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Dans tous les pays du monde, les populations continuent de
chercher dans la nature des remèdes à leurs maux. Ce faisant,
elles agissent tout comme leurs plus lointains ancêtres. Car
la grande affaire des hommes après avoir trouvé la nourriture
et l'abri, les armes puis le feu, fut sans doute de chercher
à calmer la douleur et à guérir la maladie. La thérapeutique
est donc vieille comme l'humanité elle-même. L'étude des ossements
de nos ancêtres nous apprend, en effet, qu'ils savaient réduire
les fractures et probablement trépaner.
A l'origine, la nature
Il fallut, ensuite, des centaines de siècles de tâtonnements
pour que ces efforts aboutissent aux premiers documents connus
: tablettes d'argile, papyrus, pierres gravées…, vestiges
des Assyriens, des Egyptiens, des Mèdes, des Chinois, des
Indiens… Puis il y eut les Grecs et les Arabes. A cette époque,
on comptait par milliers les drogues utilisées, trouvées parmi
l'immense herbier de la nature et empruntées aux règnes animal
et minéral. Jusqu'au XVIIIe siècle, la thérapeutique ne fit
qu'exploiter cet héritage très ancien et ses recettes empiriques.
C'est en 1803, que l'un des principes actifs du pavot, la
morphine, est isolé pour la première fois. La morphine est
toujours l'antalgique le plus puissant. C'est le départ de
la thérapeutique moderne qui étendit cette découverte à d'autres
végétaux comme le colchique, la belladone, le quinquina, la
digitale, l'ipéca, la coca… Ensuite ce fut le tour des alcaloïdes
et des glucosides, retirés des drogues végétales.
L'activité de certaines glandes ou tissus était connue depuis
toujours. Les guerriers sauvages dévoraient le cœur, le foie
de leur adversaire abattu. Analysant à leur tour les glandes
animales, les chimistes retirèrent du pancréas l'insuline,
des surrénales l'adrénaline et la cortine, de la thyroïde
la tyhroïdine, de l'ovaire la folliculine… Ce furent les hormones
d'origine animale. Ayant remarqué que certaines maladies par
carence, comme le rachitisme et le scorbut, étaient améliorées
ou guéries par la consommation de fruits frais, de légumes,
de germes de céréales, etc., on analysa ces substances et
on en a extrait des principes actifs : les vitamines A, B,
C, D… Puis ce fut la découverte, par Pasteur, des micro-organismes
et de leur rôle dans les infections et la mise au point des
vaccins et des sérums pour combattre les germes infectieux.
Toutes les tentatives pour retirer de ces produits un principe
actif furent vaines jusqu'au jour où Fleming isola d'une culture
de champignon, le penicillium, son principe actif, la pénicilline.
Ensuite, ce fut la découverte de la tyrothricine, de la streptomycine,
de l'auréomycine… toute la gamme des antibiotiques. Ces alcaloïdes
et glucosides, hormones, vitamines, antibiotiques, des médicaments
extraits du monde végétal ou animal par les chimistes d'analyse
sont les cinq grandes catégories de produits de base de notre
thérapeutique actuelle.
Des savoirs anciens
D'autres savoirs sont issus de pratiques séculaires ayant
traversé les siècles et qui probablement perdureront. Tout
le monde sait que l'acupuncture et la phytothérapie font partie
du vaste arsenal de la médecine chinoise traditionnelle. La
lithothérapie, qui consiste à faire profiter le patient de
l'énergie contenue dans les pierres, existe depuis l'Antiquité,
où on parlait des "pouvoirs" des pierres. La chronothérapie
se base sur l'action (bienfaisante ou néfaste) des couleurs.
Par le passé, cette science était pratiquée par les Egyptiens,
les Indiens, les Chinois, les Grecs et les Romains. Actuellement,
elle est de plus en plus utilisée en psychologie, en psychothérapie
ou en auriculothérapie. L'iridologie part du principe que
les organes du corps sont tous projetés à certains endroits
de l'iris, et que tout changement de celui-ci dénoterait une
atteinte de l'organe défini par le point modifié. L'iridologie
est apparue il y a une centaine d'années en Allemagne. Cependant,
il y a 3.000 ans, les Chinois (encore eux!) se basaient déjà
sur l'état de l'iris pour faire leurs diagnostics. La liste
est encore longue : les premières traces de l'hypnose remontent
à l'Egypte pharaonique. Aujourd'hui, cette technique est largement
utilisée en psychiatrie, et, de plus en plus, en anesthésie,
notamment chez les enfants. La chiropratique, du grec cheir
(main) et praxis (faire), qui serait la première profession
de santé manuelle et la troisième profession de santé dans
le monde, est une approche naturelle basée sur la relation
entre l'appareil locomoteur (articulations et muscles) et
le système nerveux, et les incidences que cela peut avoir
sur l'état de santé en général. Or, l'importance du rôle de
la colonne vertébrale est connue depuis l'Antiquité. Les méthodes
de manipulations vertébrales et articulaires sont très anciennes.
Les premiers documents écrits parlant des manipulations vertébrales
nous viennent de Chine et datent de 2.700 avant notre ère.
Ces techniques furent aussi pratiquées par les Egyptiens,
les Babyloniens, les Indiens. Des pères de la médecine moderne
: Hippocrate, Galien et Ibnou Sina ont utilisé et recommandé
des manipulations vertébrales pour soigner certains maux.
Toutes ces méthodes thérapeutiques ancestrales ont fait leurs
preuves. Certaines mêmes, dont on a pris la peine d'évaluer
scientifiquement l'efficacité clinique, comme l'acupuncture,
ont acquis une crédibilité nouvelle et ouvrent la voie à de
nouveaux espoirs. N. R.
