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De passage dans la wilaya d’Adrar, j’ai été
agréablement surpris en visitant le village YAGHZER (baladia
de Ouled Saïd, daïra de Timimoun) de rencontrer l’infirmier
responsable du Centre de Santé ainsi que le médecin
affecté à ce centre, présent et assurant normalement
sa consultation. De même la visite des hôpitaux de Timimoun,
Adrar et Reggane m’a permis de constater la motivation des
équipes médicales, paramédicales et administratives
et également la parfaite symbiose qui existe entre l’administration
et le corps médical au niveau de ces hôpitaux.
Cependant et à mon grand regret, j’ai été
informé de l’absence de chirurgien généraliste
au niveau de l’hôpital de Reggane et ce depuis près
de 3 ans alors qu’un chirurgien orthopédiste et deux
réanimateurs sont en poste. Le jour de notre visite, l’équipe
médicale de garde venait de réceptionner les victimes
d’un accident de la circulation, très grave survenu
quelques heures auparavant sur la route de Bordj Badji Mokhtar.
Si certaines victimes sont décédés sur place,
deux d’entre-elles sont arrivées en vie à l’hôpital,
prises en charge convenablement par la réanimatrice de garde
et le chirurgien orthopédiste mais sont malheureusement décédées
dans les minutes (dans un cas) ou les heures qui ont suivis par
hémorragie interne probable faute de chirurgien viscéraliste.
Cette situation interpelle le Ministère de la Santé
(MSPRH), le Corps Médical et le Corps Médical Enseignant.
Déjà en 2006, un éditorial intitulé
‘’Le déficit en médecins spécialistes
dans le Sud et les Hauts’’ était consacré
à ce sujet. Certes l’affectation des médecins
spécialistes obéit aux dispositions du décret
99-176 du 2 août 1999, fixant les modalités d’accomplissement
du service civil des praticiens médicaux. Chaque année,
le MSPRH organise deux opérations de choix des postes pour
l’affectation des praticiens spécialistes lauréats
du diplôme d’études médicales spécialisées
(DEMS). Mais les postes budgétaires ouverts et soumis aux
choix sont généralement supérieurs au nombre
de lauréats, ce qui peut faire qu’un poste puisse rester
vacant (et ce qui doit être le cas de l’hôpital
de Reggane). Pour les spécialités de base (nécessité
oblige) ne devrait on pas :
- Faire de telle sorte que tous les postes vacants soient pourvus
en spécialistes en n’ouvrant pas dans les secteurs
déjà pourvus, tout en sachant qu’en chirurgie
générale par exemple effectuer un seul chirurgien
dans un hôpital est extrêmement pénible ?
- Laisser une certaine latitude aux directeurs de la santé
des différentes wilayas afin qu’ils puissent déployer
le personnel médical en fonction des besoins et des commodités
locales (aussi bien hébergement que moyens de travail)
? Il est vrai que peut se poser le problème de la durée
du service civil. Ainsi déplacer un chirurgien de l’hôpital
de Timimoun (ils sont au nombre de 2) par exemple pour assurer
la permanence à Reggane, se heurtera au fait que la durée
du service civil à Reggane est de 1 an alors qu’elle
est de 2 ans à Timimoun.
Ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas l’appel
à la coopération qui règlera ce problème.
En effet, dans la profession médicale, la relation médecin-malade
est primordiale (c’est ce qui permet à un grand nombre
de médecins algériens de pouvoir s’implanter
en France et dans d’autres pays francophones) et ne saurait
passer par l’intermédiaire d’un traducteur dont
on n’est jamais sûr d’ailleurs de la qualité
de la traduction. Outre la durée du service civil plus courte
dans les régions du Sud, une incitation financière
(2 à 3 fois le salaire actuellement proposé) serait
une solution qui pourrait combler le vide existant dans certains
hôpitaux du Sud et des Hauts plateaux .L’appel à
la coopération étrangère n’est certainement
pas moins coûteuse.
L’autre problème qui nous interpelle est celui de
la qualification des chirurgiens formés : devant les besoins
immenses en matière de médecins spécialistes,
les facultés de médecine algériennes sont censées
former des chirurgiens à vocation urgentistes pouvant faire
face aux principales urgences chirurgicales vitales et c’est
la raison du tronc commun de 2 ans dans le cadre du cursus de résidanat
de 5 ans.
Si pour le chirurgien viscéraliste dit de chirurgie générale,
l’objectif est le plus souvent atteint : celui-ci peut faire
face à une urgence vitale qu’elle soit abdominale,
thoracique, urologique, vasculaire ou traumatologique, plus rarement
à une urgence neuro-traumatologique, ceci n’est pas
le cas des chirurgiens spécialistes en orthopédie,
urologie etc.
Le Ministère de l’Enseignement Supérieur,
les Facultés de Médecine et surtout les Comités
Pédagogiques de Chirurgie des différentes spécialités
sont interpellés pour remédier à l’hyperspécialisation
qui arrive trop tôt dans la carrière d’un chirurgien
spécialiste non universitaire.
Par Larbi Abid le 24 février 2010 |