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| Dossier : Biotechnologies - La biotechnologie : du concept expérimental à la réalité économique - La presse - Tunisie - 30/05/02 | ||||||||
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Il existe un dogme scientifique fort connu qui stipule que « pour étudier et comprendre un phénomène naturel, il faut commencer par le perturber ». Ce dogme implique donc qu’on doit agir sur un phénomène, en démonter les mécanismes pour pouvoir mieux le cerner. Mais s’il existe des disciplines scientifiques qui se prêtent aisément à l’intervention du scientifique telle la biologie, ou science du vivant, d’autres, pour ne pas dire la plupart, ne le sont pas. Pour contourner cette difficulté , le scientifique à force d’ingéniosité a passé le cap de l’observation passive et de la contemplation chère à Aristote, en développant l’expérimentation qui alimente la technologie. Dans son sens étymologique, l’expérimentation est l’acte de mener des expériences (du latin experimentum). L’expérience est par définition une opération réalisée dans des conditions contrôlées dans le but de découvrir un effet ou une loi inconnue, tester une hypothèse ou illustrer une loi naturelle connue. Cet outil puissant qu’il a mis au service de la science et de la technologie, le scientifique l’a adapté aux phénomènes qu’il veut étudier et comprendre. Cette adaptation va de l’intervention directe à l’échelle du micro-organisme ou de l’animal à la reproduction à l’échelle d’un modèle. C’est ainsi qu’est né le laboratoire, lieu sacré où s’organise l’expérimentation, sanctuaire de la science où les théories voient le jour, prennent corps, se développent ou périclitent selon les diktats de l’expérimentation. Le laboratoire est ainsi le terrain ou s’exerce la passion de la science et s’édifie l’art de l’expérimentation. Dans les sociétés contemporaines modernes les biotechnologies sont devenues le baromètre à travers lequel se mesure le développement d’une nation. Louis Pasteur parlait des laboratoires comme des temples de l’avenir et du bien-être : « L’humanité y apprend à lire dans les œuvres de la nature, œuvres de progrès et d’harmonie universelle…» Aux USA , dans le petit Etat du Massachusetts, la ville de Boston a été depuis sa fondation une ville de science et de savoir où les laboratoires de l’université d’Harvard ou du MIT (Massachusetts Institute of Technology) pour ne citer que les plus anciens, ont été le fer de lance de l’économie de cet état parce qu’elles ont su adapter les technologies et plus particulièrement les biotechnologies aux besoins du progrès économique. Ainsi autour de la ville (route 128) s’est édifiée une des zones de haute technologie, la plus réputée du monde. Les technologues de la route 128 ont su valoriser les fruits de l’expérimentation qui se mène tambour battant dans ces laboratoires. L’expérimentation est devenue le carrefour de toute activité scientifique, du moins pour les sciences dites exactes, celles qui génèrent de la technologie. L’expérimentation est le labeur qui suit la réflexion et qui alimente la technologie. Edison n’a-t-il pas affirmé que les activités de recherche scientifique sont faites de 1% d’inspiration et de 99% de transpiration. Ces proportions bien que probablement exactes ne doivent pas pour autant surévaluer la part du travail expérimental par rapport à l’effort intellectuel dans la réalisation de la tâche scientifique. Il s’agit en fait de deux éléments interdépendants quasi nécessaires pour générer des connaissances. L’expérimentation tout à la fois se nourrit de la réflexion scientifique et nourrit le savoir scientifique et la technologie. L’expérimentation est aujourd’hui le chemin obligé par où passe la passion de la science. Elle est science dans son essence et savoir et technologie dans sa descendance. Elle se situe en dehors du temps et n’obéit qu’à un seul impératif la rigueur. Son lieu d’exercice est le laboratoire. Le laboratoire est le seul endroit où des êtres humains, des scientifiques de divers horizons religieux , culturels, raciaux peuvent vivre en harmonie pour et par l’expérimentation. Le laboratoire contemporain est cosmopolite. C’est un vrai microcosme de l’humanité. Comme dans les organisations sociales complexes, les laboratoires de recherche ont leurs règles de fonctionnement propre. Ces règles sont dictées par l’expérimentation et bien qu’elles ne sont pas écrites elles sont familières aux scientifiques. Elles se résument en rigueur, clarté et reproductibilité et savoir-faire technologique. Les progrès scientifiques les plus remarquables sont pour ainsi dire toujours passés par l’expérimentation. C’est en devenant une science expérimentale et en rentrant dans son ère d’expérimentation moléculaire que la biologie a pu accéder au rang de science exacte et enfanter les biotechnologies qui sont en train de bouleverser les comportements sociaux et économiques. Nul n’a à notre sens mieux illustré les angoisses, les difficultés et les espoirs de l’expérimentateur Etienne Burnet , directeur de l’Institut Pasteur de Tunis de 1936 à 1943, qui disait : « A nous de savoir que les succès ne sont guère séparables des échecs…A coté des expériences qui ne réussissent pas, il y a les difficultés matérielles, les animaux qui meurent d’infections indésirables, les appareils qu’il faut entretenir loin des artisans qui les ont construits, les départs prévus ou imprévus des collaborateurs, il y a les devoirs quotidiens envers le public, le devoir de protection et d’affection envers les collaborateurs auxiliaires pour lesquels on est le père de famille. Il y a un tissu d’obligations qui grandissent avec l’Institut et pressent sur le temps que réclame la recherche sacrée sans laquelle un Institut Pasteur n’est rien, car nos publications scientifiques sont nos titres de noblesse» C’est à la paillasse qu’on accouche du savoir et de la technologie; l’expérimentateur motivé saura toujours gérer sa peine. Tous les observateurs s’accordent pour dire que la biotechnologie moderne est l’enfant chéri dont a accouché le siècle dernier. Le XXIe siècle sera biotechnologique ou ne sera pas. Dr M.D.Fathallah* M.D.F * Institut Pasteur de Tunis — Secrétaire général de l’Association tunisienne de biotechnologie Lire l'article original : www.lapresse.tn/dossiers/textes/entre.html |
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