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Avec 73 dollars US par an et
par habitant (rapport de l’OMS sur la santé dans le
monde - année 2004), il est clair que le secteur de la santé
en Algérie manque d’argent. Cette somme ne représente
que le 1/30 de la dépense de santé, par an et par
habitant, dans un pays comme la France. Il n’est donc pas
étonnant de voir la majorité de nos hôpitaux
endettés. Il faut savoir aussi que la part des salaires représente
en moyenne 70% du budget de fonctionnement des établissements
de santé en Algérie (un budget qui s’élève
pour l’année 2004 à plus de 92 milliards de
dinars). Il n’y a cependant pas une pléthore de personnel
dans nos hôpitaux. On pourrait dire que c’est la part
réservée aux autres chapitres (médicaments,
alimentation, équipements, etc.) qui est faible. Mais vu
le caractère incompressible des dépenses du personnel,
c’est sur les 30% qui restent, une fois déduits les
émoluments du personnel (soit l’équivalent de
270 millions de dollars) que doivent être impérativement
appliquées des modalités de gestion rigoureuses et
transparentes».
Il est nécessaire de rationaliser l’utilisation
des ressources du secteur de la santé de façon à
dégager des surplus financiers à mettre à la
disposition des hôpitaux. Une économie de 1/3 de la
facture d’importation algérienne du médicament
(qui représente 700 millions de dollars US par an) ferait
réaliser un gain annuel de 233 millions de dollars US, de
quoi presque faire doubler le budget annuel hors salaires de tous
les établissements de santé en Algérie. «Il
faut revoir, dit-il, le fonctionnement de la Pharmacie centrale
des hôpitaux (PCH) qui a été créée
pour jouer le rôle d’une centrale d’achat et pouvoir
mettre à la disposition des hôpitaux des médicaments
à des prix, en principe, très bas, du fait que cette
pharmacie centrale négocie de grandes quantités de
médicaments avec les fournisseurs.
Le rôle d’un hôpital n’est pas non plus
de construire ou de réparer, de faire de la restauration
ou de la blanchisserie. Toutes ces activités annexes (génératrices
de surcoûts énormes) qui sont venues se greffer sur
la mission première de l’hôpital (qui est de
soigner et de prévenir les maladies) doivent être confiées
à des sous-traitants, comme c’est le cas dans la plupart
des pays développés. Car il est plus rentable d’acheter
ces biens et ces services annexes en tant que produits finis, tout
en gardant, au sein de l’hôpital, une équipe
réduite d’agents polyvalents pour les petites interventions
de réparations multiples».
Dans leurs rapports sur les différents systèmes
de santé dans le monde, des organisations internationales
comme l’OMS et la Banque Mondiale parlent, à propos
de l’Algérie, «d’absence de corrélation
entre les résultats obtenus et les moyens engagés».
Aussi, pour sortir du marasme actuel, il est impératif d’introduire
dans le mode de gestion des hôpitaux, des notions propres
au monde économique. L’évaluation des performances,
le contrôle de gestion doivent être ainsi pris en charge
par une structure à créer au niveau de chaque établissement
hospitalier. Un service de chirurgie, par exemple, qui dispose de
6 chirurgiens et qui ne réalise que 2 interventions par jour,
paye au moins 4 chirurgiens à ne rien faire. Dans ce cas,
il ne faudrait pas hésiter à réduire le nombre
de lits et à redéployer une partie du personnel.
La répartition des dotations budgétaires des hôpitaux
doit être faite de manière rationnelle et le budget
d’un hôpital déterminé sur la base de
son volume d’activité et du coût moyen des prestations
médicales qu’il assure, et non plus, comme cela se
passe aujourd’hui, sur le nombre de lits dont il dispose.
L’évolution du coût des prestations doit également
être surveillée et les écarts, par rapport à
la norme, analysés et, le cas échéant, sanctionnés.
Enfin, pourquoi serait-il inimaginable que la relation entre l’hôpital
et son personnel ne devienne pas une relation contractuelle régie
par un cahier des charges ? Le renouvellement du contrat de travail
et le volume du salaire pourraient alors dépendre de la manière
dont le travailleur remplirait ses obligations contractuelles, mais
aussi ses devoirs moraux. Car, nous nous posons tous des questions
quand, parfois, les repas des enfants hospitalisés sont dérobés
par des agents de service, quand des malades démunis sont
orientés vers des cliniques privées pour subir des
opérations qui ne sont pas toujours indiquées, quand
du matériel rénové est acheté au prix
du neuf.
Si ce genre de comportement immoral est moins fréquent dans
les pays développés, ce n’est pas forcément
une question de degré de conscience. C’est parce qu’il
existe, chez eux, des mécanismes de contrôle qui jouent
un rôle dissuasif et contribuent également à
lutter contre la corruption et réduire ainsi le volume des
pertes financières induites par l’acquisition, au prix
fort, de biens et de services de mauvaise qualité, ou par
la réalisation de travaux non conformes aux normes,... etc.»
Mr. BOULAHBAL
Directeur de la Santé de la wilaya de Tlemcen - 8 mars 2005
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