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Editorial du professeur Larbi Abid - Février 2005
Médecine hospitalière où est ton humanisme ?
Par Pr. Mohamed Aboulola - 8 février 2005

Il est encore présent dans certains services ou dans le cœur d’hommes ou de femmes du corps sanitaire algérien. J’en veux pour preuve le comportement de ce professeur de chirurgie présent et actif dans son service dès 7h du matin et très tard le soir; celui de ce surveillant médical de l’hôpital Mustapha qui est, à lui seul, un service social. Je voudrais citer aussi ce service de médecine interne où le malade consultant ou hospitalisé est réellement roi; où cette dame du service de nettoyage qui ne cesse de me demander des nouvelles d’un petit malade traité pour malformation handicapante.

Voilà un monsieur hospitalisé, au départ, pour trois jours mais qu’on a oublié pendant 37 jours !
A ceux qui allongeaient la liste d’attente, on devait sûrement dire: «Nous manquons de place».

Que penser du comportement de ce «professeur» qui confine cette fillette de 8 ans dans une salle de son service pendant 30 jours pour dire, par la suite, à son père: «personne ne pourra traiter votre enfant en Algérie, essayez de vous débrouiller une prise en charge à l’étranger» ?
C’est bien en Algérie qu’elle fut traitée, mais en clinique privée.

Qui croirait qu’un professeur, à la faculté de médecine, très estimé par ses pairs, très respecté par ses élèves, présent et à jeun à un rendez-vous pour un acte médical prévu à 10 heures du matin, a dû attendre en vain jusqu’à 16h:45 avant de regagner son foyer ? Il n’avait eu droit qu’à être accompagné vers un lit avec un matelas nu !
Beaucoup de ses collègues s’en sont indignés et lui ont manifesté leur sympathie alors qu’il était pris en charge dans le secteur privé.

Une jeune gynécologue voulait s’établir à l’intérieur du pays.
Elle dut se replier sur Alger pour ne pas se plier à certaines pratiques inhumaines érigées en règle dans ce service où elle était affectée.

Les hôpitaux seraient inhumains par la faute des autorités de tutelle ou de l’administration ! Excuse absurde et surtout accusation scandaleuse. Il y a certes quelques insuffisances de moyens mais le budget de la santé est loin de faire figure de parent pauvre dans la politique financière de notre gouvernement et les équipements fournis à nos hôpitaux répondent à beaucoup de besoins même si, parfois, ils semblent être réservés à une clientèle sélective.

La salle d’attente d’un service hospitalier affichait bien en vue que le professeur X, responsable du service, recevait les parents de malades, sur leur demande, tous les jours à partir de telle heure. Son successeur a commencé par retirer ce panneau. On se distingue comme on peut !

Il m’a été rapporté qu’un chef de service se distinguait en affichant sur la porte de son bureau qu’il ne recevait personne au CHU.

J’arrête ici cette énumération pour donner l’illusion qu’il s’agit de faits isolés. Il n’en est malheureusement rien.
La désinvolture médicale a pris un caractère endémique qu’il ne suffit pas de réprouver, il faut lui trouver des remèdes.
Ces remèdes sont en nous, médecins, et dans notre manière d’harmoniser nos systèmes de santé.

Face à son malade, le médecin traite la maladie et soigne l’homme. Ce sont deux volets indissociables. Le traitement peut être difficile car il fait appel à de larges connaissances et aux progrès de la technologie. Il nécessite un long apprentissage. Une parole, un geste, un regard suffisent pour soigner l’homme: ils doivent intervenir spontanément.
N’oublions pas que chaque médecin a une dette de reconnaissance envers tous les malades de la terre; n’avons-nous pas appris notre métier grâce à eux qui ont offert leurs corps à des multitudes de yeux et de mains pour l’observation, l’auscultation, la palpation, l’exploration externe et interne? Ils n’ont opposé aucun caractère confidentiel à ceux qui ont voulu éplucher leurs dossiers.
Il y a ainsi un lien affectif pré établi qui conditionne la qualité de la relation médecin-malade. Mais cet aspect compassionnel n’est pas enseigné, la formation médicale étant restée purement organicienne.
Il faut garder ce souci compassionnel dans la conception de notre système de soins. A l’appétit purement mercantile de certains praticiens du secteur privé, il faut offrir au malade l’alternative du secteur public. Quand celui-ci se déshumanise, il faut offrir au malade l’alternative du secteur privé. Quel qu’en soit le prix si l’on veut respecter ce droit à la santé que nous confère la constitution.
Si la santé a un coût, le bien-être moral du malade n’a pas de prix.

Pr. Mohamed Aboulola - 8 février 2005

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