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| Dossier : Biotechnologies - Biotechnologie, innovation et développement économique : où en est la Tunisie ? Par Dr Med Dahmani FATHALLAH* - La presse - Tunisie - 30/05/02 | ||||||||
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Dans la définition moderne du mot biotechnologie, le préfixe bio sous-entend l’utilisation des procédés et approches biologiques alors que le mot technologie fait référence aux possibilités offertes pour résoudre des problèmes du temps moderne et de fabriquer des produits utiles. La biotechnologie moderne puise sa source dans la découverte en 1953 par Sir James Watson & Francis Crick de la signification biologique de l’ADN ou Acide Desoxyribonucléïque cette macromolécule, connue depuis longtemps et qui se retrouve chez tous les organismes vivants. L’ADN constitue le matériel génétique. Organisé en gènes, il code de façon universelle pour les protéines, molécules nécessaires au fonctionnement de tous les organismes. C’est le développement de la biologie moléculaire et du génie génétique (manipulation et expression de l’ADN in vitro) qui a permis l’essor de la biotechnologie moderne. La notion de biotechnologie se conçoit mieux au pluriel : on parle plus volontiers de biotechnologies. En fait, ce qu’on qualifie de biotechnologie est une collection de technologies qui ont en commun l’utilisation comme matériel de base des cellules vivantes ou de molécules biologiques. Les biotechnologies s’appliquent aux domaines médical et pharmaceutique, agricole et alimentaire ainsi qu’à la gestion des problèmes de l’environnement (pollution , déchets etc…). Parmi ces technologies on citera : -La technologie cellulaire : elle utilise la culture de cellules de mammifères ou d’insectes pour les utiliser comme moyen thérapeutique ou pour produire des produits à visée thérapeutique ou diagnostique tels les anticorps monoclonaux ou encore dans un but de réaliser le clonage d’organisme entier qui fait l’objet actuellement d’un houleux débat éthique. -L’ingénierie des protéines : elle consiste à produire des protéines recombinantes d’intérêt médical comme vaccin tel le vaccin contre l’hépatite B ou des médicaments palliatifs (tels l’insuline, l’Erythropoëtine, les facteurs de coagulation ou l’hormone de croissance) ou d’intérêt industriel tels les enzymes ou biocatalyseurs utilisés dans les industries agroalimentaires, du textile, du papier ainsi qu’en métallurgie. Cette technologie utilise les procédés de fermentation pour une production industrielle. -La technologie des bio senseurs : issue du mariage heureux de la biologie et de la microélectronique. Un bio senseur est l’association d’un composé biologique (cellule ou molécule comme un anticorps) et d’une puce électronique qui va mesurer l’interaction du composé biologique avec son environnement immédiat. Les bio senseurs sont actuellement utilisés pour :
• Le contrôle sanitaire des aliments (valeur nutritive, fraîcheur) Cette revue de l’étendue des champs d’application des biotechnologies nous renseigne sur les intérêts que peut revêtir l’utilisation des biotechnologies dans nos sociétés ainsi que sur les conséquences qui peuvent en découler. Mais si aujourd’hui les biotechnologies sont sous les feux de la rampe c’est surtout à cause de l’impact économique énorme que peuvent engendrer ces technologies au summum de l’innovation. Il est de circonstance d’évoquer le proverbe arabe qui dit : c’est bien parce qu’elle est noire que l’ambre se paye chère. Il est actuellement bien admis que les biotechnologies vont constituer la pierre angulaire autour de laquelle vont s’axer les défis économiques du millénaire que nous abordons. Tous les indicateurs s’accordent à démontrer que les biotechnologies constituent des technologies « génériques » qui entraînent l’expansion de secteurs économiques entièrement nouveaux. Ces concepts ont été intégrés dans les politiques économiques de tous les pays industrialisés et d’un certain nombre de pays en cours de développement parmi lesquels la Tunisie. Il faut noter cependant que si le développement économique est perçu à travers son corollaire de croissance c.à.d de l’accroissement soutenu des revenus nationaux, la croissance quantitative n’est pas synonyme de développement qualitatif : « Ajoutez autant de chevaux que vous voudrez à une diligence vous n’avez pas pour autant le chemin de fer : le développement réel a besoin d’innovation». Selon le paradigme technico-économique actuellement en vogue l’innovation est par définition un processus aléatoire jamais joué à l’avance adoptant une trajectoire qui n’a rien de linéaire d’autant moins que généralement la logique des fonctions d’une innovation ne coïncide pas nécessairement avec la logique des usages. Cependant pour les biotechnologies dans le domaine de la santé, la pression de l’offre technologique, le « Technology Push », est loin d’avoir balancé la demande du marché : le «market pull». En effet, ce marché en pleine évolution est sans cesse à la recherche de nouveaux produits et de produits plus efficaces. Devant cet état de fait et vu l’énorme potentiel innovateur des biotechnologies, les possibilités d’ouverture économiques seront immenses pour au moins plusieurs décennies à venir pour ceux qui auront misé sur ce secteur innovateur. Les biotechnologies, besoin