Santé Algérie Algérie

Sommaire
Page d'accueil
Présentation du site
La bibliothèque de Santé Maghreb
Les éditos du professeur Abid
Communications scientifiques
Histoire de l'Algérie médicale
Agenda scientifique algérien
Point de vue
Associations algériennes de la santé
Annuaire de la santé en Afrique
Forum de la santé en Afrique
Qui contacter ?

Editorial - Février 2008
L’autisme, cette maladie dont on parle peu
par Larbi Abid

L'autisme est un désordre neurologique grave caractérisé par un repliement sur soi qui limite considérablement la communication et l'interaction de l’enfant avec son entourage. Les symptômes se manifestent durant les trois premières années de la vie de l'enfant. Ils sont divers et varient d'un enfant à l'autre, leur intensité pouvant évoluer, notamment avec l'âge : indifférence aux autres ou réactions bizarres ; comportements répétitifs et activités stéréotypées (agitation des mains, balancement du corps…) ; désintérêt pour les objets de son environnement ou utilisation non conventionnelle et stéréotypée ; mutisme ou langage inhabituel (répétition de mots ou de phrases entendus) ; peur du changement.

En Angleterre, la prévalence de cette maladie est estimée à  4 cas pour 1000 enfants. En France, l'autisme concernerait plus de 100 000 personnes (enfants et adultes confondus). En Algérie, certaines statistiques font état de 65 000 personnes atteintes par l’autisme. Au Maroc, la part de la population souffrant d'autisme est estimée à environ 60 000.D’une manière générale, on estime que l’autisme touche 1 enfant sur 150 et un garçon sur 95. En effet cette maladie touche 3 fois plus les garçons que les filles.

Les causes de l'autisme restent mystérieuses, mais quelques hypothèses ont, néanmoins, été avancées. On croit que l'autisme pourrait être lié à un ensemble de facteurs génétiques et environnementaux, tels : un virus ; une toxine environnementale  (métaux lourds tel que le plomb ou le mercure); une anomalie ou une lésion cérébrale; des taux anormaux de neurotransmetteurs (dopamine, mélatonine, sérotonine) dans le cerveau; des facteurs périnataux tels qu’un stress majeur vécu par la mère pendant la grossesse, particulièrement entre la 24e et la 28e semaine ; la naissance par césarienne, un petit poids à la naissance ou une malformation congénitale voire même le fait de fumer pour une femme enceinte.

Il n'existe pas de traitement curatif de l'autisme. Ceci n'empêche pas que les personnes avec autisme puissent bénéficier de traitements psychothérapeutiques en parallèle à une prise en charge institutionnelle, éducative et pédagogique, mais il faut que l'intervention éducative soit précoce et structurée. Les meilleurs résultats sont obtenus lorsque l'enfant bénéficie d'une prise en charge éducative et comportementale dès ses 2 ans.
En Algérie, la prise en charge est actuellement très insuffisante et les parents vivent un véritable calvaire du fait de l'absence de structures adaptées à la prise en charge scolaire, éducative, sociale et thérapeutique de leurs enfants.

Dans le bilan et perspectives de la prise en charge thérapeutique des enfants et adolescents autistes, réalisé par le docteur Ould Taleb (hôpital de psychiatrie Drid Hocine, Kouba, Alger, Algérie)  et publié sur la revue de Neuropsychiatrie de l'Enfance et de l'Adolescence, Vol 54 , 4 , 2006 , ce médecin reconnaît que la pédopsychiatrie est le parent pauvre de la santé mentale en Algérie comme la psychiatrie est le parent pauvre de la santé publique d’une part et que la capacité totale sous forme d'hôpitaux de jour est nettement insuffisante face à une demande de soins exponentielle. Enfin, que le diagnostic des troubles autistiques se faisait tardivement entre l'âge de cinq à sept ans après souvent un échec scolaire alors que le dépistage précoce doit se faire en principe avant l'âge de deux ans car les troubles autistiques sont méconnus, aussi bien par la famille que par le personnel médicopsychologique. Ils sont souvent assimilés aux déficiences intellectuelles avec leur évolution péjorative vers un handicap mental fixe. Les troubles autistiques constituent un tiers des consultations ambulatoires et le principal motif d'hospitalisation. Il écrit par ailleurs : «  La formation d'une équipe médicopsychologique constitue le problème essentiel car aucun élément de l'équipe n'a reçu une formation spécifique en pédopsychiatrie aussi bien les médecins, les psychologues, les infirmiers que les éducateurs ».

Devant l’absence d’institutions spécialisées, des associations de parents et de professionnels se sont créées pour aider les autistes et leurs familles dans la prise en charge éducative des enfants autistes et surtout sensibiliser les autorités à la mise en place de structures adaptées au niveau régional.
Parmi ces associations de parents d’autistes, on peut citer :

  1. L’association Besmet El Amel d’Alger, présidée par le docteur Meksen Lynda.
  2. L’association Wafa, créée à Constantine en 2004, et présidée par madame Boufama.
  3. L’association des enfants autistes ‘’AEA’’ présidée par madame Nouri, association qui a reçu son agrément en 2007 et qui est l’instigatrice de plusieurs manifestation de sensibilisation à cette maladie.
  4. L’association des parents d’enfants autistes qui vient de se créer à Oran et qui attend encore son agrément.

L’absence à ce jour d’institution spécialisée fait que la plus grande partie des enfants autistes est prise en charge exclusivement par la famille. Certes, la famille a un grand rôle à jouer dans la prise en charge mais les parents ne sauraient remplacer l’équipe médicopsychologique qui elle seule peut aider ces enfants en fonction de leur degré de handicap, à mieux appréhender et à s’adapter à leur environnement pour pouvoir s’y épanouir de la façon la plus autonome possible, en vue d’une plus grande qualité de vie.

En septembre 2007, le ministre de la solidarité nationale a annoncé le lancement d’un centre spécialisé pour autiste au cours de cette année 2008. Ce centre sera réalisé à Baraki, (Est d'Alger) par le biais d'un financement privé, en collaboration avec le Canada qui prendra en charge l'enseignement des éducateurs, selon le ministre. Il s’agit là d’une excellente initiative, mais est-elle suffisante pour prendre en charge les 65 000 autistes répartis sur tout le territoire national ? En dehors des cas très grave qui nécessitent des hospitalisations prolongées, le traitement comportemental est réalisé en hôpital de jour avec la collaboration de la famille. Les enfants autistes des régions Est, Ouest et Sud du pays peuvent-ils réellement bénéficier de ce futur centre situé à Alger ? Ne devrait-on pas prévoir dès aujourd’hui la création d’autres centres régionaux, de même que la formation de psychothérapeutes et de pédopsychiatres spécialisés, avec l’implication des ministères de l’enseignement supérieur et de la santé ?  

Jusqu’à l’heure actuelle, et en dehors d’études génétiques et moléculaires sur l’étiologie de cette affection, il n’y a pas de méthode miracle pour guérir totalement les enfants atteints d’autisme qui doivent absolument pouvoir bénéficier de centres spécialisés. Cette absence d’institutions spécialisées en Algérie entraîne une véritable épreuve : chaque jour qui passe, l’autisme détruit des familles, alors qu’on pourrait atténuer les conséquences de cette maladie par une prise en charge adéquate.

Par Larbi Abid le 15 février 2008

Valid HTML 4.01! Valid CSS!

NG COM Santé Tropicale
Copyright © 2008 APIDPM - Santé tropicale. Tous droits réservés. Site réalisé et développé par APIDPM - Santé tropicale.