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Médecines complémentaires : Thérapeutiques d'hier, d'aujourd'hui et de demain
La presse - Tunisie - 12/07/2004 Tunisie

Dans tous les pays du monde, les populations continuent de chercher dans la nature des remèdes à leurs maux. Ce faisant, elles agissent tout comme leurs plus lointains ancêtres. Car la grande affaire des hommes après avoir trouvé la nourriture et l'abri, les armes puis le feu, fut sans doute de chercher à calmer la douleur et à guérir la maladie. La thérapeutique est donc vieille comme l'humanité elle-même. L'étude des ossements de nos ancêtres nous apprend, en effet, qu'ils savaient réduire les fractures et probablement trépaner.

A l'origine, la nature

Il fallut, ensuite, des centaines de siècles de tâtonnements pour que ces efforts aboutissent aux premiers documents connus : tablettes d'argile, papyrus, pierres gravées…, vestiges des Assyriens, des Egyptiens, des Mèdes, des Chinois, des Indiens… Puis il y eut les Grecs et les Arabes. A cette époque, on comptait par milliers les drogues utilisées, trouvées parmi l'immense herbier de la nature et empruntées aux règnes animal et minéral. Jusqu'au XVIIIe siècle, la thérapeutique ne fit qu'exploiter cet héritage très ancien et ses recettes empiriques.
C'est en 1803, que l'un des principes actifs du pavot, la morphine, est isolé pour la première fois. La morphine est toujours l'antalgique le plus puissant. C'est le départ de la thérapeutique moderne qui étendit cette découverte à d'autres végétaux comme le colchique, la belladone, le quinquina, la digitale, l'ipéca, la coca… Ensuite ce fut le tour des alcaloïdes et des glucosides, retirés des drogues végétales.
L'activité de certaines glandes ou tissus était connue depuis toujours. Les guerriers sauvages dévoraient le cœur, le foie de leur adversaire abattu. Analysant à leur tour les glandes animales, les chimistes retirèrent du pancréas l'insuline, des surrénales l'adrénaline et la cortine, de la thyroïde la tyhroïdine, de l'ovaire la folliculine… Ce furent les hormones d'origine animale. Ayant remarqué que certaines maladies par carence, comme le rachitisme et le scorbut, étaient améliorées ou guéries par la consommation de fruits frais, de légumes, de germes de céréales, etc., on analysa ces substances et on en a extrait des principes actifs : les vitamines A, B, C, D… Puis ce fut la découverte, par Pasteur, des micro-organismes et de leur rôle dans les infections et la mise au point des vaccins et des sérums pour combattre les germes infectieux. Toutes les tentatives pour retirer de ces produits un principe actif furent vaines jusqu'au jour où Fleming isola d'une culture de champignon, le penicillium, son principe actif, la pénicilline. Ensuite, ce fut la découverte de la tyrothricine, de la streptomycine, de l'auréomycine… toute la gamme des antibiotiques. Ces alcaloïdes et glucosides, hormones, vitamines, antibiotiques, des médicaments extraits du monde végétal ou animal par les chimistes d'analyse sont les cinq grandes catégories de produits de base de notre thérapeutique actuelle.

Des savoirs anciens

D'autres savoirs sont issus de pratiques séculaires ayant traversé les siècles et qui probablement perdureront. Tout le monde sait que l'acupuncture et la phytothérapie font partie du vaste arsenal de la médecine chinoise traditionnelle. La lithothérapie, qui consiste à faire profiter le patient de l'énergie contenue dans les pierres, existe depuis l'Antiquité, où on parlait des "pouvoirs" des pierres. La chronothérapie se base sur l'action (bienfaisante ou néfaste) des couleurs. Par le passé, cette science était pratiquée par les Egyptiens, les Indiens, les Chinois, les Grecs et les Romains. Actuellement, elle est de plus en plus utilisée en psychologie, en psychothérapie ou en auriculothérapie. L'iridologie part du principe que les organes du corps sont tous projetés à certains endroits de l'iris, et que tout changement de celui-ci dénoterait une atteinte de l'organe défini par le point modifié. L'iridologie est apparue il y a une centaine d'années en Allemagne. Cependant, il y a 3.000 ans, les Chinois (encore eux!) se basaient déjà sur l'état de l'iris pour faire leurs diagnostics. La liste est encore longue : les premières traces de l'hypnose remontent à l'Egypte pharaonique. Aujourd'hui, cette technique est largement utilisée en psychiatrie, et, de plus en plus, en anesthésie, notamment chez les enfants. La chiropratique, du grec cheir (main) et praxis (faire), qui serait la première profession de santé manuelle et la troisième profession de santé dans le monde, est une approche naturelle basée sur la relation entre l'appareil locomoteur (articulations et muscles) et le système nerveux, et les incidences que cela peut avoir sur l'état de santé en général. Or, l'importance du rôle de la colonne vertébrale est connue depuis l'Antiquité. Les méthodes de manipulations vertébrales et articulaires sont très anciennes. Les premiers documents écrits parlant des manipulations vertébrales nous viennent de Chine et datent de 2.700 avant notre ère. Ces techniques furent aussi pratiquées par les Egyptiens, les Babyloniens, les Indiens. Des pères de la médecine moderne : Hippocrate, Galien et Ibnou Sina ont utilisé et recommandé des manipulations vertébrales pour soigner certains maux.
Toutes ces méthodes thérapeutiques ancestrales ont fait leurs preuves. Certaines mêmes, dont on a pris la peine d'évaluer scientifiquement l'efficacité clinique, comme l'acupuncture, ont acquis une crédibilité nouvelle et ouvrent la voie à de nouveaux espoirs. N. R.

