|
La pénétration d’un agent potentiellement pathogène
(virus, bactérie…) dans l’organisme détermine
une infection. La vaccination anti-infectieuse consiste à
introduire chez un individu une préparation antigénique
dérivée de l’agent infectieux, de manière
à lui faire produire une réponse immunitaire capable
de le protéger contre les aléas de l’infection
naturelle ou d’en atténuer les conséquences.
Depuis la mise en application du Décret
69-88 du 19 Juin 1969 rendant obligatoire et gratuite les vaccinations
contre la tuberculose, la diphtérie, le tétanos, la
coqueluche et la poliomyélite, il y a eu une réduction
significative de l’incidence de ces affections et une réduction
notable de la mortalité en particulier infantile en Algérie.
Ce programme de vaccination a été par la suite élargi
(PEV) à la rougeole puis à l’hépatite
B améliorant encore plus les résultats obtenus initialement.
Le taux national de mortalité infantile qui est (année
2005) de 30,4 p. mille naissances vivantes peut-il encore être
amélioré si on rajoute la vaccination antiméningococcique,
la vaccination contre l’Haemophilus influenzae, le pneumocoque,
la varicelle etc. ? Le coût de vaccination (PEV) par enfant
serait inférieur à 10 $. Ce coût sera multiplié
par deux au moins si on introduit la vaccination contre l’Haemophilus
influenzae. Malgré la sécurité qu’il
procure pour toutes les personnes de 6 mois et plus afin de les
protéger et de protéger leur entourage de la grippe
et ses complications, les autorités sanitaires n’ont
pas introduit ce vaccin dans le PEV. Par conséquent, il doit
être payé par les familles qui souhaitent se faire
vacciner.
Depuis de nouveaux vaccins obtenus en utilisant
les ressources du génie génétique ont récemment
été développés (vaccins contre l’hépatite
B et les papillomavirus). Concernant le vaccin anti-HPV, il y a
un an exactement l’éditorial du mois de mai 2006 s’intitulait
: « Le vaccin anti-HPV ne devrait-il pas être introduit
dans le calendrier vaccinal algérien ? ». Jusqu’à
ce jour, ce vaccin n’a semble t-il pas encore obtenu l’AMM
malgré le forcing des deux laboratoires fabricants et l’appel
de plusieurs leaders d’opinion au cours des manifestations
scientifiques médicales. La raison principale nous semble
être le coût prohibitif de ce vaccin : plus de 150 $.
Or cette vaccination doit être réalisée avant
la période d’activité génitale c’est
à dire chez l’adolescente vers l’âge de
11-12 ans (plus de 100.000 enfants chaque année !).
Devant ce coût, la question se pose : quels
sont les bienfaits de ce vaccin, outre les immenses profits qu’il
apporte aux deux firmes pharmaceutiques, en matière de prévention
du cancer du col de l’utérus ?
Quelques faits et chiffres sur le cancer
du col :
- Dans les pays développés (comme en Algérie
d’ailleurs) le cancer du col de l'utérus se situe
en 2ème position des cancers de la femme (après
le cancer du sein) en termes de morbidité et de mortalité.
- Dans les pays en voie de développement il est le plus
fréquent des cancers gynécologiques. Ainsi, on dénombre
chaque année dans le monde 400 à 500.000 nouveaux
cas de cancers invasifs qui entraînent 230.000 décès.
- En Algérie où le taux d’incidence est relativement
stable (alors qu’il est en diminution dans les pays développés)
depuis les années 90 (ASR : 11,3/100.000), on compte environ
1500 nouveaux cas par an et un chiffre de décès
(estimé par le CIRC) à près de 1400 cas /an
?
- Le dépistage du cancer du col de l'utérus repose
principalement sur l'interprétation des frottis cervico-utérins.
