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Le professeur Touchène : "Helicobacter pylori, une bactérie à surveiller de près"
Le Matin - Algérie - 6/02/2004 Algérie

Helicobacter pylori est une bactérie hors du commun, l'unique bactérie qui résiste au système de défense de notre organisme, notamment à l'acidité du milieu gastrique, milieu dont elle fait sa niche naturelle. Cette bactérie n'est nulle part ailleurs présente que dans l'estomac, nous affirme le Pr Touchène, chef du service de médecine interne du CHU de Kouba. Il y a à peine une vingtaine d'années, on ignorait tout des dégâts immenses sur la santé publique que pouvait causer cette bactérie extrêmement répandue. Grâce à un nombre record de travaux scientifiques (plus de 3 000 publications internationales), la communauté médicale a réalisé des découvertes fondamentales, notamment sur le rôle pathogène d'Helicobacter qui ont bouleversé la pratique médicale. Le Professeur Touchène, qui dirige un groupe pluridisciplinaire de recherche médicale, fait, dans cet entretien, toute la lumière sur cette mystérieuse bactérie soupçonnée d'être la cause de cancer.

Le Matin : Professeur, voulez-vous nous présenter cette bactérie qui a tant fait couler d'encre ?

Pr Touchène : Helicobacter pylori est la bactérie la plus répandue sur la planète. Environ deux-tiers des individus en sont infectés, soit 4 milliards de personnes dans le monde. C'est également la bactérie la plus anciennement connue dans l'histoire de l'humanité puisque ses traces ont été retrouvées dans des momies de l'ancienne Egypte. Du point de vue épidémiologique, il existe deux situations distinctes. Dans les pays développés, le taux d'infestation est en moyenne de l'ordre de 30 % des individus. Pour ce qui est des pays en voie de développement, la situation est différente et les chiffres sont de 50 % à 90 %, voire plus. Pour ce qui est de l'Algérie, nos travaux de recherche ont retrouvé un taux d'infestation de 90 % dès l'âge de 18 ans. Le taux d'infestation par cette bactérie est un excellent indicateur du niveau de développement socioéconomique et du niveau d'hygiène d'un pays. Par exemple, plus une famille est grosse et le degré de promiscuité important et plus cette bactérie se développe. Cette transmission se fait généralement dans la petite enfance à l'intérieur de la famille. Helicobacter n'a jamais été retrouvée à l'état naturel dans la bouche, dans l'oesophage, ni dans l'eau, ni dans les aliments. Elle n'a pas été retrouvée également à l'état naturel dans les analyses des selles. Il n'existe pas de preuves irréfutables de sa transmission par la salive. Le mode de transmission est essentiellement direct, interhumain, oro-oral, probablement par l'intermédiaire des remontées de l'estomac lors de l'utilisation d'un même verre, d'un même plat. Ce sont des hypothèses et le mode de transmission demeure un mystère.

Voulez-vous nous parler un peu des dégâts qu'occasionne cette bactérie sur la santé publique ?

Pr Touchène : Chez deux-tiers des individus, cette bactérie vit dans l'estomac sans occasionner de symptômes. C'est pourquoi on a pensé pendant longtemps qu'il s'agissait d'un autre germe saprophyte très bien toléré par l'organisme. Seulement, dans 20 % des cas, cette bactérie est mal tolérée, déclenchant un certain nombre de symptômes, des brûlures, des douleurs ou des ballonnements après les repas. Dans 10 % des cas, les évaluations ont montré qu'elle est la cause d'un ulcère gastro-duodénal et, dans une faible proportion, c'est-à dire 1 %, elle peut aboutir à un cancer de l'estomac. Il s'agit du premier microbe reconnu comme étant carcinogène par l'OMS. Actuellement, les travaux de recherche étudient tous les facteurs propres à la bactérie, autrement dit les facteurs de virulence, ceux spécifiques à l'individu de nature génétique et les facteurs environnementaux, particulièrement de nature alimentaire qui déterminent l'issue de l'infection, pourquoi cette infestation peut aboutir chez certaines personnes à une infection très bien supportée alors que chez d'autres elle peut évoluer en un ulcère ou en un cancer.

