contacts www.santemaghreb.com
drapeau_algerie drapeau_maroc drapeau_tunisie
Algérie Maroc Tunisie
La sante du maghreb sur internet
Grève du CHU : Et si la sagesse l'emportait finalement ? Un décalage entre les règles juridiques et le système bancaire - Al Bayane - Maroc - 20/05/02

La grève des enseignants-chercheurs des CHU continue. L'opinion publique est perplexe devant une situation où dominent les demi-vérités. Trois interlocuteurs institutionnels. Souvent, ou trop souvent, trois attitudes différentes du point de vue des enseignants-chercheurs. Le ministère de l'Enseignement supérieur. Le ministère de la Santé. La Primature qui, enfin de compte s'est engagée dans ce dossier.

Les enseignants-chercheurs des CHU, au nombre d'un millier, eux-mêmes n'ont pas toujours les mêmes préoccupations. Devant des attaques répétées et en règle de la part de certains responsables au ministère de la Santé contre «la corporation«, les rangs se sont soudés et toute la mal-vie administrative de cette catégorie d'enseignants-chercheurs est mise en avant. En bloc.

Un enseignant-chercheur au CHU est un médecin-formateur. Outre les cours et les TP, l'encadrement des externes et des internes ou résidents, ces professeurs assurent le service hospitalier, y compris la gestion des services hospitaliers dans les centres hospitalo-universitaires du Royaume.

Un enseignant-chercheur au CHU a une double tutelle administrative. Pour une part sa carrière est gérée par l'Enseignement supérieur, avec un alignement statutairement automatique sur le statut de l'ensemble des enseignants universitaires avec ses avantages et ses inconvénients. Et pour l'autre part sa carrière (promotion en tant que chefs de services et médecins-chefs) et une part de son salaire (le complément brut de rémunération) dépendant du ministère de la Santé. Or, depuis des années, une grogne se développait au sein de cette catégorie socio-professionnelle très particulière.

Les médecins de la Santé publique ont vu leur situation et leurs carrières revalorisées, et comme toujours dans les statuts particuliers, particulièrement nombreux dans la fonction publique, grâce à des primes d'encadrement ou de risques ou... Les «gens du CHU» ont été oubliés lors de cette revalorisation.

Motif non officiel : les «CHU» ne sont des médecins que par leur travail. De plus, ils bénéficient du droit au temps plein aménagé. Ces «CHU» rétorquent tout simplement que seules certaines spécialités bénéficient effectivement de la manne TPA.

D'un autre côté, et dans ce domaine voué à la seule «initiative privée» et toujours pour ces mêmes spécialités demandées dans le privé, il est absolument impossible de déterminer qui des médecins de la santé publique ou des «CHU» fait le plus de «TPA». C'est un domaine où les «transactions» sont rarement soumises au fisc ou à un quelconque contrôle. Chacun des citoyens est capable de raconter au moins une histoire qui le concerne directement à partir d'une petite expérience vécue par lui dans ce domaine.

Alors, pourrait-on dire, pourquoi compliquer une situation déjà très complexe par tant d'hypocrisie politicienne, surtout à la veille des élections?

Au niveau de la gestion des affaires de l'Etat, au moins, les choses peuvent être très claires. Les «CHU», au nombre d'un millier, ont des revendications de statut et de valorisation de leurs salaires. Ils revendiquent un guichet unique gouvernemental pour discuter et pour négocier leurs revendications.

Pour la plupart, ils ne comprennent pas pourquoi, étant enseignants-chercheurs, ils devraient, à chaque changement «débrayer» pour que les responsables gouvernementaux, et particulièrement les ministères des Finances et de la Fonction publique, acceptent l'application de l'automatisme, pourtant stature, qui leur assure les avantages de leur fonction d'enseignants-chercheurs.

Pour la plupart d'entre eux, ils ne comprennent pas non plus pourquoi étant médecins ils ne bénéficieraient pas du CBR qui serait équivalent aux primes qui figurent dans les salaires des médecins de la Santé publique.