Ce dépistage est l'un des plus efficace. Il a permis une
baisse spectaculaire de l'incidence du cancer du col de l'utérus
dans les pays où il est réalisé de manière
rigoureuse
- En effet, le frottis permet de dépister et donc de traiter
d'éventuelles lésions du col au stade précoce
de dysplasie où la guérison est de 100%. Le coût
du frottis a été estimé en France à
environ 15 euros
- Si en France par exemple près de 6 millions de frottis
cervico-utérins sont réalisés chaque année,
en Algérie seuls 139615 frottis ont été réalisés
depuis l’année 2002 dans 158 unités de cytodiagnostic
réparties dans 45 wilayas sur les 48 existantes par 266
screeners formés en cytopathologie. Ce dépistage
qui est proposé à toute femme qui se présente
à une PMI pour une contraception à partir de l’âge
de 25 ans est très loin d’atteindre son but puisque
l’on compte 9,3 millions de femme en âge de procréer
en Algérie
- A l’heure actuelle, il faut reconnaître que le
programme de dépistage du cancer du col de l'utérus
initié et/ou piloté par l’INSP et la direction
de la population du ministère de la santé est inefficace
en raison certainement d’une mauvaise organisation et ce
qui est plus grave, dans le cursus des études de spécialité
en gynéco-obstétrique, la réalisation du
frottis n’est pas enseigné
- Les études épidémiologiques montrent que
le cancer du col de l'utérus est étroitement associé
au virus HPV (le travail du docteur Hammouda a montré qu’il
s’agit du type 16 et 18 dans plus de 70 % des cas)
- Sur le plan thérapeutique, en matière de cancer
invasif du col, dans une communication récente présentée
par le professeur Afiane, chef de service de radiothérapie
au CPMC, près de la moitié des patientes se présentent
à un stade lombo-pelvien. Ainsi pour l’année
2006, 763 cas ont été pris en charge dans les 5
centres de radiothérapie que compte à l’heure
actuelle le pays. Sur la base d’environ 1400 nouveaux cas/
an, cet auteur considère que la moitié des malades
n’ont pas eu de traitement curateur
- Cette affirmation doit être tempérée car
elle considère que toutes les patientes devraient être
du ressort de la radiothérapie. Or on sait que les premiers
stades relèvent de la seule chirurgie et le fait de ne
pas passer par la radiothérapie n’implique pas nécessairement
une absence de traitement curateur. Ces premiers stades sont vus
et pris en charge dans les services de gynéco-obstétrique
et de chirurgie oncologique tant au niveau du secteur public que
privé. Ainsi au niveau du service de chirurgie du CPMC
(entre 1996 et 2004), 1509 patientes présentant un cancer
du col ont été pris en charge.
Le cancer du col de l’utérus est
une cause majeure de décès par cancer chez les femmes
dans notre pays. Dans la quasi-totalité des cas, ce cancer
est associé à une infection génitale par un
papillomavirus humain, infection virale, la plus fréquente
des voies génitales. Les pays industrialisés (en particulier
les pays scandinaves) ont abaissé considérablement
le nombre de décès par cancer du col grâce à
des programmes de dépistage cytologique qui permettent de
déceler et de traiter précocement les lésions
précancéreuses. Le coût de ce dépistage
est à la portée des pays en voie de développement.
L’échec d’un programme de dépistage
dû à une mauvaise organisation ne devrait pas être
la raison pour se tourner vers la vaccination anti-HPV. Celle-ci
ne doit être qu’un moyen complémentaire pour
réduire à long terme l’incidence du cancer du
col, mais elle ne saurait se substituer au dépistage par
frottis. Par ailleurs pour pouvoir être introduite dans les
pays à forte incidence (Amérique latine et Afrique
subsaharienne), cette vaccination doit être accessible sur
le plan financier dans les pays pauvres à un prix raisonnable.
Pour cela, il faudra certainement organiser avec l’OMC, l’OMS
et les firmes pharmaceutiques, des discussions comme celles ayant
eu lieu à Doha en 2001 à propos des médicaments
génériques.
par Larbi Abid le 7 mai 2007 |