ou opportunité économique ? Que l’on considère le développement des biotechnologies comme une nécessité stratégique incontournable ou une opportunité économique conjoncturelle, si on se décide de se lancer dans ce secteur et miser dessus à long ou à moyen terme pour tirer des avantages sociaux et économiques, il est impératif de bien étudier la conjoncture économique et d’évaluer le niveau scientifique pour déterminer si les conditions de succès sont réunies. La réflexion qui suit concerne notre pays et s’inspire de la réalité de nos institutions. La conjoncture économique Si on se réfère à la théorie des cycles «times series» telle que émise par le grand économiste russe Kondratieff et appuyé par d’autres non moins illustres : Juglar, Kitchin, Shumpeter et qu’on pourrait résumer ainsi : « Les cycles économiques passent par quatre phases : prospérité, récession , dépression et reprise et les évolutions technologiques donc l’innovation sont la cause principale de ces cycles. La durée de ces cycles est fonction de la force innovatrice ». Si on se réfère donc à cette théorie, force est de constater que sur le plan économique la Tunisie se situe dans une phase de reprise. En effet et selon tous les observateurs économiques, durant la dernière décennie notre pays a émergé d’un cycle de marasme économique et a enregistré une croissance économique soutenue donc à cette phase de reprise qui se poursuit devrait logiquement succéder une phase de prospérité ? Les témoins de la reprise économique en Tunisie ont fait l’objet de plusieurs études publiées dans la presse spécialisée . Par ailleurs si on consulte le code tunisien d’incitation aux investissements : loi N° 93-120 du 27 décembre 1993 et les programmes de l’Agence Tunisienne pour la promotion de l’investissement « FIPA » on ne peut que constater les avantages accordées aux promoteurs et aux PME et se rendre compte que le principe de l’innovation est au cœur de ces mesures incitatives. Les structures étatiques ont également multiplié les programmes de soutien à l’innovation et à la promotion des industries innovantes issues des activités de recherche : ainsi, l’ancien Secrétariat d’Etat à la Recherche scientifique et à la Technologie «Serst» promu récemment au rang de ministère, a instauré un programme de valorisation des résultats de la recherche « PVR » ainsi qu’un programme d’investissement dans le secteur de la recherche développement «PIRD» article 42 de la loi N° 93-120 du 27 décembre 1993 et décret N°94-536 mars 1994, destiné aussi bien aux structures publiques qu’aux entreprises du secteur privé. L’intéressement des chercheurs aux royalties qui pourraient émaner de leurs travaux ainsi que les lois sur la propriété intellectuelle sont autant d’indicateurs de la volonté de l’Etat de promouvoir les industries innovantes. Bien que précédé par les structures étatiques susnommées, le secteur financier privé s’est aussi mis au diapason. En effet, il a intégré dans sa politique de crédit la notion de capital risque comme étant la source essentielle de financement des industries innovantes dans leur phase de démarrage « Start Up » sachant que cette forme de crédit est aussi indispensable à l’entrepreneur que l’esprit d’entreprise. Sans l’un ou l’autre, il n’y a pas d’innovation possible. Ainsi il existe actuellement en Tunisie une dizaine de Sicar (Société d’investissement à capital risque), mais leur contribution à l’essor des biotechnologies reste cependant invisible. Il est donc clair que la conjoncture économique est propice et il est même intéressant de noter que les structures financières ont précédé les demandes du secteur technologique puisque aucune structure de démarrage n’a été enregistrée du moins dans le secteur des biotechnologies dans le domaine de la santé. Qu’en est-il alors de la conjoncture scientifique? La conjoncture scientifique Pour évaluer la conjoncture scientifique, il faut s’astreindre à un travail d’introspection pour être à même de donner l’évaluation la plus objective. En fait, c’est plus à un travail d’« assessment » auquel il faut se livrer, le mot évaluation ne rendant pas compte de l’importance de la tâche. Le mot anglo-saxon assessment comme assise en français (du verbe latin assidere = s’asseoir au banc des juges) semble plus indiqué. A l’issu de cet exercice, on peut constater que les technologies de pointe sont de plus en plus maîtrisées. Témoin, les résultats originaux publiés dans la presse internationale spécialisée et présentés de façon régulière à des manifestations scientifiques internationales par les chercheurs tunisiens .Le niveau de ces travaux et des résultats générés est conforme aux standards internationaux les plus rigoureux, ce qui témoigne de l’existence de ressources humaines hautement qualifiées. Il est donc clair que loin de se regarder le nombril sur le plan scientifique il est raisonnable d’envisager une valorisation de notre potentiel technologique et de l’amener à une phase de pré-industrialisation. Il est important par ailleurs de noter que pour les biotechnologies dans le domaine de la santé, le rôle joué par les institutions de recherche est primordial. En dehors du fait que c’est à partir de ces institutions qu’émanent les travaux de recherche, ils peuvent héberger les structures de démarrage jusqu’au passage à la phase industrielle proprement