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Santé Tropicale

Ameur Soltane, chirurgien et président de la société algérienne d’oncologie thoracique : « Il n’existe pas en Algérie de plan anti-cancer » - El Watan - Algérie - 20/11/2005
Président de la Société algérienne d’oncologie thoracique (SAOT), docteur Ameur Soltane, chirurgien thoracique au CPMC, revient dans cette interview sur la problématique du cancer, sa prise en charge thérapeutique et le traitement médicamenteux, le générique notamment.

Le cancer touche aujourd’hui une proportion importante de la population. Pourquoi, selon vous, cette augmentation des cas, notamment les cancers du poumon, du sein, etc. ?
Je suis chirurgien thoracique de formation. Depuis plus de vingt ans, nous essayons avec un groupe de confrères de différentes spécialités de coordonner nos efforts pour mieux prendre en charge les cancers thoraciques. La Société algérienne d’oncologie thoracique (SAOT) créée en 1993, que je préside, a, entre autres, pour objectif de travailler sur la prise en charge des cancers thoraciques. Actuellement, la prise en charge des patients porteurs d’affections cancéreuses est multidisciplinaire. Aucune spécialité médicale, chirurgicale ou autres ne saurait se prévaloir seule de pouvoir prendre efficacement en charge un patient porteur d’une affection cancéreuse. Dans certains pays avancés cette multidisciplinarité (réunion de concertation) est non seulement institutionnalisée mais réglementairement obligatoire. Bien qu’en Algérie, il soit très difficile d’avoir pour maintes raisons des chiffres exhaustifs, en l’absence d’un registre de cancer national, et ce, malgré les efforts entrepris par les équipes médicales de Sétif, Alger ou Oran pour nous doter d’une image exhaustive de ce qu’est actuellement le cancer dans notre pays, et nous permettre de préparer l’avenir sur des bases solides.
En 2003, un rapport de l’OMS relève que le cancer est devenu un problème de santé dans les pays en développement. Actuellement, on estime à environ 30 000 les nouveaux cas de cancers diagnostiqués par an en Algérie, dont 2000 à 3000 nouveaux cas de cancer bronchique, responsable d’environ 20 000 décès par an, ce qui est important dans un pays où l’estimation du nombre total de décès par an est de 170 000 . L’augmentation entre 1986 et 2000 est estimé à 50%.
En 2020, l’on estime que le nombre de cancers diagnostiqués par an sera de 60 000. Cette augmentation du nombre de cancers est liée à de multiples raisons avec, entre autres, l’allongement de l’espérance de vie qui dépasse actuellement 70 ans en Algérie, mais aussi par les changements de mode de vie en particulier le tabagisme à l’origine d’un grand nombre de cancers et pas seulement du poumon, puisqu’il est aussi mis en cause dans les cancers de vessie , du rein, de la cavité buccale, du pharynx, de l’œsophage, de l’estomac, voire du col de l’utérus. De même, nombre de cancers sont liés à l’existence d’agents infectieux (25% pour l’OMS dans les pays en voie de développement), d’où les tentatives actuelles de tenter de trouver des solutions à type de vaccination, pour traiter les terrains sur lesquels peuvent se développer certains cancers. La mortalité liée au cancer est pour l’essentiel liée à un diagnostic très souvent tardif et à une prise en charge difficile et coûteuse. Cette tendance pourrait être retournée grâce à des mesures contre le tabagisme, les infections et pour une alimentation plus saine. Il serait ainsi possible d’éviter un tiers des cas.
Il y a aussi le rôle du dépistage de masse organisé, réduisant la mortalité par le cancer du sein de 30% et par le cancer du col de l’utérus de 90%. Dans les pays bien structurés du point de vue de la prise en charge diagnostique et thérapeutique comme les USA ou le Japon, plus de 80% des patients atteints du cancer du poumon opérés ou non, connaîtront un traitement médical (chimiothérapie qu’elle soit exclusive, associée à d’autres thérapeutiques, adjuvante ou néo-adjuvante) dans le cadre de protocoles thérapeutiques validés par les autorités scientifiques de ces pays. C’est dire, si la disponibilité de ces médicaments pour nos patients, et donc leur moindre coût, constitue pour la SAOT un motif de préoccupation.