Lire l'article original : http://www.lapresse.tn/archives/archives120704/societe/therapeutiques.html

Médecines complémentaires : Les médecines non conventionnelles gagnent du terrain - La presse - Tunisie - 12/07/2004

Médecine traditionnelle en Afrique, en Asie ou en Amérique Latine ; médecines alternatives ou complémentaires ou encore naturelles en Europe et en Amérique du Nord. Toutes ces thérapeutiques ont en commun de viser le bien-être physique, psychique et spirituel et de ne pas faire partie de la médecine allopathique. Les plus anciennes reposent sur des croyances millénaires antérieures à l'avènement de la biomédecine occidentale, ce qui, semble-t-il, est la principale raison de leur vitalité actuelle. Mieux : quelle que soit l'appellation qu'on leur donne et malgré l'hostilité et la méfiance dont fait souvent preuve à leur égard la médecine officielle, ces thérapeutiques gagnent chaque jour du terrain.

Une approche de la santé différente

Quelles sont les raisons de cette prodigieuse progression ? Faut-il n'y voir, comme le clament les adversaires des médecines non conventionnelles, qu'un phénomène de mode sur fond d'attrait pour l'irrationnel ? En tout cas, cette explication ne concerne pas les pays pauvres, où le recours à ce genre de soins est essentiellement dicté par des raisons économiques et où le problème qui se pose est d'assurer des soins à la majorité de la population. D'un autre côté, le droit au pluralisme thérapeutique n'est sans doute pas seul à expliquer l'engouement des Américains du Nord et des Européens, pas plus d'ailleurs que la vogue des gourous. Ces médecines, affirment leurs fidèles, représentent tout ce que la médecine officielle n'est pas, c'est-à-dire une approche globale, attentive et humble de la santé, qui, à aucun moment, ne sépare la dimension physique de la composante psychologique ou spirituelle. Les résultats d'une telle approche sont souvent spectaculaires. Pourquoi chercher plus loin ? Selon le rapport de l'OMS sur les médecines traditionnelles, un Français sur deux a eu l'occasion de faire appel aux médecines alternatives, 70% des Canadiens ont eu recours au moins une fois à ces médecines et 90% des Allemands prennent un remède naturel à un moment ou à un autre de leur vie. Au Royaume-Uni, les dépenses annuelles consacrées à la médecine alternative représenteraient 230 millions de dollars. Selon une enquête menée en 1998 par l'Université de Stanford aux Etats-Unis, 69% des Américains utilisent des méthodes thérapeutiques non conventionnelles et 56% souhaitent que les stratégies thérapeutiques incluent les médecines alternatives.
En Chine, les préparations traditionnelles à base de plantes représentent entre 30 et 50% de la consommation totale de médicaments.

L'Allemagne en tête

De plus en plus de médecins recourent à des formations en acupuncture, en homéopathie, en phytothérapie, etc. Toujours selon l'OMS, entre 1995 et 2000, le nombre de médecins allemands ayant suivi une formation spéciale en médecine naturelle a quasiment doublé. Aux Etats-Unis, selon des chiffres de 1997 de l'Office of Alternative Medicine, 80% des étudiants en médecine souhaitent une formation en médecine alternative, ainsi que 70% des médecins de famille.
On peut dire que d'importantes avancées ont été réalisées par ces médecins dans la quasi-totalité des pays d'Europe occidentale : l'Allemagne est dans le peloton de tête. L'exercice des non-médecins y est, en effet, admis depuis 125 ans. Depuis 1939, le statut de heilpraktiker réglemente l'exercice des naturopathes, acupuncteurs, chiropraticiens, etc. Une loi autorise le remboursement de l'ensemble des médecines alternatives. Au Royaume-Uni et en Irlande, en vertu du droit coutumier, toute personne non médecin peut pratiquer une thérapie, à condition de ne pas prétendre au titre de docteur en médecine. En Belgique, aux Pays-Bas, au Danemark, en Norvège et dans d'autres pays européens, le loi établit un statut des médecines non conventionnelles. Même la France reconnaît désormais l'ostéopathie et la chiropractie.
Une résolution de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe consacrée aux médecines non conventionnelles préconise une formation des médecins allopathes aux thérapies alternatives et complémentaires dans les facultés et invite les Etats membres à encourager la reconnaissance officielle de ces médecines dans les facultés et leur pratique dans les hôpitaux.
Aux USA, dès 1992, les autorités fédérales ont créé un bureau des médecines alternatives chargé d'effectuer des recherches sur ces médecines. Des universités de médecine naturelle ont été créées et les plus grandes facultés de médecine (Harvard, Stanford, Georgetown) ont des cycles de médecine non conventionnelle. Au Canada, une importante étape a été franchie pour la promotion des médecines naturelles avec la création d'une chaire à l'Université Laval.
Enfin, la première stratégie globale de l'OMS pour les médecines traditionnelles et parallèles, publiée en 2002, insiste sur l'urgence de l'élaboration de politiques nationales d'évaluation et de réglementation des pratiques et produits traditionnels dans les pays pauvres en vue de leur intégration dans les systèmes de santé existants, afin d'assurer la pérennité des savoirs et de la biodiversité.

Neïla RHAÏM

Lire l'article original : http://www.lapresse.tn/archives/archives120704/societe/lesmedecines.html

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