Pour tous ces «gens du CHU», ils ne comprennent pas pourquoi ils doivent faire les frais d'un mauvais système de régulation des salaires de la fonction publique alors que l'Etat a, et sinon il doit avoir, tous les moyens de cette régulation. L'Etat peut instituer des normes de services au sein des hôpitaux et au sein des CHU, des normes quantitatives et qualitatives pour évaluer le travail et le rendement de chacun au sein de la Santé publique. De telles évaluations économiseraient la médisance et instaureraient des règles dans la gestion des ressources humaines pour toutes les catégories des personnels des hôpitaux.

Beaucoup d'entre les enseignants-chercheurs se sentent mal à l'aise devant une situation où la médisance contre eux s'amplifie alors que seuls les pouvoirs publics ont la responsabilité des dysfonctionnements au sein du système de santé publique et des dysfonctionnements qui caractérisent la prise de décision gouvernementale puisque chacun des ministres de tutelle leur jure qu'il est d'accord avec eux, politiquement, mais, pas en tant que membre d'un Exécutif… Dysfonctionnements qui ont amené la situation à ce degré de pourrissement pour une enveloppe budgétaire de quelque 4 milliards de centimes (40 millions de DH) que coûtera la revalorisation du complément brut de rémunération (CBR) si les primes qui le composent sont alignées sur celles des médecins spécialistes de la même Santé publique.

Ceci, alors qu'avec un bon contrôle fiscal de l'IGR effectif il est possible aux pouvoirs publics de ne pas mélanger les genres et de ne pas pénaliser les enseignants-chercheurs du CHU qui se dévouent au service public et qui ne pratiquent pas dans le privé parce que d'autres médecins, aussi bien parmi les enseignants-chercheurs que parmi les spécialistes-fonctionnaires de la Santé publique, cumulent des fonctions publiques et des fonctions privées.

C'est un droit des enseignants-chercheurs des CHU, à l'instar de tout un chacun parmi les citoyens, d'exiger des pouvoirs publics de ne pas gouverner sur la base de préjugés. C'est aussi leur droit légitime de se considérer comme une élite qui tire le savoir-faire médical, dans notre pays, vers le haut et qui, de ce fait, a droit à une considération particulière : cette même considération qui est due aux hommes et aux femmes de science. C'est un droit tout à fait légitime, pour eux comme pour les autres fonctionnaires de l'Etat, de disposer d'interlocuteurs opérationnels qui peuvent dire OUI et qui peuvent dire NON mais qui disent quelque chose de cohérent.

Maintenant, et sur l'autre plan que les malades et les étudiants se retrouvent dans une situation de simple valeur d'usage dans une nuisance mutuelle entre, d'un côté, les plus «intéressés» parmi les «CHU» et ceux qui veulent par démagogie montrer qu'ils sont les meilleurs défenseurs des «travailleurs», et de l'autre côté, des décideurs qui ont tellement hésité, par le passé et par les pratiques des anciens gouvernements, et ceux qui continuent à hésiter dans la prise d'une décision, la chose ne devrait être acceptable par personne. La reprise du dossier par la Primature devrait, en fait, pallier cette tradition de gestion des dossiers, tradition de quarante années où chaque département ministériel agissait comme un «Etat dans l'Etat» et n'avait que les ministères des Finances et de la Fonction publique comme interlocuteurs.

La sagesse impose que ni les étudiants ni les malades ne subissent une telle épreuve de la part de ceux qui sont chargés par l'Etat de se préoccuper d'eux, qu'ils soient enseignants-chercheurs ou des représentants des pouvoirs publics. La volonté du Premier ministre en reprenant le dossier procède de cette sagesse. Car s'il y a une chose d'absolument très claire dans cette situation, c'est que plus elle dure plus elle mènera vers une dépréciation collective de tous les partenaires dans cette bataille à armes… très discutables. La sagesse devrait l'emporter sur toute crispation.

Lire l'article original : albayane.casanet.net.ma/albayane/Detail.asp?article_id=25864

Retour Actualités