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Le dimanche 28 décembre, deux quotidiens nationaux annonçaient,
l'un l'arrêt du service de transplantation rénale de la clinique
DAKSI de Constantine (fleuron des structures hospitalières de l'est
du pays, spécialisée dans les maladies du rein), l'autre la première
greffe rénale dans un proche avenir au niveau de l'EHS de Canastel
à Oran (établissement spécialisé dans les pathologies de l'enfant).
Trois jours plus-tard, soit le 31 décembre, et pour ne pas être
en reste, un troisième quotidien national annonce la réussite d'une
greffe rénale effectuée le 29 décembre au service de chirurgie du
CHU de Blida après les deux premières tentatives effectuées en début
d'année.
Depuis les premières transplantations rénales chez l'homme en 1959,
les greffes concernent de plus en plus d'organes et de tissus avec
de plus en plus de succès et une bonne espérance et qualité de vie.
Débutée avec des greffons prélevés sur donneurs vivants apparentés,
la greffe rénale s'est orientée rapidement vers la quasi-généralisation
de la transplantation de reins de cadavre. Si dans le monde, la
transplantation rénale est désormais devenue le traitement de choix
de l'insuffisance rénale terminale car dépassant la dialyse en terme
de qualité de vie et de survie des patients mais aussi en terme
financier puisqu'elle constitue une option thérapeutique moins coûteuse,
dans notre pays, elle n'arrive toujours pas à s'implanter de manière
définitive.
Qu'en est-il du bilan de la transplantation
rénale en Algérie ?
Il y a déjà plus d'une année le docteur RAYANE, chef de service
de néphrologie du CHU Parnet à Alger, disait : "l'insuffisance rénale
chronique touche plus de 5464 malades répartis sur 67 centres en
Algérie, dont 150 ont été transplantés depuis 1986, parmi ces 150
personnes 50 sont vivants et 100 sont morts par manque de suivi.
Chaque jour 2 nouveaux malades se présentent par centre de dialyse.
On compte aussi 1000 morts en dialyse par an. La transplantation
en Algérie est quasi-absente, depuis janvier 1999, trois transplantations
rénales ont eu lieu. La prise en charge à l'étranger se faisait
jusqu'à 1998 d'une façon normale. Depuis 2 ans, elle a été arrêtée
sauf pour certains cas particuliers". Plus de 2000 personnes souffrant
d'insuffisance rénale attendent qu'on leur effectue cette opération
et le nombre de malades nouveaux est évalué à 800 par an.
Selon un rapport du ministère de la santé, l'insuffisance rénale
chronique est la maladie dont les besoins de prise en charge sont
les plus insatisfaits, et ce en dépit des enveloppes financières
dégagées à cet effet.
En fait, il est à noter, en plus du nombre déjà important de personnes
atteintes d'insuffisance rénale et dialysées (4 104 en 2002), une
incidence de la maladie de l'ordre d'environ 1 500 à 3 000 nouveaux
cas annuellement.
En attendant une éventuelle intervention chirurgicale salvatrice,
les soins quasi quotidiens nécessaires au malade sont apportés par
des moyens bien en deçà de la demande et s'avèrent extrêmement coûteux.
Les dialyses sont réalisées dans 73 unités, dont 68 publiques et
5 privées, et le nombre de patients en liste d'attente était, en
2001, de 2 000. Il faut savoir, par ailleurs, qu'une seule séance
d'hémodialyse coûte 7 000 à 10 000 DA, sachant que chaque malade
a besoin d'une séance tous les deux jours.
Selon le même rapport, cela représente pas moins de 1 milliard
de centimes par malade et par an. Mettre fin à la douleur du malade
a jusque-là signifié la transplantation rénale faite dans les hôpitaux
étrangers. Là aussi, les coûts sont astronomiques. Pour la seule
année de 1994, la Caisse de sécurité sociale a débloqué 10 milliards
de dinars pour la prise en charge de 4 639 malades. En 2001, 1 183
malades ont été transférés moyennant une enveloppe financière de
2 milliards de dinars. Face à cet engrenage financier non supportable
par la collectivité, seule la transplantation rénale à partir de
personnes décédées peut être l'alternative avec une demande estimée
à 200/an.
Selon le ministère de la Santé il existait, en 2001, 180 couples
"donneurs-receveurs" apparentés en attente et au moins 300 Algériens
qui vivent des reins prélevés sur leurs proches. Par ailleurs depuis
octobre 2002, un arrêté ministériel autorise la transplantation
d'organes à partir de donneurs décédés.
En Algérie, les premières greffes rénales (juin 1986) ont été réalisées
avec des reins de donneurs vivants apparentés, mais les programmes
ont été assez rapidement interrompus et n'ont repris que lentement
ces dernières années (2000) sous l'impulsion, en particulier, de
l'ancien ministre de la santé, le professeur Abdelhamid ABERKANE
spécialiste en anesthésie-réanimation. 3 centres ont été désignés
pour la transplantation rénale : le CHU d'Alger-centre (service
de réanimation polyvalente du professeur DRIF ?), la clinique Daksi
de Constantine (Etablissement Hospitalier Spécialisé dans les maladies
du rein) et le CHU de Blida (service de chirurgie générale).