dite dans des structures du type pépinières d’entreprises ou Biotop. En effet, malgré toutes les mesures financières, il est toujours difficile pour une entreprise de biotechnologie dans le domaine de la santé d’être financièrement indépendante du moins dans sa phase de démarrage. L’émanation d’une structure du type Start up à partir d’une structure de recherche selon le principe d’essaimage (Spin Off) offre une meilleure garantie de succès et de pérennité. En Tunisie, pour un entrepreneur dans le domaine des biotechnologies médicales la tâche consiste à faire fonctionner en synergie toutes les forces vives et les mettre au service de l’amorçage et du développement d’une industrie innovante. L’entreprise innovante : start-up D’après le cabinet conseil américain, Ernest & Young, une start-up est une entreprise à durée de vie limitée dont la mission est de tester la viabilité scientifique d’un produit, d’une hypothèse ou d’une technologie issue d’une activité de recherche innovante et de préparer par étapes son insertion dans le circuit industriel et commercial Le concept start-up a vu le jour aux Etats-Unis. C’est une idée qui a renouvelé la conception, le lancement et l’organisation des compagnies innovantes. Ce concept s’est imposé comme le modèle qui garantit l’émergence des industries innovantes avec tout ce que cela comporte comme risques financiers dus aux aléas de l’innovation. Mais le modèle s’est surtout imposé parce qu’il a intégré l’échec comme une donnée acceptable compatible avec le risque financier et parce que quand arrive le succès, il est tellement fulgurant qu’il efface tous les échecs. Le modèle start-up est devenu incontournable pour lancer un produit innovant dans une économie de marché caractérisée par la compétition et perçue à une échelle mondiale. La start-up est une entreprise qui passe par quatre cycles : l’amorçage, le démarrage, le décollage et la consolidation. Dans les deux premiers cycles, l’entreprise n’est pas supposée faire de chiffre d’affaires. Dans le secteur biotechnologique, il arrive souvent que les sociétés soient introduites en Bourse dès la phase d’amorçage ou d’agrément des molécules. D’un point de vue légal, la start-up est une société de droit privé où les capitaux peuvent être mixtes et les partenaires financiers peuvent être des institutions publiques. Ceci est même recommandé par les pouvoirs publics puisque c’est un moyen efficace pour l’ouverture du monde académique sur l’environnement socio-économique Le fondateur d’une start-up est en général un scientifique. Le fondateur est la personne qui met en place les différentes structures et dirige l’entreprise pendant au moins les premiers cycles de sa vie. Le fondateur n’est pas forcément le propriétaire. Si on se demande quel est l’intérêt d’un pays à investir dans l’innovation, on se rend compte que les intérêts sont multiples. Intérêt financier La création d’une structure du type entreprise innovante dont un des objectifs est économique garantit aux bailleurs de fonds (les investisseurs) une issue négociée au départ de l’entreprise. Il est important de signaler qu’en Tunisie l’investissement dans le secteur de la recherche et le développement technologique est assuré aujourd’hui presque exclusivement par l’Etat qui s’est fixé comme objectif à atteindre 1% du PNB en l’an 2004. L’investissement consenti par l’Etat dans le secteur de la recherche n’a eu jusqu’à aujourd’hui que des retombées académiques. L’investissement dans des structures de valorisation dont l’objectif à long ou à moyen terme est économique pourrait aboutir à la réalisation à terme d’une plus-value financière tout en préservant les intérêts académiques et les besoins de formation. Il faut souligner que les start-up sont exclusivement financées par des capitaux risques. Or les fonds destinés à la recherche ne ressemblent-t-ils pas à ces capitaux à risque avec la différence majeure que dans le cas des start-up il existe la possibilité, en cas de succès, d’avoir un retour d’investissement «ROI» (return on investment) voir des bénéfices, alors que pour les programmes de recherche académiques la valorisation est purement intellectuelle? Cependant, ces deux objectifs ne sont pas incompatibles. En effet, plusieurs avancées scientifiques ont été réalisées par des structures non académiques et ont généré des profits considérables. De plus dans les start-up le capital risque se soucie plus de la valeur globale du projet et de son potentiel à long terme que du retour de l’investissement qui s’applique surtout aux capitaux de développement. Le «ROI» est un souci de la troisième phase d’une start-up. Intérêt scientifique : Enfin, si on se projette dans une perspective de succès, on peut mesurer l’émulation scientifique que cela peut entraîner. Intérêt d’apprentissage «The Learning Experience» —
Apprentissage des voies juridiques : Que ce soit dans les pays en développement,
en Europe ou aux USA, quand on se penche sur les aspects juridiques sur
lesquels s’appuient les start-up on se rend compte qu’il n’existe pas
de modèle unique mais plutôt toutes sortes de structures juridiques créées
à partir des lois en vigueur pour recevoir différentes formes d’aides
juridiques ou fiscales. Ces aides étant d’origine publique, l’usage est
le plus souvent limité aux activités que le législateur cherche à favoriser.
