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Editorial - Janvier 2008
L’hôpital gériatrique en Algérie : un mort-né ?
par Larbi Abid

Au cours des années 2005, 2006 et 2007, les quotidiens nationaux ont rapporté à plusieurs reprises la réalisation d’un hôpital de gériatrie à Sétif, suivi par un deuxième à Alger. Un tel choix, bien que la spécialité ne soit pas encore enseignée dans nos facultés, repose comme le souligne le docteur Boubezari, médecin urgentiste au CHU Mustapha, sur le fait que l’allongement de l’espérance de vie a comme corollaire « l’apparition d’une forte demande en soins gériatriques, avec l’augmentation aiguë des pathologies (métaboliques, rénales, respiratoire et cardiaques) ».

Lors de sa visite à Sétif en janvier 2006, le ministre de la santé s’était rendu sur le site de l’hôpital de gériatrie de 120 lits dont les travaux de réalisation devaient débuter à la mi-août 2006. Il rappellera lors de sa visite à Adrar en juillet 2007, que parmi les grandes infrastructures prévues, figure justement cet hôpital gériatrique de 120 lits. Certes, on peut se demander pourquoi un seul hôpital gériatrique, pourquoi son implantation à Sétif et pas dans une autre ville, le corps médical est-il préparé à prendre en charge les pathologies gériatriques etc.…

Douche froide : le 15 janvier 2008, le quotidien El Watan rapporte que : « Amar Tou semble abandonner l’idée de la création d’un hôpital de gériatrie. Il redoute que la création d’une telle structure serait une aubaine pour ceux qui veulent abandonner leurs parents et en faire un centre d’accueil. Il a déclaré que cette spécialité sera introduite dans les différents centres hospitalo-universitaires du pays. Des pavillons spéciaux seront destinés à ces malades du troisième âge, pour être mieux pris en charge avec des soins spécialisés et spécifiques ».

Certes les hôpitaux algériens sont souvent confrontés à l’impossibilité de procéder à la sortie de certains patients indigents (personnes âgées mais également des jeunes) sans domicile fixe qui ont été pris en charge et qui après la fin des soins n’ont pas où aller. Avec la paupérisation des populations, le chômage, le problème chronique du logement, ce problème se posera encore et encore tant que le ministère de la solidarité nationale ne le prendra pas à bras le corps, en concertation avec tous les ministères concernés. C’est une solution de facilité de dire qu’on n’ouvrira pas d’hôpitaux de gériatrie car de telles structures seront une aubaine pour tous ceux qui veulent abandonner leurs parents. Après avoir engagé des travaux (en principe sur la base d’études préalables !) de réalisation depuis plus de 2 ans peut-on sérieusement, du jour au lendemain prendre la décision d’annuler la création d’hôpitaux gériatriques ?

Il faut d’ailleurs rappeler que dans le cadre de la coopération algéro-française dans le domaine de la santé qui s’articule autour de 4 axes (appui à la prise en charge des soins de haut niveau ; appui à la réforme hospitalière ; renforcement de la veille et de la sécurité sanitaires ; appui à l’enseignement et à la recherche.), devait être incluse à partir de 2007, le volet gériatrique. Ce volet a t-il démarré, est-il tombé à l’eau ?

Comment définir la gériatrie ?

La gériatrie est la médecine des personnes âgées. Elle s'intéresse plus spécifiquement à la santé des personnes âgées (physiologie du vieillissement et maladies des personnes âgées). La gérontologie désigne l'étude du vieillissement dans toutes ses dimensions, notamment sociale, économique, démographique, psychologique, anthropologique, culturel, médicale et autres. La gériatrie est une des composantes de la gérontologie (A. Khelifa, www.freewebs.com/geriatrie).

Il faut absolument différencier les personnes âgées dépendantes économiques et les malades âgés pouvant être en plus handicapés (notion de polypathologie), le plus souvent à la retraite ayant donc exercés pendant des dizaines d’années et dont c’est le droit de bénéficier de traitements adéquats et spécifiques. Aux USA, c’est l’association des retraités américains qui crée une sécurité sociale pour les personnes âgées (Medicare & Medicaid). En Europe, il existe une spécialité de gériatrie sous forme d’un diplôme de capacité de gérontologie. L’enseignement de la gériatrie est même obligatoire en graduation, depuis 1997. Plus près de nous, en Tunisie, existe une société tunisienne de gériatrie dont le siège est à l’hôpital de la Manouba à Tunis.