Ce que l'on peut constater et en même temps regretter c'est qu'aucun
service d'urologie n'est impliqué. Pourtant après les premières
transplantations rénales effectuées par le professeur CHAOUCHE,
chef de service de chirurgie thoracique à Alger, le professeur Hammoudi
Yacine, urologue a réalisé 24 opérations de transplantation rénale
au service de réanimation polyvalente du CHU Mustapha mais, pour
des problèmes de leadership (qui se posent d'ailleurs jusqu'à ce
jour aussi bien pour la transplantation rénale que pour la chirurgie
cardiaque), cet éminent spécialiste est reparti exercer à Kremlin-Bicêtre
à Paris.
Outre le professeur HAMMOUDI, les urologues algériens sont estimés
à quelque 260 exerçant aussi bien dans le secteur public que privé.
Même les deux autres centres transplanteurs de Blida et de Constantine
sont dirigés par des chirurgiens viscéralistes et non par des urologues.
Sans vouloir diminuer la valeur de ces spécialistes, il faut à tout
prix impliquer toutes les compétences et en particulier tous les
néphrologues et urologues du pays pour la réussite et la pérennité
de ce projet. Le problème religieux étant réglé depuis longtemps
aussi bien en Algérie que dans tous les pays musulmans puisque la
première fetwa autorisant la transplantation d'organes à partir
de donneurs décédés en Algérie date d'avril 1980 et avait été proclamée
par le défunt Ahmed Hammani. Il la confirmera en février 1985 en
tant que président du Haut-Conseil islamique en conformité avec
la commission des hauts oulémas d'El Azhar et les grands savants
de l'Arabie Saoudite qui, elle, l'avait adoptée dès 1972. Le 4 août
1988, c'est une fetwa consensuelle qui est adoptée au sein du Conseil
de la jurisprudence islamique, une instance au sein de laquelle
tous les pays musulmans sont représentés.
La réussite d'une transplantation dépend d'une préparation minutieuse
du donneur et du receveur, du contrôle de la réponse immunitaire
dans la prévention du rejet, d'une organisation des prélèvements
d'organes sur "mort cérébrale" et d'une bonne technique
chirurgicale.
Nous constatons qu'à ce jour, seul le centre de Constantine s'est
orienté vers la transplantation à partir du donneur cadavérique
à l'inverse des deux centres d'Alger et de Blida ce qui permet à
ces deux derniers de pratiquer par à-coup des transplantations rénales
(le nombre comme nous pouvons le constater est extrêmement faible
: Moins de dix par an pour les deux centres) mais qui pose en même
temps des problèmes psychologiques difficile à gérer si le receveur
meurt après l'intervention : le donneur ayant perdu son rein sans
aucun bénéfice pour le donneur ; ceci sans parler du risque extrêmement
faible de décès du donneur.
La transplantation à partir de donneur cadavérique implique toute
une organisation sur le plan national au niveau des hôpitaux où
se feront les prélèvements ce qui améliorera les services de réanimation
qui doivent maintenir les fonctions vitales jusqu'au moment du prélèvement
et obligera à la constitution d'équipes de préleveurs d'astreinte
24h sur 24 et 12 mois sur 12.
A l'heure actuelle le nombre de centres de transplantation est
très insuffisant de même que le nombre d'équipes chirurgicales que
ce soit pour les transplantations que pour les prélèvements. La
faculté de médecine ne semble pas du tout impliquée puisque aucun
enseignement spécialisé n'a été prévu jusqu'à maintenant. Le niveau
de soins des services de réanimation même dans les CHU ne sont pas
tous en mesure de prendre en charge les donneurs cadavériques jusqu'au
moment du prélèvement. Il faut donc :
- Créer les conditions permettant le prélèvement sur cadavre (en
état de mort cérébrale).
- Former les personnels qualifiés, médecins et paramédicaux des
services de réanimation, qui auront la de prendre en charge ces
patients.
- Sensibiliser régulièrement les citoyens algériens afin qu'ils
comprennent et acceptent le prélèvement d'organes sur les cadavres.
La transplantation rénale, qui s'avère être un traitement de choix
compte tenu des résultats obtenus, est l'alternative à l'épuration
extra-rénale, coûteuse et pénible pour les patients. La transplantation
rénale doit s'orienter vers le prélèvement sur cadavre afin de l'asseoir
définitivement dans notre pays. La transplantation rénale doit être
prise en charge par ceux qui la pratique afin d'éviter les conflits
entre spécialistes qui bloquent cette activité. Cette activité doit
être réalisée de manière régulière par les équipes de transplanteurs
et non de manière occasionnelle car il y va de la sécurité des malades.
Professeur Larbi ABID le 5 janvier 2004
abid@santemaghreb.com
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