Hauts-Plateaux ou au Sud ? Des commissions ont été mises en place pour plancher sur ces questions, il y a quelques années, mais il a suffi d’un changement de ministre pour que tout tombe à l’eau, le nouveau ministre n’estimant pas opportun de s’appesantir sur de telles questions !

Comble de l’absurde, comme on n’arrive pas à mettre en place une politique incitative pour avoir une couverture sanitaire équitable à travers l’ensemble du territoire, au départ des nationaux vers des cieux plus cléments, on fait appel à des praticiens étrangers (cubains et chinois) payés au prix fort , même si officiellement, on parle d’une aide bénévole. Par ailleurs même si cette coopération médicale est en général très appréciée par la population, il s’agit le plus souvent d’un personnel médical débutant utilisant des techniques médicales dépassées n’ayant plus cours non seulement dans les pays développés mais également en Algérie.

La gestion extrêmement centralisée (le Directeur de la Santé de la Wilaya et le directeur de l’établissement de santé ne sont que de simples exécutants des directives venues du ministère) explique l’uniformité et la rigidité du système dans tout le pays, alors que les facteurs sanitaires, culturels et institutionnels varient d’une wilaya à l’autre. La diversité des problèmes et des besoins sanitaires dans les différentes contrées de ce vaste pays qu’est l’Algérie et l’état des capacités du secteur de la santé appellent manifestement le recours à diverses formules. A cela, il faut ajouter la mauvaise qualité de la gestion et des politiques du personnel qui nuisent à l’efficacité de beaucoup d’initiatives.

Même si l’état algérien a conscience du potentiel scientifique et économique que représentent ces médecins de la diaspora, non seulement aucun dispositif n’est mis en place pour les inciter à revenir au pays, mais ceux qui tentent de revenir rencontrent de nombreux obstacles comme c’est le cas des 2 chirurgiens cités précédemment.

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