Est-ce que le plan national de lutte contre le cancer est réellement mis en œuvre avec tous les mécanismes nécessaires ?
Les progrès réalisés ailleurs dans le monde sont très difficilement transposables en Algérie du fait des différences dans les organisations des systèmes de santé mais aussi de coûts (La DNS étant en Algérie de 200 euros, alors qu’elle est de plus de 2000 euros dans les pays développés, voire plus). Le fardeau du cancer y est aggravé par la pauvreté et le sous-développement, qui rend quasi inexistant le dépistage (au moment du diagnostic, 80% des malades ont des tumeurs incurables). Actuellement, il n’existe pas dans notre pays de plan cancer à l’image de ce qui existe dans d’autres pays. La prise en charge des cancers, et ce, à tous les niveaux est très en deçà de ce qu’elle devrait être. Il faut noter que dans notre pays, il existe actuellement, un plan très ambitieux de constructions de structures physiques qui prévoit la création de huit Centre anti cancer (CAC) qui malheureusement est en train de marquer le pas souvent pour des problèmes locaux, alors que l’ambition nationale est clairement affichée, puisque dans certains cas même les budgets ont été alloués. Cependant, même la construction de ces CAC ne suffira pas seule pour régler les problèmes liées à la prise en charge des patients porteurs d’affections cancéreuses. Il est, en effet, nécessaire, de mettre en place une stratégie nationale, qui permette de rationaliser cette prise en charge, en prenant en compte tous les aspects de la lutte contre les cancers (depuis le dépistage pour certains cancers, jusqu’aux soins palliatifs, en passant par les différents types de prévention, le développement du diagnostic précoce, des différents types de prises en charges thérapeutiques incluant les traitements médicamenteux, physiques, la lutte contre la douleur et le développement des soins palliatifs et l’accompagnement de ces patients et de leur famille trop souvent livrés à eux-mêmes). La recherche se doit aussi d’être développer, de même qu’il est nécessaire de se doter d’une industrie du médicament (ne serait-ce que le générique y compris pour les injectables : ce qui est très possible, si l’on s’y attaque sérieusement). Une organisation stratégique de la lutte anti-cancer au niveau national sous forme de plan, est donc une nécessité incontournable en Algérie.

Qu’en est-il du traitement médicamenteux du cancer ?
Très peu de progrès ont été réalisés dans la lutte contre le cancer du poumon, puisque lorsqu’on prend comme référent la survie à cinq ans, l’on constate que dans des pays très structurés dans le domaine de la santé, plus de 80 % des nouveaux cas décèdent au cours des cinq années qui suivent le diagnostic, car ce dernier est trop souvent tardif. Par contre, pour d’autres localisations, des progrès énormes ont été réalisés au cours de ces dernières décennies. Les traitements par chimiothérapie sont extrêmement coûteux et très souvent incontournables. Pouvant dans certaines localisations apportés dans certaines conditions la guérison. Certaines médicaments utilisés pour le traitement des cancers de cette localisation étant extrêmement chers sans pour autant avoir montrer un mieux en ce qui concerne la survie à cinq ans. D’où une nécessaire prudence lorsque l’on compare entre elles ces différentes drogues. Car de plus en plus, le cancer du poumon va devenir un problème de santé publique, et sa prise en charge pèsera de plus en plus sur les finances de la santé publique.

Quelle est la place du médicament générique dans le traitement de cette maladie ?
Pour que des économies substantielles soit réalisées dans le domaine de la prescription médicale, il faut qu’il existe une prescription rationnelle de médicament essentiel générique, efficace, que le patient utilise judicieusement Tous les pays du monde ont recours à ces médicaments génériques pour équilibrer les comptes des assurances sociales. Ils représentent des taux extrêmement importants de la consommation dans des pays comme les Etats-Unis, le Canada, le Danemark, la France. Pourtant, ils possèdent des industries du médicament princeps. D’autres pays s’y sont mis, il y a quelques années (Chine et Brésil), et ont développé des industries qui exportent actuellement. En Algérie, bien qu’a plusieurs reprises de nombreuses personnalités aient essayer de promouvoir le médicament générique, et les plus hautes autorités de l’Etat se soient clairement déclarées en faveur de leur développement, le taux du médicament générique reste bas. Par contre, il est nécessaire d’insister sur le fait qu’il s’agit d’un combat citoyen, et que l’on ne devrait parler de générique que si l’assurance qualité du produit est inattaquable, pour éviter que notre pays ne devienne une poubelle. Il est absolument nécessaire de développer et de donner beaucoup plus de moyens aux différentes institutions en charge actuellement de contrôler la qualité des produits pharmaceutiques en vue de protéger la santé du citoyen. L’anticancéreux princeps est extrêmement onéreux et le générique doit avoir sa place dans la prise en charge des patients. Le fait que la nation dépense environ un milliard de dollars par an pour les achats de médicaments ne doit pas nous faire oublier qu’un gestionnaire doit être économe des sous de la nation. D’autant que les économies réalisées sur certains médicaments génériques pourront être utilisées à l’acquisition de certaines molécules innovantes vraiment nécessaires et utiles aux patients.

Djamila Kourta

Lire l'article original : http://www.elwatan.com/2005-11-20/2005-11-20-30507

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