Santé Algérie Algérie

Sommaire
Page d'accueil
Présentation du site
La bibliothèque de Santé Maghreb
Les éditos du professeur Abid
Communications scientifiques
Histoire de l'Algérie médicale
Agenda scientifique algérien
Point de vue
Associations algériennes de la santé
Annuaire de la santé en Afrique
Forum de la santé en Afrique
Qui contacter ?

Editorial - Mai 2007
De la vaccination en général et de la vaccination antiHPV en particulier 
par Larbi Abid

 

Gardasil


La pénétration d’un agent potentiellement pathogène (virus, bactérie…) dans l’organisme détermine une infection. La vaccination anti-infectieuse consiste à introduire chez un individu une préparation antigénique dérivée de l’agent infectieux, de manière à lui faire produire une réponse immunitaire capable de le protéger contre les aléas de l’infection naturelle ou d’en atténuer les conséquences.

Depuis la mise en application du Décret 69-88 du 19 Juin 1969 rendant obligatoire et gratuite les vaccinations contre la tuberculose, la diphtérie, le tétanos, la coqueluche et la poliomyélite, il y a eu une réduction significative de l’incidence de ces affections et une réduction notable de la mortalité en particulier infantile en Algérie. Ce programme de vaccination a été par la suite élargi (PEV) à la rougeole puis à l’hépatite B améliorant encore plus les résultats obtenus initialement. Le taux national de mortalité infantile qui est (année 2005) de 30,4 p. mille naissances vivantes peut-il encore être amélioré si on rajoute la vaccination antiméningococcique, la vaccination contre l’Haemophilus influenzae, le pneumocoque, la varicelle etc. ? Le coût de vaccination (PEV) par enfant serait inférieur à 10 $. Ce coût sera multiplié par deux au moins si on introduit la vaccination contre l’Haemophilus influenzae. Malgré la sécurité qu’il procure pour toutes les personnes de 6 mois et plus afin de les protéger et de protéger leur entourage de la grippe et ses complications, les autorités sanitaires n’ont pas introduit ce vaccin dans le PEV. Par conséquent, il doit être payé par les familles qui souhaitent se faire vacciner.

Depuis de nouveaux vaccins obtenus en utilisant les ressources du génie génétique ont récemment été développés (vaccins contre l’hépatite B et les papillomavirus). Concernant le vaccin anti-HPV, il y a un an exactement l’éditorial du mois de mai 2006 s’intitulait : « Le vaccin anti-HPV ne devrait-il pas être introduit dans le calendrier vaccinal algérien ? ». Jusqu’à ce jour, ce vaccin n’a semble t-il pas encore obtenu l’AMM malgré le forcing des deux laboratoires fabricants et l’appel de plusieurs leaders d’opinion au cours des manifestations scientifiques médicales. La raison principale nous semble être le coût prohibitif de ce vaccin : plus de 150 $. Or cette vaccination doit être réalisée avant la période d’activité génitale c’est à dire chez l’adolescente vers l’âge de 11-12 ans (plus de 100.000 enfants chaque année !).

Devant ce coût, la question se pose : quels sont les bienfaits de ce vaccin, outre les immenses profits qu’il apporte aux deux firmes pharmaceutiques, en matière de prévention du cancer du col de l’utérus ?

eau, source de vie

 

Quelques faits et chiffres sur le cancer du col :

  • Dans les pays développés (comme en Algérie d’ailleurs) le cancer du col de l'utérus se situe en 2ème position des cancers de la femme (après le cancer du sein) en termes de morbidité et de mortalité.
  • Dans les pays en voie de développement il est le plus fréquent des cancers gynécologiques. Ainsi, on dénombre chaque année dans le monde 400 à 500.000 nouveaux cas de cancers invasifs qui entraînent 230.000 décès.

    Les cancers gynécologiques dans le monde


  • En Algérie où le taux d’incidence est relativement stable (alors qu’il est en diminution dans les pays développés) depuis les années 90 (ASR : 11,3/100.000), on compte environ 1500 nouveaux cas par an et un chiffre de décès (estimé par le CIRC) à près de 1400 cas /an ?