Quelques médecins algériens travaillent spécifiquement en gériatrie en Europe et plus particulièrement en France. Parmi eux, on peut citer le docteur A. Khelifa qui a fait une présentation de la gériatrie à l’intention des médecins algériens sur le site : www.sante-dz.com ou encore le docteur N. Haddam (fille de feu le professeur Tedjini Haddam), spécialiste en éthologie qui a choisi de travailler dans l’univers des personnes âgées et qui lors d’une interview précisera : « Le soin mobilise une forme de relation à l’autre caractérisée par une Asymétrie, au regard de la dépendance de l’autre qui est fragile et vulnérable, qui attend d’être soigné Cette demande de l’autre, l’autre malade nécessite l’instauration d’une chaîne de gestes qui ne peut se réaliser que par une éthique du soin nécessitant la reconnaissance de l’autre et une dette envers cette fragilité… s’inscrivant dans une dimension d’équité et de réciprocité. L’éthologie permet d’observer ces interactions via les comportements des uns et des autres dans des situations de soins, afin de proposer aux soignants, aux aidants un savoir être et savoir faire qui s’inscrit dans le cadre d’une éthique du soin. Ces attitudes "soignantes" peuvent être développées et permettent des portes de sorties lors des situations de crise mais aussi peuvent aussi les éviter dans un contexte donné… La vieillesse est en général définie par des données objectives comme le ralentissement des fonctions, des rythmes de vie, la détérioration progressive des organes, la moindre résistance aux agressions pathologiques, la multiplication des maladies, le temps plus long pour récupérer des forces mais aussi de cicatrisation des plaies…Cette approche dite objective ne prend pas en considération la définition de la vieillesse dans un cadre historique et sociologique, à travers différentes sociétés (vieillards et centenaires plus nombreux au Japon), à travers l’histoire de l’humanité. Les statistiques et échelles de la gérontologie restent donc d’une utilité locale et provisoire, d’autant plus que cette approche ne répond pas à une question fondamentale qui est d’ordre éthique :

  • « que faire, face à la vieillesse ? quels principes peuvent guider l’action du soignant, du juriste…

    Notre approche de la vieillesse, est une approche éco systémique qui permet de prendre en considération les changements physiques et psychiques de l’individu qui est en relation avec sa famille et la société. Le vieillissement n’est pas une maladie, c’est un remaniement entre des éléments constructifs et destructifs qui sous tend des transformations, nécessite l’utilisation de différentes stratégies afin de composer ou « re-composer » avec son environnement dans le but de garder un certain équilibre. La construction de cet équilibre nécessite une interaction avec son environnement (diabète type 2 par exemple …)

    Une personne âgée, atteinte de polypathologie, selon le degré d’atteinte peut devenir dépendante et selon les cas peut vivre en institution sans tomber dans la dépression en gardant des liens avec sa famille et avec les soignants :
    • la résilience dans ces cas de figure est cette capacité à intégrer l’autre comme une « béquille » afin de conserver le maximum d’autonomie. Ces personnes âgées ont intégré la maladie, le corps vieillit, et ont nécessairement développé une certaine théorie de vie sur eux et sur l’autre qui peut-être le soignant ou l’aidant, sur la manière de voir les évènements en ayant revisité le passé grâce à leur entourage…

L’hôpital gériatrique n’est et ne doit pas être un hospice de vieillards (qui a sa nécessité). Les personnes âgées n’ont pas besoin seulement d’aide mais également de soins. Le handicap peut être la cause d’une maladie et non seulement de l’âge. Le corps médical sera de plus en plus confronté aux pathologies du sujet âgé. La faculté de médecine est donc interpellée pour mettre en place un enseignement de gérontologie, enseignement qui est de son ressort et non de celui du ministère de la santé.

Par Larbi Abid le 18 janvier 2008

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