Le traitement médical donne-t-il de bons résultats ?

Pr Touchène : Sur le plan thérapeutique, il n'existe pas un traitement mais des dizaines de traitements avec des variabilités régionales liées à la résistance des germes aux antibiotiques. Actuellement, deux antibiotiques sont très utilisés sur Helicobacter, il s'agit du Métronidazole et de la Clarithromycine. Seulement, les taux de résistance à ces deux antibiotiques diffèrent d'une région à une autre. Alors que dans les pays développés, le taux de résistance au Métronidazole est de 30 %, au niveau des pays en voie de développement (PVD), il se situe entre 50 % et 90 %. En Algérie, nos travaux de recherche ont évalué le taux de résistance au Métronidazole à 50 %. Pour ce qui est de la Clarithromycine, les taux de résistance varient entre 5 % pour les pays développés et 20 % pour les PVD. Ce nouvel antibiotique introduit en Algérie depuis deux ans seulement a vu son taux de résistance passer de 6 % à 12 % entre 2001 et 2003. Nous considérons la résistance à la Clarithromycine comme un problème très grave du fait de l'échec du traitement. Chaque pays doit faire ses propres études pour valider son propre schéma thérapeutique. En Algérie, aucune étude n'a encore abouti pour déterminer le meilleur schéma thérapeutique. Notre laboratoire, le Laboratoire algérien de recherche sur Helicobacter (LARH), a commencé depuis une année une étude sur cinq schémas thérapeutiques différents. C'est un énorme travail très complexe qui doit encore durer deux autres années pour avoir le schéma standard en Algérie. Il existe d'autres traitements qui ne sont malheureusement pas disponibles en Algérie, comme le Bismuth et la Furazolidone, des médicaments bon marché et qui ont prouvé leur efficacité dans de nombreux pays, notamment dans les pays asiatiques. Il existe aussi un autre problème qu'il est important de citer, celui du respect des prescriptions médicales. Selon certaines estimations, une diminution de l'observance du traitement de 30 % pourrait entraîner une réduction de 50 % du succès du traitement. Il est primordial que le médecin sensibilise le malade à une bonne observance du traitement. Cela est loin d'être le cas chez nous.

Le groupe de recherche que vous dirigez, le LARH, a organisé récemment un important colloque international, voulez-vous nous présenter ce groupe et l'évolution de vos travaux ?

Pr Touchène : Il s'agit du premier colloque international organisé en Algérie consacré à Helicobacter pylori avec la présence d'experts européens et maghrébins mondialement reconnus qui ont fait des conférences d'actualité sur ce sujet. Nous avons jugé que nos travaux de recherche ont atteint un certain degré de maturité pour faire l'objet de communications. Le LARH est un laboratoire de recherche créé en 2002 sous l'égide du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique doté d'un budget de fonctionnement et d'équipement qui travaille sur tous les aspects liés à Helicobacter pylori qui constitue un champ d'expérience multidisciplinaire immense. Il s'agit de la première manifestation scientifique de notre groupe. Il n'existe actuellement que sept laboratoires de recherche en sciences médicales, cela est faible comparativement à l'université de Bab Ezzouar où il en existe 350. Nous maîtrisons de plus en plus le sujet, notamment une étude actuellement menée sur les facteurs de virulence de la souche algérienne de la bactérie. On a démarré récemment quelque chose de très important, le test respiratoire. C'est un test d'une fiabilité qui avoisine 100 % et qui est ultrasensible (99 %). Il peut remplacer avantageusement la fibroscopie car il s'agit d'un test non invasif. On fait souffler le malade dans un appareil qui a la particularité de détecter la présence de l'uréase, une enzyme spécifique d'Helicobacter pylori. Il n'est désormais plus nécessaire d'aller à l'estomac. L'évolution de la résistance de cette bactérie aux antibiotiques constitue un problème très grave qui nous oblige à chercher d'autres perspectives, d'où il est nécessaire que les moyens de la recherche médicale soient rendus disponibles partout dans notre pays afin que beaucoup d'équipes participent à ces importants travaux.

Propos recueillis par B. T.

Lire l'article original : http://www.lematin-dz.net/quotidien/lire.php?ida=15050&idc=48

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