    Les taux d’incidence des cancers en Algérie


  • Le dépistage du cancer du col de l'utérus repose principalement sur l'interprétation des frottis cervico-utérins. Ce dépistage est l'un des plus efficace. Il a permis une baisse spectaculaire de l'incidence du cancer du col de l'utérus dans les pays où il est réalisé de manière rigoureuse
  • En effet, le frottis permet de dépister et donc de traiter d'éventuelles lésions du col au stade précoce de dysplasie où la guérison est de 100%. Le coût du frottis a été estimé en France à environ 15 euros
  • Si en France par exemple près de 6 millions de frottis cervico-utérins sont réalisés chaque année, en Algérie seuls 139615 frottis ont été réalisés depuis l’année 2002 dans 158 unités de cytodiagnostic réparties dans 45 wilayas sur les 48 existantes par 266 screeners formés en cytopathologie. Ce dépistage qui est proposé à toute femme qui se présente à une PMI pour une contraception à partir de l’âge de 25 ans est très loin d’atteindre son but puisque l’on compte 9,3 millions de femme en âge de procréer en Algérie
  • A l’heure actuelle, il faut reconnaître que le programme de dépistage du cancer du col de l'utérus initié et/ou piloté par l’INSP et la direction de la population du ministère de la santé est inefficace en raison certainement d’une mauvaise organisation et ce qui est plus grave, dans le cursus des études de spécialité en gynéco-obstétrique, la réalisation du frottis n’est pas enseigné
  • Les études épidémiologiques montrent que le cancer du col de l'utérus est étroitement associé au virus HPV (le travail du docteur Hammouda a montré qu’il s’agit du type 16 et 18 dans plus de 70 % des cas)
  • Sur le plan thérapeutique, en matière de cancer invasif du col, dans une communication récente présentée par le professeur Afiane, chef de service de radiothérapie au CPMC, près de la moitié des patientes se présentent à un stade lombo-pelvien. Ainsi pour l’année 2006, 763 cas ont été pris en charge dans les 5 centres de radiothérapie que compte à l’heure actuelle le pays. Sur la base d’environ 1400 nouveaux cas/ an, cet auteur considère que la moitié des malades n’ont pas eu de traitement curateur
  • Cette affirmation doit être tempérée car elle considère que toutes les patientes devraient être du ressort de la radiothérapie. Or on sait que les premiers stades relèvent de la seule chirurgie et le fait de ne pas passer par la radiothérapie n’implique pas nécessairement une absence de traitement curateur. Ces premiers stades sont vus et pris en charge dans les services de gynéco-obstétrique et de chirurgie oncologique tant au niveau du secteur public que privé. Ainsi au niveau du service de chirurgie du CPMC (entre 1996 et 2004), 1509 patientes présentant un cancer du col ont été pris en charge.

Le cancer du col de l’utérus est une cause majeure de décès par cancer chez les femmes dans notre pays. Dans la quasi-totalité des cas, ce cancer est associé à une infection génitale par un papillomavirus humain, infection virale, la plus fréquente des voies génitales. Les pays industrialisés (en particulier les pays scandinaves) ont abaissé considérablement le nombre de décès par cancer du col grâce à des programmes de dépistage cytologique qui permettent de déceler et de traiter précocement les lésions précancéreuses. Le coût de ce dépistage est à la portée des pays en voie de développement.

L’échec d’un programme de dépistage dû à une mauvaise organisation ne devrait pas être la raison pour se tourner vers la vaccination anti-HPV. Celle-ci ne doit être qu’un moyen complémentaire pour réduire à long terme l’incidence du cancer du col, mais elle ne saurait se substituer au dépistage par frottis. Par ailleurs pour pouvoir être introduite dans les pays à forte incidence (Amérique latine et Afrique subsaharienne), cette vaccination doit être accessible sur le plan financier dans les pays pauvres à un prix raisonnable. Pour cela, il faudra certainement organiser avec l’OMC, l’OMS et les firmes pharmaceutiques, des discussions comme celles ayant eu lieu à Doha en 2001 à propos des médicaments génériques.

 

par Larbi Abid le 7 mai 2007

Valid HTML 4.01! Valid CSS!

NG COM Santé Tropicale
Copyright © 2007 NG COM Santé tropicale. Tous droits réservés.