Lire l'article original :
http://www.lapresse.tn/archives/archives120704/societe/therapeutiques.html
Médecines complémentaires : Les médecines
non conventionnelles gagnent du terrain - La
presse - Tunisie - 12/07/2004
Médecine traditionnelle en Afrique, en Asie ou en Amérique
Latine ; médecines alternatives ou complémentaires ou encore
naturelles en Europe et en Amérique du Nord. Toutes ces thérapeutiques
ont en commun de viser le bien-être physique, psychique et
spirituel et de ne pas faire partie de la médecine allopathique.
Les plus anciennes reposent sur des croyances millénaires
antérieures à l'avènement de la biomédecine occidentale, ce
qui, semble-t-il, est la principale raison de leur vitalité
actuelle. Mieux : quelle que soit l'appellation qu'on leur
donne et malgré l'hostilité et la méfiance dont fait souvent
preuve à leur égard la médecine officielle, ces thérapeutiques
gagnent chaque jour du terrain.
Une approche de la santé différente
Quelles sont les raisons de cette prodigieuse progression
? Faut-il n'y voir, comme le clament les adversaires des médecines
non conventionnelles, qu'un phénomène de mode sur fond d'attrait
pour l'irrationnel ? En tout cas, cette explication ne concerne
pas les pays pauvres, où le recours à ce genre de soins est
essentiellement dicté par des raisons économiques et où le
problème qui se pose est d'assurer des soins à la majorité
de la population. D'un autre côté, le droit au pluralisme
thérapeutique n'est sans doute pas seul à expliquer l'engouement
des Américains du Nord et des Européens, pas plus d'ailleurs
que la vogue des gourous. Ces médecines, affirment leurs fidèles,
représentent tout ce que la médecine officielle n'est pas,
c'est-à-dire une approche globale, attentive et humble de
la santé, qui, à aucun moment, ne sépare la dimension physique
de la composante psychologique ou spirituelle. Les résultats
d'une telle approche sont souvent spectaculaires. Pourquoi
chercher plus loin ? Selon le rapport de l'OMS sur les médecines
traditionnelles, un Français sur deux a eu l'occasion de faire
appel aux médecines alternatives, 70% des Canadiens ont eu
recours au moins une fois à ces médecines et 90% des Allemands
prennent un remède naturel à un moment ou à un autre de leur
vie. Au Royaume-Uni, les dépenses annuelles consacrées à la
médecine alternative représenteraient 230 millions de dollars.
Selon une enquête menée en 1998 par l'Université de Stanford
aux Etats-Unis, 69% des Américains utilisent des méthodes
thérapeutiques non conventionnelles et 56% souhaitent que
les stratégies thérapeutiques incluent les médecines alternatives.
En Chine, les préparations traditionnelles à base de plantes
représentent entre 30 et 50% de la consommation totale de
médicaments.
L'Allemagne en tête
De plus en plus de médecins recourent à des formations en
acupuncture, en homéopathie, en phytothérapie, etc. Toujours
selon l'OMS, entre 1995 et 2000, le nombre de médecins allemands
ayant suivi une formation spéciale en médecine naturelle a
quasiment doublé. Aux Etats-Unis, selon des chiffres de 1997
de l'Office of Alternative Medicine, 80% des étudiants en
médecine souhaitent une formation en médecine alternative,
ainsi que 70% des médecins de famille.
On peut dire que d'importantes avancées ont été réalisées
par ces médecins dans la quasi-totalité des pays d'Europe
occidentale : l'Allemagne est dans le peloton de tête. L'exercice
des non-médecins y est, en effet, admis depuis 125 ans. Depuis
1939, le statut de heilpraktiker réglemente l'exercice des
naturopathes, acupuncteurs, chiropraticiens, etc. Une loi
autorise le remboursement de l'ensemble des médecines alternatives.
Au Royaume-Uni et en Irlande, en vertu du droit coutumier,
toute personne non médecin peut pratiquer une thérapie, à
condition de ne pas prétendre au titre de docteur en médecine.
En Belgique, aux Pays-Bas, au Danemark, en Norvège et dans
d'autres pays européens, le loi établit un statut des médecines
non conventionnelles. Même la France reconnaît désormais l'ostéopathie
et la chiropractie.
Une résolution de l'Assemblée parlementaire du Conseil de
l'Europe consacrée aux médecines non conventionnelles préconise
une formation des médecins allopathes aux thérapies alternatives
et complémentaires dans les facultés et invite les Etats membres
à encourager la reconnaissance officielle de ces médecines
dans les facultés et leur pratique dans les hôpitaux.
Aux USA, dès 1992, les autorités fédérales ont créé un bureau
des médecines alternatives chargé d'effectuer des recherches
sur ces médecines. Des universités de médecine naturelle ont
été créées et les plus grandes facultés de médecine (Harvard,
Stanford, Georgetown) ont des cycles de médecine non conventionnelle.
Au Canada, une importante étape a été franchie pour la promotion
des médecines naturelles avec la création d'une chaire à l'Université
Laval.
Enfin, la première stratégie globale de l'OMS pour les médecines
traditionnelles et parallèles, publiée en 2002, insiste sur
l'urgence de l'élaboration de politiques nationales d'évaluation
et de réglementation des pratiques et produits traditionnels
dans les pays pauvres en vue de leur intégration dans les
systèmes de santé existants, afin d'assurer la pérennité des
savoirs et de la biodiversité.
Neïla RHAÏM
Lire l'article original :
http://www.lapresse.tn/archives/archives120704/societe/lesmedecines.html
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