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Apprentissage des techniques de management : Il est certain que la gestion
moderne de la recherche / développement au sein d’une start-up obéit à
des impératifs particuliers qui sont foncièrement différents des impératifs
de gestion de la recherche académique ou en milieu hospitalier. Pour une
start-up, les impératifs de management sont dictés par plusieurs facteurs
notamment par le facteur temps qui est un facteur déterminant dans la
conduite d’un projet au sein de ces structures . Une start-up a une durée
de vie déterminée pour chacune de ces phases et les objectifs doivent
être bouclés dans le temps imparti. La mise en place d’une start-up doit
impérativement s’accompagner d’une gestion adéquate de son activité et
surtout de l’établissement d’une stratégie pour la conduite du travail
de R&D qui prévoit la coordination des différents aspects jusqu'aux scénarios
d’évolution et le financement lors du passage d’une phase à une autre.
Il est donc évident que l’apprentissage de ces mécanismes de management
ne peut s’acquérir qu’a travers des expériences de ce genre. Le transfert de technologie Le transfert de technologie est un vœu pieux de toutes les économies en développement. Cependant cette notion reste flou dans son application réelle et les exemples d’échecs des technologies livrées « clé en main » sont si nombreux que cette pratique tend à disparaître. Comment peut–on aborder aujourd’hui cette problématique. Evoquer le problème du transfert de technologie peut nous faire penser à la mythologie grecque et plus précisément au mythe de Prométhée et d’Epiméthée (les siamois ou l’homme à deux têtes), Prométhée le réfléchi et Epiméthé l’insouciant, qui furent chassés de l’âge d’or par le dieu Zeus et qui les punit en les privant du feu. Pour survivre, Prométhée et Epiméthée mirent en commun leurs qualités ou défauts selon la perception de chacun pour acquérir la technologie du feu. Ils apprirent ainsi à domestiquer le feu (l’allumer, l’éteindre et le contenir pour qu’il ne se propage pas) et purent ainsi survivre dans le bas monde. La morale de cette histoire étant que le transfert de technologie est une question de survie et qu’il y a toujours en nous les ressources pour le faire et qu’il y a nécessité de fédérer les compétences des uns et des autres et qu’il faut surtout essayer pour y arriver. L’expérience nous a appris que la technologie se transmet d’homme à homme et que le contenu du savoir-faire technologique a beau être de nos jours étroitement tributaire de la science, il ne se transfère pas moins par des voies qui évoquent celles du compagnonnage du Moyen Age. Il me semble que les structures du genre start up favorisent cet état d’esprit et offrent les conditions optimales pour un transfert effectif de technologie en comptant sur l’effort d’un groupe de personnes réellement motivés qui vont saisir leur chance. Enfin, si l’on veillait ex ante à toutes les conséquences négatives possibles de l’innovation, il est certain que la plupart des grandes innovations techniques de notre époque n’auraient jamais franchi l’obstacle des réglementations ou surmonté la résistance des mentalités. Pour conclure on peut citer Shakespeare : Nos doutes sont des traîtres Et nous font perdre le bien que souvent nous pouvons gagner Par crainte d’essayer. Pour réussir le pari économique des biotechnologies, il faut donc vaincre ses doutes et essayer. M.D.F * Institut Pasteur de Tunis — Secrétaire général de l’Association tunisienne de biotechnologie Lire l'article original : www.lapresse.tn/dossiers/textes/entre.html |
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